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CHAPITRE IV

SOMMAIRE : La première invasion anglaise. — La reconquête de Buenos-Ayres. — La seconde invasion. — La défense. — Liniers est nommé vice-roi du Rio de La Plata. — L’invasion napoléonienne de la Péninsule. — Les colonies espagnoles et les visées politiques de Napoléon. — Mission diplomatique confiée par Napoléon au marquis de Sassenay. — Si Liniers coopéra ou non aux plans de Napoléon.— Le complot espagnol. — Saavedra et le régiment de Patriciens. — L’évêque Lue

” avec les conspirateurs. — Une Junte réactionnaire. — L’abdication de Liniers. — Comment Liniers annule cette abdication. — Don Baltasar Hidalgo de Cisneros dernier des vice-rois. — Doctrine sur les Juntes créées dans la Péninsule. — Le projet d’une monarchie à La Plata et la princesse Carlota. — La viceroyauté de Cisneros. — Soulèvement dans le Haut-Pérou. — Moreno et la représentation des Hacendados.

D Rafael de Sobremonte succéda, en 1804, au vice-roi Del Pino qui mourut à Buenos- Ayres cette même année.

Il y avait deux ans que Sobremonte était à la tête de la vice-royauté, lorsque se produisit la première invasion anglaise au Rio de La Plata. Après son

triomphe naval à Trafalgar, l'Angleterre était restée maîtresse des mers et songeait à s'approprier tout le commerce des Indes Orientales,

Dans ce dessein, elle prépara une expédition de six mille hommes sous les ordres de Home Popham, David Baird et Guillaume Can Berresford. Cette expédition arriva à la colonie du Cap, au sud de l'Afrique, en 1805, et après s’être emparé de cette factorerie hollandaise, Popham, qui suivait en cela la pensée de son gouvernement, résolut de tirer vengeance de l’alliance de l'Espagne avec la France en lui arrachant les colonies du Rio de La Plata.

Pour réaliser ce dessein, il prépara un corps de débarquement composé de mille huit cents hommes, et l’escadre anglaise, sous les ordres de Berresford, entra le 6 juin 1806 dans les eaux du Rio de La Plata.

Après avoir délibéré pour savoir s’ils s’empareraient d’abord de Montevideo ou de Buenos-Ayres, les chefs anglais se décidèrent pour cette dernière ville, et, s’approchant des côtes de Quilmes, ils débarquèrent le 25 juin sans être sérieusement inquiétés.

Une troupe de sept cents hommes, sous le commandement de Pedro Arce, fut à leur rencontre, mais elle fut mise en déroute grâce à la supériorité numérique des bataillons anglais. Toute résistance étant . écartée, ceux-ci entrèrent à Buenos-Ayres le 27 juin. Dès ce moment le drapeau anglais flotta sur la Forteresse...

Pris de panique en présence de l’invasion, le viceroi Sobremonte s'était enfui. Dès son arrivée à Cordoba, il déclara cette ville capitale provisoire de la

CRISE DEi LA VICE-ROYAUTÉ #4

vice-royauté et se fit rendre des honneurs qui contrastaient singulièrement avec sa lâcheté. « Cette journée, dit un historien, vit la fin de la souveraineté des rois » (1).

Il ne resta à Buenos-Ayres d'autre pouvoir public que le Cabildo. Berresford exigéa le serment de fidélité envers les autorités anglaises, et pour s’attirer les sympathies de la population, il proclama la liberté du commerce, le libre exercice des religions et le respect de la propriété.

Il abolit les monopoles, supprima toute entrave au commerce interprovincial, réforma les tarifs de douane et réalisa en un mot les améliorations progressistes prônées par le Semanario.

L'autorité du conquérant ne put s’étendre au delà des limites urbaines. « Les campagnes restaient dans une indépendance équivoque, tandis qu’avec son affabilité familière et de somptueuses parades militaires, il s’efforçait de rendre moins farouche l’aigre éloignement des habitants de la capitale. Ceux-ci lui opposaient une force d'inertie invincible. Les magasins, les établissements commerciaux de tout genre, et même les habitations privées, tout était fermé et lugubre comme en une heure de calamité » (°).

A la faveur de cet état de choses, l’idée de la reconquête commença à germer parmi le peuple. Un officier de la marine espagnole, mais d’origine française,

(:) J. M. EsrraDA, Lecciones sobre la Historia de la Repiblica

Argentina, t. I, p. 299.

(2) Ouvr. cité, t. I, p. 290.

