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LA CONQUÊTE DE LA PLATA

nomie ancienne, dit un commentateur colonial, c'était une propriété intrinsèque déterminée par le coût de la production » (:).

Dans cette théorie économique, la théologie scolastique prit sa part d'influence.

Saint Thomas nous dit clairement : « Le négoce est licite lorsque l’affaire qu’on poursuit par son moyen rentre dans ce qui est nécessaire et juste »(?). Dans le concept de saint Thomas on peut comprendre l'entretien de la famille et la protection des pauvres. Le lucre ne peut jamais être le but du travail ; il pourra tout au plus en être le prix et la récompense.

I n’est pas douteux que cette théorie s’harmonise avec le mysticisme des groupements chrétiens ; mais elle ne peut être la boussole du progrès dans les sociétés modernes.

Si cette règle de morale commerciale pouvait servir’ à mettre des bornes aux ambitions légitimes du colon, il n’en fut pas de même en réalité pour le trafic commercial de l'Espagne avec ses possessions d’outremer.

« Lorsque la découverte du Nouveau Monde ouvrit à l'Espagne les sources de prospérité qu'il renfermait, soucieuse d’en faire refluer les courants vers l’État et de priver l'étranger des miettes du festin, elle s’empressa de monopoliser son commerce sous la surintendance de la « Real Audiencia y Casa de

(?) fre Garcia, La ciudad indiana.

(2) Opera omnia, ne LXXVI, art. 4 p.154.

Contratacion » de Séville fondée par Ferdinand et Isabelle » (:).

Avec ce régime du monopole, les colonies restaient privées de la liberté commerciale. Les ports de Cadix et de Séville étaient les seuls ouverts au commerce de l’Amérique et les navires étrangers ne pouvaient commercer avec les villes américaines.

« Par une série de règlements très stricts, la colonie finit par se trouver ligotée, réduite à l’impuissance, en un mot paralysée. Elle n’avait le droit d’exporter que 2.000 fanègues de blé, 500 quintaux de viande salée et 500 arrobes de graisses par an, et cela au Brésil. Elle n’avait pas le droit de produire des denrées que pouvait lui fournir l'Espagne, par exemple l’huile, le vin, les étoffes, pas plus que d’exercer aucune industrie sans permission spéciale.

« La colonie ne devait recevoir les marchandises européennes que par la voie du Pérou. Dans les premiers temps les convois partaient de Cadix, traversaient l’Atlantique et mouillaient à Porto-Bello, port situé sur l’isthme de Panama. Une partie du chargement allait à Carthagène approvisionner la Colombie et le Vénézuéla ; l’autre passait l’isthme jusqu’à Panama, gagnait Lima par le Pacifique et continuait la route à dos de mulets ou en charrettes à bœufs jusqu’à Buenos-Ayres, ce qui demandait près de trois mois de voyage pendant la bonne saison et plus de six mois à l’époque des pluies » (°).

(:) José M. Esrrapna, At sobre la Historia de la Rebiblica Argentina, t. I, p. 175.

(?) ROBERT LEVILLIER, ie Origines argentines, p. 67.

L'An CON QUÉTENDE LA: PLAT A 45

Buenos-Ayres, située sur les rives d’un fleuve et en face de l'Océan, ne pouvait commercer avec l’Europe directement.

En dépit de son indépendance naturelle, elle était tributaire de Lima et victime de la législation commerciale la plus oppressive.

Ce régime provoqua, comme il était logique, la contrebande. Durant trois siècles, elle servit de soupape au commerce et fut la première tentative révolutionnaire faite en vue de rechercher une complète émancipation commerciale.

La conquête espagnole apporta avec elle l’appui d’une puissance morale qui donnerait des formes sociales à la vie de la colonie. Cette puissance, c'était l’Église. Dès la première heure, c’est elle qui fut chargée de la conversion de l’indigène et de l'éducation du créole (:).

(:) Un historien jésuite, le Père Lozano, fait remonter la prédication de l'Évangile dans cette partie australe du Nouveau Monde à l’âge apostolique.

Relisons son originale et surprenante relation :

« On découvre dans toutes les régions des Indes de forts indices. qu’elles furent parcourues par ces hommes divins (les apôtres), disciples du Seigneur, proclamant la loi divine et le saint Évangile ; ce dont il y avait une tradition immémoriale parmi les naturels. »

Avec une candeur spéciale, il fait état d’une supposée tradition indienne selon laquelle, plusieurs siècles avant la conquête, on vit un homme extraordinaire qui prêchait le vrai Dieu.

Poussés par Satan, les Indiens voulurent le lapider ; mais le feu du'ciel descendit pour venger cette injure. L’apôtre supposé passa du Pérou à la lagune de T'iticaca, et après avoir détruit l’oratoire de Copacavana, centre religieux des Collas, il éleva une croix dans la ville de Carabuco, et à sa vue les oracles du démon devinrent muets.

.. Cette légende, et d’autres encore que l'écrivain cité rapporte

Les missions furent le moyen mis en œuvre par le prosélytisme évangélique pour développer son. action. | |

Les Jésuites, au Paraguay, firent un essai social qui, durant plus d’un siècle, tint sous le joug religieux une grande partie de la famille indigène.

Devant l'échec de la conquête armée pour réduire les Indiens, le gouverneur du Paraguay, Hernando Arias de Saavedra, pensa à la conquête spirituelle et confia cette entreprise aux fils de Loyola, qu'il jugeait les plus aptes à la réaliser.

Un écrivain argentin synthétise son jugement sur ces missions sous la forme suivante, jugement auquel nous nous associons entièrement: « La théocratie et le communisme, tout en organisant la vie collective,

avec un scrupule exemplaire, l’amènent à affirmer — thèse originale — la venue et la prédication de saint Thomas en Amérique.

Dans le gouvernement du Paraguay tout au moins, le Père Lozano trouve des vestiges plus que lumineux lui permettant d’assurer que ce disciple de Jésus évangélisa les tribus américaines. L’itinéraire suivi par l’apôtre est tracé par l’historien jésuite avec une précision étonnante : « I] descendit au Paraguay, et, faisant route par le fleuve Acaray, il s’achemina vers le Tebicuari et passa au lieu où tant de siècles après fut fondée la capitale de ce gouvernement, sanctifiant les bords du fleuve Paraguay par sa présence, sa doctrine et des prodiges signalés. » — « [1 prophétisa aux habitants du Guayra qu’ils oublieraient sa doctrine divine, mais que plusieurs siècles plus tard, il viendrait dans ce pays des prêtres, ses successeurs, pour leur prêcher le même évangile qu’il leur enseignait alors ; ces prêtres, comme lui, porteraient en leurs mains la croix pour devise et les rassembleraient dans les villes où leurs descendants seraient baptisés et vivraient très pacifiques. » — « Tout cela s’accomplit, ajoute-t-il, lors de l’entrée de la Compagnie de Jésus dans ces provinces. »

(P. Lozano, Historia de la conquista del Paraguay y Rio de la Plata, t. 1, p. 40.)

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