CRNIS EE MID PAT AU CE RO NY A CUITE
le peuple de Buenos-Ayres s’assembla pour tenir conseil et le 10 février il décréta la destitution définitive du vice-roi et son emprisonnement.
Une commission nommée par le Cabildo s'empara de sa Ris et l’envoya en Espagne pour y être jugé.
Maîtres de Monteaten les Anglais commencèrent par ouvrir ce port au Ée commerce. Un journal fondé par eux sous le titre de La Estrella del Sur servait de tribune pour faire parvenir à la connaissance du peuple les idées du conquérant. Se basant sur ce que la domination anglaise était, selon ce journal, consolidée, il s’agissait de montrer la différence profonde qui existait entre les principes politiques du gouvernement espagnol et ceux du gouvernement du Royaume-Uni. « Il comparait, dit un écrivain, la faiblesse de l’un à la vigueur et à la puissance de l’autre ; la pression systématique de l’absolutisme aux libertés de la Grande Charte ; le monopole commercial qui appauvrissait les colonies à la richesse que devait produire la liberté de l’industrie et des échanges » (:).
Dans les questions religieuses, il préconisait la liberté. Il anathématisait les persécutions supportées par l’Église catholique pendant la Révolution française, et faisait ressortir que jamais le gouvernement d’un peuple aussi libre que l'Angleterre ne commettrait de tels excès.
D'autre part, les prisonniers anglais ne restaient
(CrOuvr. cité, 1. I, p: 317.
pas étrangers à cette propagande. La société de Buenos-Ayres, après les avoir vaincus, leur avait accordé une aimable hospitalité, et dans les réunions familiales on échangeait des idées d’indépendance et de liberté. Il semble que quelques créoles, comme Padilla et Rodriguez Peña, se laissèrent fasciner par ce rêve ; mais Belgrano formula le vœu de ses compatriotes en disant : « Nous voulons notre ancien maître ou aucun. » Malgré tout, la semence émancipatrice était déjà en germe.
Le général Whitelooke, à la tête de dix mille hommes, décida d’attaquer de nouveau la capitale de la vice-royauté. Le 28 juin 1807 il débarquait dans la baie de Barragan, aujourd’hui Rio Santiago, près de la ville de La Plata, et se dirigeait vers Buenos-Ayres. Esquivant une rencontre avec les soldats de Liniers qui allaient au devant d’elle en traversant le Riachuelo, l’armée anglaise s’achemina vers les Corrales de Miserere, où elle campa. |
Divisée en huit colonnes, |” attaque fut décidée pour le 5 juillet ; mais lorsque l’armée essaya de pénétrer dans le centre de la ville, ses bataillons furent exterminés par le feu meurtrier de l’ artillerie. Les maisons de Buenos-Avyres s'étaient converties en autant de forteresses pour repousser l’envahisseur, et des terrasses comme des balcons un déluge de pierres et d’eau bouillante lancées par les mains des hommes, des femmes et des enfants tombait sur les Anglais. La bataille épique de ce jour se termina par la reddition des généraux Vandeleur à La Merced et Granfurd à Santo Domingo, et du colone] Durf à San Miguel.
Restaient seulement encore en situations favorables le général Auchmuty au Retiro, le lieutenant-colonel Guard à la Residencia et le général Whitelooke, avec des réserves intactes, au Miserere.
L'attaque du 5 juillet avait coûté aux Anglais plus de trois mille soldats morts ou blessés.
Après une nuit de trève, le combat se ranima le lendemain matin au Retiro et à la Residencia. Le général anglais ne put prolonger la lutte et se vit obligé de capituler le même jour (6 juillet). D’aprèsles termes de la capitulation, les Anglais devaient se retirer de Buenos-Ayres dans les quarante-huit heures et de Montevideo avant deux mois. Une autre clause de la capitulation spécifiait l’échange des prisonniers. Les Anglais tinrent leur parole et évacuèrent les deux rives de La Plata, cessant, par conséquent, les hostilités sur terre et sur mer.
L’écho de ces victoires se répercuta dans toute la vice-royauté, dans les autres colonies, et en Espagne même elle souleva une particulière admiration (1).
(:) Lorsque se produisirent les invasions anglaises, le siège métropolitain de La Plata ou Charcas était occupé par Sa Seigneurie Illustrissime don Benito Maria Moxo y Francoli, complètement dévoué à la monarchie et aux droits inhérents à la couronne. Dès qu’il eut connaissance de l’invasion anglaise, ce prélat lança une proclamation martiale vouant l'Angleterre à l’exécration de la vice-royauté. « C’est une nation, disait-1l, sans Dieu ni loi. Quel est le recoin du monde où le nom anglais ne soit pas abhorré ? Aux armes, toutes les castes, toutes les corporations et toutes les hiérarchies .pour venger l’outrage fait à la vice-royauté! Aux armes, pour le service de Dieu et du Roï RAR ù
Deux ans plus tard (1808), le même prélat, inquiet à la suite des nouvelles relatives au sort de la monarchie, disait : « Je suis tout prêt à employer ma parole pour recommander à tous la subordi-
Le peuple de Buenos-Ayres rendit les honneurs funèbres à ceux qui étaient tombés pour la défense de la ville, accorda des pensions aux veuves, secourut les orphelins et donna la liberté à soixante esclaves désignés par le sort parmi ceux qui s'étaient distingués dans les combats des 5 et 6 juillet. La conduite de Liniers lui valut les félicitations de la couronne et ses services furent récompensés par la dignité de viceroi et le grade de maréchal de camp.
