‹ La Révolution ArgentineChapitre 50 sur 62 · DÉRPOURDIEMRNIGUE LE TILL A LIBERTE · texte numérisé non relu

DÉRPOURDIEMRNIGUE LE TILL A LIBERTE

sont faites dans la proclamation, le peuple adopte comme un point de conscience le parti de prêter le nouveau serment solennel de défendre le roi Ferdinand, ses droits et ses lois jusqu’à la mort ; je réserve à la sagesse de V. S. I le soin d’écrire et de publier une instruction pastorale, telle qu’il appartient à ses lumières élevées, pour détruire les propositions que Je viens de rapporter comme étant le fondement de la souveraineté proclamée à Buenos-Ayres. Si V. S.I accomplissait cette très délicate charge avec tout le fruit que l’on doit espérer de sa fermeté apostolique, de sa profonde sagesse et de son viril amour pour le roi et la nation qui ont déposé dans sa respectable pérsonne tant de confiance et un respect si sublime, V.S. [. mériterait très justement le glorieux surnom d’Ambroise américain, et moi-même, toujours comme son meilleur ami, j'emploierais toute mon activité pour lui faire obtenir les plus hautes satisfactions ; au lieu que dans le cas inattendu où dans cette importante entreprise, le succès ne répondrait pas à mes espérances, Je ne pourrais pas, pour ma part, empécher les tristes conséquences de l’oppression qu’aurait à supporter le clergé métropolitain de La Plata, si par la faute de V.S.I., on ne facilitait pas les moyens indiqués de sauver notre légitime gouvernement dans le Haut-Pérou, et aussi l’union heureuse de V.S. I. avec son Église. Ce courrier se met en chemin et nous attendons votre réponse, que nous espérons des plus favorables, pour que dans cette ville, où se trouve émigré, à nos côtés, le très digne proviseur vicaire général de l’archevêché de Charcas, on mette

aussi en pratique toutes les autres diligences que V.S. I. voudra bien ordonner (:). »

Si ces mesures coercitives pouvaient en quelque. chose nuire à la Révolution, c'était en retardant sa. marche, mais en aucune façon en mettant son triomphe en péril. Cette révolution était dans le sang et dans les idées. Les prêtres créoles qui marchaient à l'avant-garde de cet exode libérateur étaient les premiers à être convaincus que le duel entre l'Espagne et l'Amérique ne pouvait se terminer par une capitulation, mais que la situation se ramenaït à un dilemme qui déjà était la devise civique dans la conscience de tous : La Liberté ou la Mort.

Le sentiment patriotique les passionna à un tel point que plus d’un fit passer les instincts de bravoure avant les devoirs pacifiques de son ministère. Le choc des armes exerça sa force fascinatrice sur ces natures sensibles, et le Père Aldao, par exemple, à la bataille de Chacabuco, laisse son bréviaire, saisit le sabre courbe des grenadiers et prend une part active aux charges de cavalerie qui, en cette journée mémorable de l’épopée andine, châtièrent le soldat de la tyrannie. HAS

Mais il ne se présente à l’évocation historique aucun cas plus intéressant que celui du Père Belträn, appelé par Mitre l’Archimède de l’armée des Andes (°).

Au contact de la Révolution, s’éveilla en lui une

(7) AGusTiN PrAGGIO, nfluencia del clero en la Independencia Argentina, p. 80.

(>) Historia de San Martin y de la Independencia sud-americana,

série d'énergies et de dispositions qui sommeillaient, et troquant le temple pour la forge, le calice pour l’enclume de Vulcain, il créa le parc du Plumerillo et devint l'ingénieur militaire de la Révolution.

Le Père Luis Belträn était fils d’un Français et d’une mère créole. Né dans la province de Mendoza en 1765, 1l fut conduit tout enfant par un provincial franciscain dans un couvent du Chili, et, après avoir prononcé ses vœux et avoir été ordonné prêtre, il resta là jusqu’au moment où éclata la révolution chilienne. En 1814, se produisait au Chili le désastre de Rancagua, et ie Père Belträn, en compagnie de Carreras et des soldats qui fuyaient la réaction royaliste, passait la Cordillère, foulait de nouveau le sol de sa province natale et était présenté au général San Martin, qui justement trouva en lui l’homme qu'il cherchait et qui lui manquait pour organiser son parc. « Belträn, dit Damian Hudson, avait hérité de son père, d’origine française, un caractère joyeux et prompt, une claire intelligence, une imagination ardente et féconde, une manière rapide et vive dans toutes les actions qui caractérisent si spécialement ceux de cette nation.

« Encore enfant et après avoir revêtu la bure franciscaine, ses jeux, ses occupations consistèrent toujours dans l’exercice de toutes les pratiques mécaniques qu'il lui prenait envie d’essayer, sans autre aide que sa propre instruction et le peu de livres qu’il pouvait avoir sous la main. Pyrotechnicien, horloger, ébéniste, fondeur, armurier, architecte, forgeron, cordonnier, tout ce qu'il voulait exécuter, dans la

vaste branche des arts, Belträn s’en acquittait à la perfection et avec facilité. Bien qu'il n’eût pas fait des études dans les arts et les sciences, il pouvait cependant mettre utilement ses talents et sa capacité au service de l’État.