Don Santiago Liniers y Bremont, qui à ce moment occupait le poste de capitaine du port de la Ensenada, résolut de passer le fleuve et de se diriger vers Montevideo où le gouverneur de la ville, Don Pascual Ruiz Huidobro, organisait des forces pour essayer de reconquérir Buenos-Ayres. La Banda Oriental se trouvant menacée d’une autre invasion anglaise, Huidobro renonça à son premier dessein et donna à Liniers à peu près mille hommes et huit pièces d’artillerie. Avec cette petite troupe, celui-ci passa à la Colonia, et de là, traversant le fleuve sans être aperçu des vaisseaux anglais grâce à un épais brouillard, il se dirigea vers le Tigre où il débarqua. Après cette première étape, il transféra son quartier général à San Fernando ; 1à il fut rejoint par quelques patriotes de Buenos-Ayres et ce qui restait des six cents hommes qui, sous les ordres de Don Martin de Pueyrredon, avaient été mis en déroute par les Anglais le 31 juillet 1806 à la chacra de Perdriel.

Le 10 août, Liniers campait aux Corrales de Miserere, aujourd’hui place du Onze septembre, et qui à cette époque était en dehors de la ville. De là il intima à Berresford l’ordre de se rendre ; mais le chef anglais répondit négativement, ajoutant qu'il se défendrait. Son, armée ayant été renforcée de deux mille volontaires. Liniers se décida à attaquer le Retiro, aujourd’hui place San Martin ; les Anglais, impuissants à rompre les lignes des assiégeants, durent battre en retraite et se replier vers la Plaza Mayor.

Encouragé par ces succès, il résolut de tenter l'attaque définitive, et, le 12 août 1806, l'assaut fut

donné à la ville à travers les rues qui portent aujourd’hui les noms de Reconquista et de San Martin.

Le peuple, en masse, prêta assistance à l’héroïsme des soldats libérateurs et l'amiral Berresford, assiégé dans la forteresse, se vit obligé de capituler, due le drapeau espagnol après avoir hissé le drapeau parlementaire.

Les Anglais avaient perdu deux cent cinquante hommes et l’armée assiégeante deux cents. Parmi les trophées de cette victoire, qui restèrent aux mains des créoles figura le drapeau du régiment anglais n° 71, que Pueyrredon arracha à l’ennemi au moment de l’assaut, lorsque ses soldats pénétrèrent dans l’enceinte de la Plaza Mayor.

Le 14 août, le Cabildo de Buenos- nn s’assembla pour prendre les mesures que conseillait la situation. À la demande du peuple amassé aux portes de la salle des réunions, l’assemblée décréta la destitution du vice-roi Sobremonte et la nomination du héros de la reconquête comme chef militaire. Le gouvernement politique fut confié à la Audiencia.

Sobremonte ne put faire autrement que de reconnaître la légalité de ces deux mesures, et sans même essayer de s’y opposer, il se retira de la scène et s’embarqua pour Montevideo.

Comme à Buenos-Ayres on s’attendait d’un moment à l’autre à une nouvelle invasion de la part des forces anglaises, le peuple, sous l’inspiration du Cabildo, se prépara à la résistance. Les habitants de la ville furent divisés selon les provinces auxquelles ils appartenaient, et cela motiva la formation de divers

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bataillons qui feraient partie d’une même armée sous les noms de Galiciens, Biscaïens, Navarrais, Asturiens, Andalous et Catalans. Sous le nom de Arribeños fut formé un bataillon composé des fils du pays nés dans les provinces de l’intérieur, et avec les naturels de Buenos-Ayres (crécles), fut formé le régiment des Patriciens comprenant mille cinq cents jeunes gens divisés en trois bataillons placés sous le commandement de Don Cornelio Saavedra. Ce régiment peut être considéré comme le premier essai d'établissement d’une garde nationale. Il reçut le baptême du feu dans les luttes pour la défense et pour la reconquête.

Avec les bataillons désignés et le régiment de Patriciens, Liniers pouvait avoir sous ses ordres environ huit mille hommes. En janvier 1807 les Anglais revinrent au Rio de La Plata. | #

Aux troupes qui avaient évacué Buenos-Ayres après la reddition du 12 août et qui s'étaient réfugiées sur leurs vaisseaux en face de Maldonado, se joignirent de nouveaux contingents, les uns arrivés du Cap de Bonne Espérance, les autres envoyés d’Angleterre sous le commandement de Samuel Auchmuty.

Le premier débarquement de la nouvelle invasion se fit à Montevideo. Sobremonte, qui se trouvait dans cette place’à la tête des troupes qui l’avaient accompagné depuis sa retraite de Cordoba, ne sut pas résister et prit la fuite pour la seconde fois, rendant évidente son incapacité.

Lorsque cette nouvelle parvint à sa connaissance,

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