La nomination de Liniers fut vue avec déplaisir par le parti espagnol. Ce sentiment avait pour cause sa nationalité et les sympathies que sa personne s’était attirées parmi l’élément créole, représenté, au point de vue militaire, par le régiment des Patriciens (:).
Afin d’annuler l'influence de ce corps, les Espa-
on)
nation qui est si nécessaire, la docilité, la modération et la paix, mais j'attends que la situation s’éclaircisse un peu, et pendant ce temps je ne cesse d’élever les mains vers le ciel pour attirer les bénédictions divines sur tout mon archidiocèse, affligé tout à la fois de malheurs à l’intérieur et à l’extérieur. » (GABRIEL-RENÉ Moreno, Ultimos dias coloniales en el Alto Perii, Xe partie, p. 1031)
(*) «Buenos-Ayres, dit Saavedra,fit cette mémorable défense avec ses seuls fils et la population environnante, et elle se couvrit de gloire. Le corps des Patriciens que je commandais eut la satisfaction d’y prendre une part tout à fait considérable. Un grand nombre de ses soldats occupa différents points de la ville et partout ils furent, par leurs armes et leur courage, la terreur des Anglais. Nombreux furent ceux qui trouvèrent la mort dans cette affaire, beaucoup furent blessés, y compris quelques officiers ; ce qui leur valut les éloges les plus distingués du peuple, du général Liniers et de tous les Cabildos de l'Amérique méridionale, depuis le royaume du Mexique jusqu’à Santa-Fé de Bogota, Caracas, Quito, Chile, Lima et tout le Haut-Pérou, et même de celui de Buenos- Ayres, par lequel des communications flatteuses me furent adressées et sont encore en ma possession. »
(Memorias y Autobiografias, t. I, p. 32.)
gnols s’adressèrent à Liniers pour demander sa dissolution. Ils donnaient pour prétexte qu’il y avait à des bras nécessaires à l’agriculture et aux arts ; ils s’offraient à faire eux-mêmes le service de garnison jusqu’à ce que la Cour de Madrid eût envoyé les troupes qu'on avait demandées, disant qu'ils feraient leur service sans qu’il en coûtât rien au Trésor public. Liniers repoussa une telle demande, et donna ainsi, comme c'était à prévoir, de la consistance aux animosités qui, de la part des Espagnols, avaient déjà commencé à se faire sentir contre sa personne.
Vers le milieu de 1808, on apprit à Buenos-Ayres l’invasion de la Péninsule par Napoléon, suivie de l’abdication de son souverain Charles IV, dont le fils Ferdinand VII était prisonnier à Bayonne ; et on connut la proclamation comme roi d’Espagne de Joseph Bonaparte, frère de Napoléon.
Devant l'invasion, les villes espagnoles formèrent des Juntes de gouvernement, et ces assemblées envoyèrent des émissaires aux colonies afin qu’elles les reconnussent comme les déléguées du souverain captif. La même année où la Junte centrale de Séville, qui agissait au nom de Ferdinand VII, déléguait Don Juan Manuel de Goyeneche pour exiger l’adhésion des provinces de La Plata, arrivait à Buenos-Ayres le marquis de Sassenay, envoyé par Napoléon pour leur demander d’accepter le nouveau régime.
Si les créoles comme les Espagnols étaient d'accord pour repousser par la force l’invasion napoléonienne, - ils n'étaient pas du même avis en ce qui touchait l’obéissance aux Juntes. Malgré tout, Liniers s’éleva à
86 LA RÉVOEUTION ARGENTINE
au-dessus des vicissitudes de la multitude, et le 21 août 1808, il se prononça pour le serment solennel en faveur de Ferdinand VIT, prisonnier à Bayonne.
« Jusqu’au jour où Napoléon tint en son pouvoir Charles IV et Ferdinand VII, dit un écrivain, il n’avait eu d’autre but que d’assurer à son frère Joseph la possession de l'Espagne seule, sans ses colonies, d'outre-mer... Ce ne fut donc qu’après avoir obtenu à Bayonne l’abdication du père et du fils que l’empereur tourna ses regards vers les colonies espagnoles du Nouveau Monde. Elles formaient, sans nul doute, la plus belle et la plus enviable part de l’héritage de Charles-Quint.
« Malheureusement pour Napoléon, elles étaient hors de son atteinte. Entre elles et lui s’étendait un vaste océan sur lequel régnait en maîtresse absolue son implacable et insaisissable ennemie l’Angleterre…
« Pour faire accepter aux colonies le changement de dynastie qu’il croyait pouvoir imposer par la force à l'Espagne, Napoléon n’avait d’autre moyen que de solliciter le consentement des populations. Or, si mal qu'il connût alors le caractère de la race espagnole, il était trop clairvoyant pour ne pas se rendre compte que ce consentement serait bien difficile à obtenir.