« Au Plumerillo, continue le même auteur, son activité, son assimilation et son intelligente manière de faire étaient véritablement étonnantes. Sa personne se multipliait, pour ainsi dire, jour et nuit, toujours infatigable, dirigeant, exécutant les travaux multiples de cette vaste fabrique du matériel militaire de guerre des armées argentines qui se préparaient à la conquête du Chili. On le voyait entre cent forges ardentes, au milieu de cent enclumes qui assourdissaient par les bruits des marteaux, des limes et autres outils de forgeron ou de charpentier, comme le dieu Vulcain agité, inspiré, courir d’un côté à l’autre donnant des ordres, enseignant pratiquement deux ou trois cents travailleurs. Son visage et ses mains étaient noircis par le charbon, la poudre et la fumée dont l’atmosphère était chargée. Sa voix s'était presque éteinte, par suite des efforts qu'il avait faits pour se faire entendre, et elle demeura rauque jusqu’à la fin de ses jours. Là, il fondit des boulets de canon de tous calibres, des grenades et autres projectiles, employant le métal des cloches des églises que lui-même descendait des hauts clochers au moyen d’ingénieux appareils.

€ On construisait des affûts pour monter les canons et les obusiers. On fabriquait toute sorte de matières explosives pour les feux de guerre, des cartouches

de fusil à balles.et à blanc ; des harnachements complets et des ferrures pour les corps de cavalerie ; des sacs, des carmagnoles, le complet équipement du soldat de la ligne ; on s’occupait de la réfection de l'armement et de tout ce que réclamait l’approvisionnement complet de l’armée.

« Belträn était l’homme le plus apte à diriger l’intendance supérieure du parc et des ateliers d’une grande armée.

« Il s’en acquitta aux applaudissements et à la satisfaction de ses chefs à Mendoza, au Chili, au Pérou, et dans la guerre contre le Brésil. Il rendit sous ce rapport de très importants services à la cause de l’indépendance de l’Amérique du Sud (:). »

Nous pouvons donc terminer ce chapitre en affirmant que la collaboration du clergé créole à l’éclosion et à la formation de la liberté argentine fut substantielle et complète.

Du début à la fin du drame, les prêtres argentins se font voir et sentir comme les agents décidés de la liberté. Ils sont patriotes avant d’êtres lévites, la patrie terrestre les séduit davantage que la patrie céleste ; pour la défendre contre toute oppression et contre toute tyrannie, ils lui prêtent serment devant Dieu et le monde, et comme gage de leur foi jurée, ils offrent leurs vies, leurs biens et leur renommée.

Cette collaboration ne résout pas, à mon point de vue, le conflit politico-religieux qui est dans l’essence même de la Révolution argentine.

(?) Damran HupsoN, Revista de Buenos Ares, t. IV, p. 344.

Notre clergé mérita les applaudissements de notre démocratie, mais il n’est pas établi qu'il ait mérité ceux de Rome.

La sincérité avec laquelle les prêtres luttèrent pour unir les intérêts de la liberté avec les exigences du catholicisme est évidente ; mais il est évident aussi que pour s’attirer les bonnes grâces de la démocratie, ils durent en venir à prendre des attitudes anticanoniques et à se déclarer regalistas.

Ils ne pouvaient pas dénaturer la Révolution ; et celle-ci étant absolument laïque, ceux qui embrassaient sa cause devaient se conformer à sa formule et même aux exigences de son esprit. T'elle est la raison

‘fondamentale qui nous permet d’affirmer sans aucun

doute que la Révolution argentine fut une révolution tout autant religieuse que politique ; et que le clergé créole, obéissant plutôt aux instincts de l’homme qu'aux devoirs mystiques du lévite, se rangea du côté de la Révolution dès la première heure de son apparition.

La Révolution accepta le catholicisme comme collaborateur dans son œuvre de liberté, mais lui refusa le droit de dominer les masses en tyran absolu comme il l’avait fait pendant plusieurs siècles. En renversant les murailles que l’Inquisition avait élevées dans les domaines de La Plata, on bannit l'intolérance du sol libéré et l’on y toléra la tente et l’autel pour tous les cultes. Cela suffit pour que l’Église perdît, en perdant l'appui du bras séculier, le sceptre du privilège que lui avait concédé la monarchie dans la vie de la colonie, et pour que les dogmes du catholicisme de-

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vinssent le patrimoine de la conscience individuelle sans être en aucune manière des préceptes dans les lois de l’État. ; L'Espagne mystique, comme l’on voit, s’écroula avec la Révolution, et elle ne survécut au désastre que dans les formes et dans les détails qui, parce qu'ils sont en harmonie avec les sentiments religieux de la nature humaine, le sont aussi avec la civilisation.

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