‹ La Révolution ArgentineChapitre 11 sur 62 · ERA CONQUÊTE DIET AP AUTNA · texte numérisé non relu

ERA CONQUÊTE DIET AP AUTNA

en tuèrent le nerf, je veux dire l’individualisme, type qui résume l'essence et les évolutions de la liberté » (:).

Sous la discipline jésuitique, l’Indien, en réalité, n'était pas un homme libre. Le communisme de la reducciôn ne lui permettait pas de parvenir à être propriétaire du sol qu'il foulait. Sa foi ne pouvait être autre que celle que symbolisaient les mystères catholiques, et dès, son jeune âge il devait contracter une union qui ne pouvait être libre puisqu'elle lui était imposée.

Cette puissance théocratique prit fin avec le décret d’expulsion de la Compagnie, en 1767. La colonisation évangélique ne cessa pas pour cela. Les Franciscains,les Dominicains et les religieux de la Merced succédèrent aux Jésuites dans les reduccionnes, et la propagande: évangélique. parmi l'élément indigène cessa d’avoir le vernis politique que ceux-ci lui avaient donné, au temps de leur domination.

L'Église ne pouvait manquer d’avoir sa part d’influence dans la vie sociale de la colonie.

Si le missionnaire était l’agent employé pour dominer la classe indigène, les paroisses et les couvents remplissaient le même rôle en ce qui concernait la vie urbaine. Dans le calme de la période coloniale, aucune autre voix que celle du prêtre catholique ne faisait entendre son enseignement. Il était prédicateur, confesseur, maître d'école, et aussi le conseiller social.

Les lois des Indes lui avaient ouvert les portes pour

(:) José M. Esrrana, Lecciones sobre la Historia de la Repüblica Argentina, t. I, p. 153.

pénétrer les secrets les plus intimes des familles. Celui qui meurt sans sacrements est frappé d’une amende ; celui qui invoquerait sans motif le nom de Dieu encourt Ja peine de dix jours de prison la première fois, de trente la seconde, et de quatre ans de bannissement la troisième. Celui qui ne fait pas la révérence devant le Saint-Sacrement doit payer six cents maravédis, et cent cinquante celui qui dessinerait le signe de la croix sur des objets ou des endroits susceptibles d’être foulés aux pieds. Nul ne pouvait s’embarquer sans justifier préalablement avoir communié et s’être confessé.

Le gouverneur Frias, qui vivait séparé de son épouse, fut exhorté par l’évêque Torres à régulariser sa situation. N'ayant pas été obéi, le prélat lança contre le mandataire civil l’excommunication ma-. jeure. S

En 1624, Francisco de Céspedes, gouverneur de Buenos-Ayres, ordonna l’emprisonnement de Juan de Vergara, notaire du Saint-Office, trésorier de la Sainte-Croisade, et ami de l’évêque Fray Pedro Carranza. Pour se venger de ce procédé arbitraire du gouverneur, l'évêque lança son excommunication et mit la ville en interdit. Mais le geste comm'natoire du prélat ne s'arrêta pas là. Indigné de la conduite de l’évêque le gouverneur ordonna l’exécution de l’accusé. Apprenant que cette sentence allait être appliquée et que Vergara mourrait sans confession, le prélat, entouré de clercs armés, se dirigea vers la prison, en rompit les portes et en fit sortir l’accusé par la force. « Cette ville, dit le Père Lozano, fut témoin d’un triomphe, prodi-

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