« L'empereur, tout en craignant de rencontrer de l’autre côté de l’Atlantique une très sérieuse opposition à ses desseins, ne comprit pas qu'il allait s’y heurter, comme en Espagne, à un sentiment national d’une extrême vivacité. Il se persuada que s’il pouvait gagner à sa cause quelques chefs militaires influents et populaires, l’adhésion de ces chefs au nouveau
régime suffirait pour entraîner celle des colons. Il crut également avoir découvert sur les lieux mêmes l’homme qu'il lui fallait pour établir fermement l’autorité de son frère dans l'Amérique du Sud » (:). L'intervention de Napoléon dans la politique coloniale du Rio de La Plata a donné l’occasion de mettre en discussion les sentiments de loyauté ou de déloyauté que pouvait abriter à ce moment l’âme de Liniers. Si nous nous en tenons aux récits de l’émissaire de l’empereur, Liniers était plutôt de cœur avec Napoléon qu’avec l'Espagne en crise. Voyons comment s'exprime Sassenay : « Avant de m’embarquer j'eus cependant occasion de voir en particulier M. de Liniers ; 1l s’excusa (je crois sincèrement) sur la mamère dont il m'avait reçu, me disant que sa position l’exigeait, qu’il n'avait point de troupes régulières, que son autorité ne consistait que dans l'opinion et que tout l’attachement qu’on avait pour lui tomberait du moment qu'il s’écarterait de ce qui semblait le vœu général. Ce qui me convainquit encore plus de cette assertion fut |la dépendance dans laquelle je vis qu’il était du Cabildo ou corps municipal pour avoir l’argent nécessaire au paiement de ses troupes. Il m’assura qu’il ne demandait pas mieux que de voir changer un gouvernement qui n’avait pas été reconnaissant envers lui pour les services qu’il lui avait rendus, puisqu'on l’avait laissé vice-roi par intérim au lieu de lui confirmer la propriété de ce titre, mais qu’il fallait
() Napoléon Ie et la fondation de la République Argentine, par le marquis de SASSENAY, p. 4.
agir avec prudenceet attendre que les circonstances lui permissent de se prononcer ; que jusque-là il temporiserait ; qu'il me procurerait les moyens de m'en retourner immédiatement afin de rendre compte de sa situation et de faire en sorte qu’on lui envoyât quelque secours d'hommes et d’armes dont il manquait, et qu’alors il pourrait réussir dans ce qu’il désirait ; que son intérêt et la haute estime qu'il avait pour l’empereur l’attachait davantage à la nouvelle dynastie avec laquelle son sort serait fixé, au lieu de rester dans l’état d'incertitude dans lequel il vivait. Je suis donc persuadé que s’il avait eu des moyens ou peut-être plus d’audace et que j’eusse pu retourner en Europe, les événements eussent pris un autre cours. La proclamation qu'il fit après mon arrivée, où il engageait : les peuples à la tranquillité et à attendre, comme dans la guerre de succession, la suite des événements, prouve d’une manière irrévocable que ses intentions étaient de servir l’empereur, maïs qu’il en a été empêché par les circonstances » (1).
Croussac, l’historien de Liniers, veut voir dans cette déclaration de Sassenay une exagération de la vérité, causée chez son auteur par l’échec de sa mission et par les souffrances qu’il eut à supporter pendant deux ans.
Dans la proclamation à laquelle se réfère Sassenay, et qui fut lancée le 15 août, l'écrivain cité ne voit pas autre chose qu’un « document ambigu et incertain,
(1) Ouvr. cité, p. 2r?.
parce qu'il reflétait fidèlèment l’ambiguité et l’incertitude de la situation. »
La Audiencia et le Cabildo lui donnèrent leur assentiment ; « mais ils n’y souscrivirent pas, par une lâche condescendance envers le groupe d’Alzaga » (1).
Le parti espagnol ne cessa d’intriguer pour annuler l'influence créole et l’autorité du vice-roi. Liniers, d’après lui, devait résigner son mandat et le gouvernement des provinces de la vice-royauté devait être confié à une Junte gouvernementale calquée sur celles de la Péninsule. Trois éléments puissants entraient dans ce complot :le Cabildo, l'évêque de la ville et Les corps de Galiciens, Biscaïens et Catalans qui étaient restés en armes après les invasions.
Les coryphées de ce mouvement étaient Don a cisco Javier de Elio, d’origine américaine, gouverneur de Montevideo, et Don Martin de Alzaga, espagnol, alcade du Cabildo de Buenos-Ayres. Elio avait commencé par former une Junte de gouvernement à Montevideo, méconnaissant l’autorité de Liniers. Don Pascual Ruiz Huidobro, venu au Rio de La Plata avec une commission de vice-roi délivrée par la Junte de Galicie qui, comme celle de Séville, se croyait souveraine, et le brigadier Molina, qui se trouvait de passage à Lima, collaboraient à cette sédition. La demeure de l’évêque Lue était le cénacle des conjurés. Malgré les précautions prises par les Espagnols pour couvrir leur conspiration du plus
() Santiago Liniers, P: 217:
grand secret, les créoles étaient au courant de tout ce
qui se préparait.
L'émeute était fixée au 1°T janvier 1800, et les élections municipales, qui devaient avoir lieu la veille de ce jour, serviraient de prétexte pour se soulever contre l'autorité du vice-roi. Intentionnellement on élirait comme conseillers des personnes qui ne seraient pas agréées de Liniers, et le refus de la part de ce dernier
de les reconnaître, refus que l’on escomptait, fournirait l’occasion de la révolte.
Informé de ce détail capital, Saavedra se mit en rapport avec Liniers et il fut convenu que les conseillers élus seraient acceptés sans opposition. En même temps on prendrait des mesures militaires, et à un signal convenu: « trois coups de canon », Saavedra et ses Patriciens se rendraient à la forteresse.
Le premier plan des conspirateurs ayant échoué par suite de la confirmation par Liniers des nouveaux conseillers, le parti espagnol descendit dans la rue,
. ét en même temps qu'ils faisaient sonnér la cloche du.
Cabildo, ses membres commencèrent à réclamer à grands cris la formation d’une Junte. Les corps de Galiciens, Biscaïens et Catalans sortirent de leurs quartiers tambour battant et se formèrent en bataille devant la maison municipale. Les débouchés de la Plaza Mayor étaient BAT de sentinelles appartenant à ces corps. |
En présence de ces faits, Saavedra, laissant une petite garnison dans son quartier et répondant à l’appel de Liniers, sort avec un régiment, se dirige vers la forteresse et y occupe une position stratégique. De
son côté, le commandant Ocampo, chef du corps des Arribeños, se dirige vers le parc d'artillerie et s’en empare avant qu'une compagnie de grenadiers, commandée par Adrian Varela, deuxième commandant du bataillon de Galiciens, n’ait pu le faire.
Lorsque Huidobro, le brigadier Molina et les autres conjurés arrivèrent à la forteresse, ils virent que le vice-roi pouvait compter sur les Patriciens pour se défendre. |
Voyant la cause perdue, l’évêque, qui faisait partie du complot, s’offrit comme médiateur. Prétextant que la présence des Patriciens dans la forteresse pouvait irriter la colère du peuple, le prélat se rendit auprès de Liniers, et en sa présence, il demanda à Saavedra, pour éviter une effusion de sang, de rentrer à son quartier et de dissoudre sa troupe.
Le chef créole ne se laissa pas impressionner par la demande de l’évêque et lui répondit que le péril qui à ce moment menaçait la capitale n’avait pas été causé par les Patriciens, mais par le cabildo, par les chefs des corps espagnols qui entouraient la place et par ceux qui avaient fait battre la générale en lançant le signal d’alarme.
« Oh ! monsieur le commandant, répondit l’évêque,
je vous prie de ne pas faire de cérémonies ; je vous assure que si vous vous retirez de la forteresse tout sera terminé » (:).
Sous la condition expresse que ses soldats sortiraient par la porte principale du fort et que les Espa-
(:) Memorias y Autobiografias, t. X, p. 38.
gnols évacueraient la place, Saavedra se mit en marche vers son quartier. Dès qu’il y fut arrivé, les « Montaneses », les « Arribeños », les Artilleurs de l’Union et un corps de carabiniers commandé par Don Benito Rivadavia se joignirent aux Patriciens. Les Hussards et les « Arribeños » occupaient le Retiro ; les « Pardos » et « Morenos », la Plaza de Monserrat.
A l'encontre de ce qui avait été promis par l’évêque, les corps de Galiciens, Biscaïens et Catalans demeuraient en formation sans abandonner la place. A l’abri de cette force militaire, le complot suivait son cours.
On convoqua au Cabildo quelques-uns des habitants et l’on procéda à la nomination d’une Junte dont tous les membres étaient espagnols, à l'exception de Mariano Moreno et de Julian Leiva, ses secrétaires, qui étaient américains. L'élection terminée, la Audiencia, le Tribunal des Comptes et l’évêque se rendirent auprès de Liniers et exigèrent son abdication (:).
(:) « Le corps des Andalous, dit Saavedra, qui était enfermé dans son quartier, voyant notre ligne de bataille et l’importance qu’elle avait, sortit de sa caserne et vint se joindre à nos troupes ». (Memorias y Autobiograftas, t. I, p. 40.)
L’élévation de Liniers à la vice-royauté de La Plata et ses pourparlers diplomatiques avec Napoléon provoquèrent une réaction
violente en faveur de la cause de la Péninsule dans l’élément royaliste de Montevideo. -
Le gouverneur de cette place s’insurgea en 1808 contre l’autorité du vice-roi et de la Audiencia de Buenos-Ayres, et après une série de machinations politiques, il réussit à réunir un Cabildo public d’où surgit une Junte qui, sous sa dépendance personnelle et composée de représentants de l’Église, de l'administration, de l’armée et de la municipalité, gouverna cette province cisplatine jusqu’à l’arrivée du vice-roi Cisneros, successeur de Liniers.
Elio fut nommé inspecteur général des troupes de la vice-
Informé de ce qui venait de se passer, Saavedra convoqua ses forces, et mus par un intérêt commun, Patriciens, Arribeños, Pardos, Hussards et Morenos se dirigèrent vers l’endroit où se trouvaient les forces espagnoles, mirent librement en batterie leurs huit pièces d'artillerie et se rendirent maîtres absolus de la place. Le sergent-major Juan José Viamonte resta à la tête de toutes ces troupes, et Saavedra, accompagné des autres commandants, s’achemina vers la forteresse, résidence du vice-roi.
« Lorsque nous entrâmes dans lesalon, dit le chef
royauté, et dans le message par lequel on lui faisait savoir que sa Junte était dissoute, on le remerciait, ainsi que chacun de ses collaborateurs, des services rendus à la monarchie.
Un historien uruguayen, qui narre en détail tout cet épisode de fermentation coloniale, prétend fixer comme point initial de l'indépendance de l’Uruguay et même de la révolution sud-américaine la rupture d’Elio avec Liniers. Quant à nous, nous ne parvenons pas à comprendre, à dire vrai, comment d’une récation nettement royaliste aurait pu surgir la liberté américaine.
Lorsque Liniers voulut destituer le gouverneur rebelle, la Junte de Montevideo, réunie en assemblée, dit à Elio : « Que le seigneur gouverneur élève de son côté les recours que la loi autorise dans de semblables occasions, soit à la royale Audiencia territoriale, soit en soumettant son cas à l’arbitre du souverain même devant la suprême Junte érigée par la nation dans la capitale de Séville, le 19 mars de la présente année, sans qu’il s’éloigne de notre ville, la tranquillité publique étant intéressée à ce qu'il en soit ainsi, parce que la population fait reposer sur lui son espérance dans le cas où il se produirait quelque invasion de la part des ennemis de la couronne, espérance que lui ont fait concevoir d’une manière fondée la notoire aptitude, activité et valeur du chef dont elle a reçu les preuves les plus éclatantes, ainsi que de sa parfaite soumission au meilleur des monarques, et finalement parce que c’est le vœu du peuple au nom de qui nous sommes assemblés en ce jour. » (Francisco Bauza, Historia de la dominaciôn española en el Uru-
guay, t. IT, p. 573.)
94 LA RÉVOLUTION ARGENTINE à
des Patriciens, l’acte d’abdication de Lainiers était déjà rédigé. »
L'évêque, qui paraissait être destiné à être le porteparoles de la réaction, se dressa devant Saavedra et lui dit : « Seigneur commandant, rendons grâces à Dieu, tout est enfin terminé. Son Excellence aime beaucoup le peuple et ne voudra pas l’exposer à répandre son sang à cause d’elle ; elle a déjà résolu d’abdiquer le pouvoir. » — « Qui a permis à Son Excellence, répliqua Saavedra, de se démettre d’une autorité qu’elle détient légalement, et surtout lorsque les motifs qu’on lui à exposés en faveur de cette révolu-
tion sont faux et supposés ? » — « Seigneur commandant, répéta l’évêque, vous ne voudrez pas plonger le peuple dans le sang. » — « Illustrissime Seigneur,
répliqua Saavedra, ni moi ni mes compagnons n’avons fait cette révolution ; ce sont ses auteurs et vos coopérateurs qui désirent l’effusion du sang. »
Mais le prélat, voulant à tout prix que Liniers disparaisse de la scène, ajouta : « Seigneur commandant, le peuple ne veut pas que son Excellence continue de gouverner. » — « Cela, Illustrissime Seigneur, dit le chef des Patriciens, est une des nombreuses assertions fausses que l’on met en avant dans cette comédie : comme preuve de ce que j’avance, que son Excellence Liniers vienne avec nous, qu’il se montre au peuple et si celui-ci le repousse ou dit ne plus vouloir qu’il soit maintenu dans ses fonctions, moi et mes compagnons nous signerons l’acte de sa destitution. » Prenant le vice-roi par;le bras, il lui dit : « Allons, Monseigneur, que Votre Excellence se présente au public et entende
de sa bouche quelle est sa volonté ; la nuit s’approche, et 1l convient qe. ceci soit réglé at que ses ombres nous recouvrent.
Dès que le He se présenta à la ee publique, une salve d’applaudissements le salua, et le peuple commença à s’écrier : « Vive Don Santiago Liniers ; nous ne voulons pas et nous ne consentirons pas à ce qu'il se démette de son autorité. Vivat, vivat ! »
« Désabusés, les membres de cette sorte de conclave demeurèrent sans paroles, et l’acte d’abdication ayant été retiré, 1l fut annulé dans toutes ses parties. Alors il me fut ordonné de signifier aux troupes armées qui étaient encore en formation et dans une attitude hostile qu’elles eussent à rendre les armes, et en cas de résistance, je devais recourir à la force. Il ne fut pas nécessaire d’avoir recours à ce moyen violent, parce que, à la seconde intimation, ces gens jetèrent leurs armes et coururent à travers les rues comme des daims, chacun d’eux cherchant les recoins des maisons pour se cacher. Ainsi se termina ce jour mémorable : je dis mémorable parce qu’en effet en ce jour les armes des fils de Buenos-Ayres abattirent l’orgueil et les visées ambitieuses des Espagnols et eurent l’avantage sur eux » (1).
Mais la sentence de mort contre Liniers était déjà prononcée par les Espagnols réactionnaires.
La calomnie mit ses armes en jeu et on fit croire dans la métropole qu’il dilapidait les fonds publics, qu’il encourageait scandaleusement la contrebande
() Memorias y Autobiografias, t. I, p. 42.
et qu’il machinait par des voies secrètes avec Napoléon la trahison envers la monarchie.
« Ces ingrats oubliaient, dit Saavedra, que seul le Français Liniers refusa de prêter serment à Berresford, alors que tous les fidèles et loyaux Espagnols, y compris les chefs d’un rang élevé,s’empressèrent de jurer,; comme l'exigeait Berresford, qu'ils ne prendraient pas les armes contre les Anglais ; ils oubliaient que seul le Français Limers passa à Montevideo pour former et solliciter des troupes royales afin d’entreprendre la reconquête de Buenos-Ayres, qui à ce moment était une possession du roi son maître » (1).
L’intrigue triompha enfin dans la métropole et la Junte de Séville, qui s’intitulait Junte suprême de l'Espagne et des Indes, nomma, pour remplacer Liniers, Don Baltazar Hidalgo de Cisneros,lieutenantgénéral de la flotte royale.
La captivité de Ferdinand VIT et la formation des Juntes dans la Péninsule provoquèrent, comme il était logique, dans les colonies américaines un débat sur la légalité de ces corporations qui se donnaient comme représentant la monarchie.
Si la colonie, disaient les Espagnols, doit obéissance au roi, qui est captif, elle la doit à l'institution qui représente sa personne : la Junte centrale de Séville est par conséquent la dépositaire légale de l’autorité du monarque. Mais ceux qui raisonnaient de la sorte oubliaient que, si cette Junte représentait quelqu'un, ce n'était pas par une transmission venant du
() Memorias y Autobiografias, t. 1, p. 43.
CRUSERCDEML'AMVECE-ROYAUTÉ 97
monarque, mais par une investiture révolutionnaire, puisque c'était le peuple de la Péninsule qui l’avait formée, remettant en ses mains son salut et sa destinée. Pourquoi alors imposer aux colonies d'Amérique un gouvernement qui n’était pas l’émanation élective et spontanée de leur souveraineté ?
Les créoles étaient plus logiques, dans ce confit légal, que les péninsulaires. La colonie, disaient-ils, a juré fidélité à la personne du roi Ferdinand qui est captif. Si des perturbations inattendues ont supprimé cette autorité légale, le salut du peuple et ses droits conseillent que, reprenant sa personnalité, il attende la délivrance de son monarque pour établir son organisation normale. Ce n’était donc pas une Junte péninsulaire qui devait les gouverner, mais une Junte américaine qui serait l’expression de la volonté générale.
Les événements qui se déroulaient dans la Pénirtsule étaient pour beaucoup de créoles un signal d’émancipation. Les Juntes ne seraient pas pour eux une planche de salut, mais au contraire un moyen de plus pour qu’ils continuent à vivre sous la tyrannie. La formation d’un gouvernement particulier paraissait alors la solution la plus légale. Liniers n’était pas un élément efficace pour cette besogne. IL était le représentant de la couronne et son esprit hésitant ne pouvait communiquer la hardiesse et la décision à ceux qui songeaient à une nouvelle ère politique. Plutôt que de « prêter une obéissance injuste, dit Belgrano, à des hommes qui n’avaient aucun droit à nous commander, je m'efforçai de rechercher les
bonnes grâces dé la princesse Charlotte et de former un parti en sa faveur » (1).
De 1808 à 1809, Belgrano s’occupa d’aplanir les difficultés que rencontrait l'établissement de cette monarchie à La Plata. Lorsqu'il crut le moment opportun pour faire connaître son plan, il se décida à en parler à Liniers.
L’implantation de la monarchiè devait amener avec elle de grandes réformes, permettre par exemple d'ouvrir aux Anglais le commerce du Rio de La Plata, d’affaiblir le pouvoir espagnol à Montevideo et de s’attirer les sympathies des provinces du Pérou en leur facilitant le trafic commercial par le port de Buenos- Ayres. « Malheureusement, ajoute Belgrano, au moment où parvenait à [iniers un Mémoire que je lui avais envoyé sur cet important projet, par lequel je pensais que l’on allait porter lé premier coup : à l’autorité espagnole, arriva un adjudant du viceroi nommé Cisneros, qui avait débarqué à Montevideo, et tout ce plan fut changé » (*).
Commentant cet épisode des préludes de la Révolution, un historien affirme : « Les négociations auxquelles prirent part, en 1808 et 1809, Belgrano, Castell, Vieytes, en un mot tous les patriotes, sans excepter le parcimonieux Saavedra, qui acceptait cette idée, échouèrent Dieu merci, grâce à la frénésie de
() L’infante Doña Carlota Joaquina de Borbôn, princesse de Portugal et du Brésil, était la sœur aînée de Ferdinand VIL et l'épouse de Jean VII, qui résidait à cette époque à Rio de Janeiro en qualité de régent du royaume. Ê
(°) Memorias y Autobiograrias, t. I, p. 105.
tyrannie qui semble être une faculté naturelle dans ‘âme dé tout Bourbon. La princesse Charlotte dédaigna un trône constitutionnel » (1).
Don Baltazar Hidalgo de Cisneros, après avoir fait escale à Montevideo, se transporta à Buenos-Ayres où il fit son entrée le 30 juillet 1809. |
Son premier soin fut d'examiner le procès ouvert contre les conspirateurs du 1% janvier. Malgré les efforts faits par les créoles pour que la main de la justice s’appesantît sur ceux qui avaient tenté de devenir leurs oppresseurs, Cisneros céda à l'influence du Cabildo et des Espagnols et « décida que les Européens n'avaient en cela commis aucun crime,et que nous autres, les créoles, — c’est Saavedra qui parle — nous avions bien agi et rempli notre devoir dans cette même affaire » (*). Ne
La conséquence de cette résolution fut que les bataillons, qu'avait dissous Liniers après l’émeute, s’armèrent de nouveau, et que Alzaga revint de Patagonie où on l'avait relégué. |
Cisneros chercha dès le premier jour à s’attirer les sympathies des Américains. À cette fin, il proposa la fondation d’un journal qui s’intitula Diario de Comercio et dont le prospectus fut rédigé par le viceroi lui-même, selon Belgrano (*).
Sous prétexte de coordonner des idées se rattachant au plan de ce journal, tantôt dans la maison de Bel-
(:) José Manuez Esrrapa, Lecciones sobre la Historia de la Repüblica Argentina, t. 1, p. 333-
(?) Memorias y Autobiografias, t. I, p. 45.
(°) Memorias y Autobiograftas, t. I, p. 107.
grano, tantôt dans celle de Rodriguez Peña ou de Vieytes, les patriotes se réunissaient et entraînaient leurs volontés afin qu’elles fussent pleines d'énergie quand le moment serait propice à l’émancipation (1).
Pendant qu’à Buenos-Ayres le ferment d’une révolution tenait les esprits en alerte, sur les frontières de la vice-royauté, à Charcas d’abord et à La Paz ensuite, sé produisait un soulèvement provoqué par les nouvelles arrivées d’Espagne.
La présidence de Charcas était à ce moment gouvernée par le général Pizanas, qui, ayant eu connaissance du complot qui se tramait pour former une Junte, ordonna le 25 mai 1809 l’emprisonnement de Don Manuel et de Don Jaime Zudañez, chefs des agitateurs.
Le peuple ne voulut pas supporter ce coup de force, et le 26, il se souleva, attaqua le palais du président, mit sa garde en déroute et fit emprisonner le général Pizanas. k
Le gouvernement civil fut confié à l’auditeur doyen de la royale Audiencia, le colonel Don Antonio Alvarez de Arenales. +
La révolution de Charcas fut suivie de celle de La Paz. Les autorités espagnoles furent déposées, on organisa une Junte révolutionnaire, et on prépara une colonne de troupes pour soutenir les principes qu’elle proclamait.
(:) Ce groupe de patriotes s’appela « Société des sept », parce que le comité de direction était composé de sept membres : Manuel Belgrano, Nicolas Rodriguez Peña, Manuel Alberti, Hipo-
lito Vieytes, Juan José Passo, Agustin Donado et Juan José Castelli. |
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Le vice-roi de Lima et celui de Buenos-Ayres se mirent d'accord pour étouffer le mouvement. Cisneros équipa une colonne de mille hommes qu’il fit marcher sur Chuquisaca, sous les ordres du général Nieto ; et Abascal, vice-roi du Pérou, confia à Goyeneche, président intérimaire de Cuzco, le commandement: de son expédition. À la tête de cinq mille hon:mes, Goyeneche se dirigea vers La Paz, et aux alentours de cette ville, le 25 octobre 1809, se livra la bataille qui eut pour résultat le triomphe des Espagnols.
De son côté, Nieto pénétra dans le Haut-Pérou, et le 25 décembre 1809 il occupa la ville de Chuquisaca, où les révolutionnaires se rendirent sans combattre. Nieto se montra plus indulgent que Goyeneche envers les insurgés. Jusqu'en mai 1810, ce dernier condamna quatre-vingt-six individus. Parmi eux, les uns subirent la peine du gibet, d’autres celle du garrot, la plupart celle des galères ou du bannissement, mais tous eurent leurs biens confisqués.
En prenant possession de la vice-royauté,. Cisneros trouva le Trésor public dans une situation précaire.
Les luttes de la Reconquête et de la Défense d’un côté, l’invasion napoléonienne de l’autre et la nécessité de maintenir sur pied dans la capitale une armée pour sauvegarder la sécurité politique, tout cela joint aux lois prohibitives qui privaient les colonies de la liberté commerciale, obligea les grands propriétaires de l’une et de l’autre rive du Rio de La Plata, à s’adresser au vice-roi pour qu’il permit le libre commerce avec les Anglais.
Le porte-paroles de cette réclamation fut le D' Ma-
riano Moreno. Pour donner à cette demande toute la valeur d’un document juridique, il rédigea sa Representaciôon de los Hacendados qui fut envoyée au vice-roi en septembre 1809 et eut pour conséquence d'ouvrir le port de Buenos-Ayres à tous les vaisseaux portant pavillon anglais.
Grâce à cette mesure, la cherté et la misère cessèrent de se faire sentir dans les villes et les campagnes du Rio de La Plata, et dans la première année il rentra comme droits de douane seulement quatre millions de piastres, tandis qu'auparavant ces mêmes droits et tous les autres revenus réunis n’arrivaient à produire qu’un million deux cent mille piastres.
Ce document a le mérite particulier de s’inspirer davantage des intérêts du peuple que de ceux de Îa monarchie. Si sa forme est courtoise, loyale et chevaleresque, son esprit est innovateur et révolutionnaire : c’est ce qui constitue son mérite et l'importance qu’il faut lui reconnaître. Il est comme une clameur de liberté dans les derniers jours de la vice-royauté et à la veille de la Révolution. Le démocrate ne se révèle pas entièrement ; mais dans son habile dialectique il laisse pressentir l’existence d’une force sociale qui veut agir, suivant sa destinée, dans la vie de la colonie.
« Il est douloureux de constater, dit-il, que le bien général d’une province ait besoin d’un avocat pour le défendre. » Et pour que le vice-roi n’hésite pas à accéder à sa demande, il lui rappelle que la nécessité est la suprême loi des États. « Cette maxime, écrit-il, qui a converti en loi suprême la loi des peuples, arme le magistrat d’un pouvoir sans limites pour révoquer,
corriger, suspendre, innover et provoquer toutes les mesures qui dans l’ordre habituel sont prohibées, mais qui, à la suite de la combinaison de circonstances imprévues, sont reconnues nécessaires à la sécurité du pays et au bien de ses habitants » (1).
« Grâce à Dieu, disait-il ensuite, nous ne vivons pas dans ces siècles obscurs où les intérêts du vassal étant séparés de ceux du souverain, on considérait comme une véritable opulence l'accumulation de trésors qui laissaient le peuple dans la misère » (*).
C’est la première fois qu’un document public adressé au représentant du despotisme lui dit : « La justice veut aujourd’hui que nous jouissions d’un commerce égal à celui des autres peuples qui forment la monarchie espagnole dont nous sommes partie intégrante. Je soutiens la cause de la patrie, et je ne
dois pas oublier son honneur lorsque je défends les autres bien réels qu’elle attend conjointement (°). »
Le parti espagnol monopoliste et conservateur ne pouvait voir d’un bon œil cette innovation commerciale au profit de la colonie. Le Consulat et son agent principal Don Miguel Agüero faisaient de grands efforts pour étouffer cette initiative. Outre les raisons commerciales, comprises et expliquées selon l’étroit critérium économique de l’époque, ils en donnaient d’autres d’ordre patriotique et religieux. Le libre commerce avec l’Angleterre était présenté par
(:) Doctrina democrätica, p. 33, t. 1 de la Biblioteca Argentina. (2?) Doctrina democrätica, p. 42, t. I de la Biblioteca Argentina. () Doctrina democrätica, p. 50, t. I de la Biblioteca Argentina.
eux comme la porte ouverte à l’émancipation, en même temps que comme une coupable SORRA UE envers l’hérésie protestante.
L’arme de la dialectique juridique permit à Moreno de franchir ces deux obstacles en raisonnant de la manière suivante : « En ce qui concerne les Anglais, jamais les Américains ne seront plus en sûreté que lorsqu'ils feront du commerce avec eux, car une nation sage et commerçante déteste les conquêtes et ne dirige ses entreprises militaires qu’en vue des intérêts de son commerce. En ce qui nous concerne, c’est une injure que nous pouvions seulement attendre d’un marchand transporté par l’avarice. La fidélité des Américains est tout à fait notoire. L'histoire nous apprend que jamais e n’a eu besoin d’autre garantie pour la sécurité et la conservation de ces provinces. Les Anglais considérèrent toujours avec respect les vainqueurs du 5 juillet, et les Espagnols n’oublieront pas que nos hôpitaux militaires ne restérent pas occupés par des marchands, mais par des hommes du pays qui défendirent la terre où ils étaient nés, versant leur sang pour une domination qu'ils aiment et vénèrent » (:).
Quant aux questions religieuses, Moreno s’expliquait ainsi : « Il proclame (Don Miguel Agüero) que notre religion et les bonnes mœurs sont mis en danger par le libre commerce avec les Anglais ; mais si ce péril est suffisant pour qu’on cesse toute communication avec eux, ses commettants reçoivent un coup
() Doctrina democrdtica, p. 92, t. 1 de la Biblioteca Argentina.
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terrible, car leur existence politique dépend aujourd’hui principalement des intimes relations et du libre commerce qu'ils entretiennent avec des Anglais, des Maures, des Juifs et des hommes de toutes les sectes. Le mandataire croira-t-il peut-être que la foi des habitants de Cadix a une fermeté dont manque la nôtre ? S'il s'agissait des montagnards de Santander, il se pourrait qu'il fût ébloui par le glorieux titre de « vieux chrétiens », mais ce titre ne peut pas s’appliquer aux habitants de Cadix plutôt qu’à ceux de l’Amérique. L'empire de Mahomet n’était pas encore entièrement tombé dans les Andalousies, lorsque commença à déchoir celui du Soleil dans ces régions. On en vint à prêcher à Buenos-Ayres que les pères de famille qui permettaient à leurs fils de voyager en pays étranger péchaient gravement ; le rôle du mandataire tourne autour de principes tout à fait analogues à cette maxime ; mais le gouvernement, sans condamner les efforts d’un zèle humble par les motifs qui l’inspirent, agit librement dans la combinaison des relations politiques auxquelles se rattachent la félicité et la solidité des empires » (:).
() Doctrina democrätica, p. 92, t. I de la Biblioteca Argentina.