‹ La révolutionChapitre 5 sur 31 · LES MÈRES · texte numérisé non relu

LES MÈRES

Telle une sensible bergère .

Qui voit périr en un matin La fleur si brillante et si chère Qu'aimait à cultiver sa main :

Elle regrette sa parure, Hélas ! et la regrette en vain !

Mais bientôt à ses vœux l'indulgente nature Rend de nouvelles fleurs dont elle orne son sein.

douleur éternelle des Muses! ô deuil profond de la poésie ! le jour où on coupait cette tête a où il y avait pourtant quelque chos? », Andrieux, « poète civique », rimait ces vers de mirliton.

Les républicains, même ceux qui, comme Saint- Just, avaient le sentiment de la prose forte et colorée, en étaient encore à cette poésie aux pâles couleurs,

fille de Saint-Lambert et de Delille. Mais enfin Chénier vint !

Robespierre lut « poétiquement » deux strophes du citoyen Andrieux, après quoi il pria Méhul de lui chanter à mi-voix une strophe de Davrigny. « Mehul ne te refusera point cela, dit David ; mais je dois d'abord te dire comment j'ai ordonné la fête hier au comité d'instruction publique. »

David prit une feuille de papier et lut le programme de la fête :

Les images de Barra et de Viala seront élevées à la tête des colonnes. Les enfants porteront les restes de Viala, et les mères ceux de Barra. Le cortège suivra le pont National, le quai Voltaire, les rues Thionville, de l'Ancienne-Comédie-Française, de la Liberté, la place Michel, rues Hyacinthe, Thomas et Jacques. Les colonnes seront composées de quarante-huit enfants et de quarante-huit mères. Elles recevront en même temps les urnes de Barra et Viala. Les musiciens seront placés au-dessous de l'amphithéâtre, et les danseurs se porteront sur les gradins de gauche et de droite. Lorsque la ' Convention sera arrivée, on chantera la première slrophe de l'hymne de Davrigny, musique» de Méhul. d

Méhul se pencha au-dessus de David et dit une strophe en la colorant par sa musique large etlîère.

Robespierre sucra ses fraises et dit que c'était bien. « Mais ce qui sera d'un grand effet, dit Le Bas, c'est que pendant la marche, de distance en distance, un chant funèbre alternera avec cet hymne. — Oui, reprit Méhul en psalmodiant ce vers.

Ils sont morts pour la patrie !

Le Bas expliqua que sur la place du Panthéon on onlendrait un chœur d'un effet large et sombre, où s'exhalerait l'horreur contre le fanatisme et le fédéralisme. « Au moment où l'on portera les urnes au Panthéon, on chantera la troisième strophe de l'hymne :

Autour de ces urnes sacrées, Flottes, drapeaux ; sonnez, clairons !

Et lorsque les portes s'ouvriront, un chant de gloire: Ils sont immortels ! transportera tous les patriotes. »

David dit la part du citoyen Gardel à la fête. Le maître de ballets devait régaler Paris de pantomimes civiques et de danses patriotiques.

Robespierre, qui craignait Barère à la tribune, demanda à David si l'avocat de Bigorre — pour ne pas dire le Gascon — approuvait le programme. « A propos, poursuivit-il, n'avait-il pas promis de dîner avec nous? Esl-ce qu'il pactise avec nos ennemis? »

A partir de ce moment, on parla des traîtres de la Convention, des Tallien, des Barras, des Fréron, de tous ceux qui osaient lever la tête — contre le couteau.

Que disait-on à la table de Tallien et de ses amis? On cachait sa peur. Barras parla beaucoup de son épée, de son sabre, de ses pistolets et de ses femmes, qu'il appelait les déesses de sa raison. Fréron trouvait la cuisine mauvaise, ce qui fit dire à Tallien qu'il était né critique comme son père.

« Prends garde à toi, car Robespierre médite de t'envoyer bientôt à la cuisine des enfers! — Moi ! dit Fréron, écoute ces huit vers :

Lorsque arrivés au bord du fleuve Phlégéton, Camille Desmoulins, d'Eglantine et Danton, Payèrent, pour passer cet endroit redoutable, Le nautonier Caron, citoyen équitable, A ces trois messagers voulut remettre en mains L'excédant de la taxe imposée aux humains :

— Garde, lui dit Danton, la somme tout entière, Ce sera pour Couthon, Saint- Just et Robespierre *.

* Cest vers sont-ils de Fréron? Ils furent attribués à Pons de

Barras partit d'un éclat de rire. « Bravo! dît-il, voilà comme j'aime les vers! 11 ne manque à ceux-ci que d'être mis fcn musique par Méhul, que j'ai entrevu làhautavec son ami David. »

Tallien était tour à tour bruyant et taciturne ; il avait la fièvre ; il voyait passer la mort, il songeait à la prison de la Force, d'où il venait de recevoir le célèbre billet de Thérézia Cabarrus : C'est demain...

Pendant qu'on s'étonnait en haut de ne pas voir arriver Barère, on s'étonnait en bas de son absence. « Il avait pourtant dit qu'il viendrait ! » remarquait-on des deux côtés. Barère était un homme d'esprit qui voulait sauver sa tête, quel que fût l'homme du lendemain. Il n'aimait ni Robespierre, ni Tallien, il n'aimait que Barère. Le Bas, Saint-Just, David lui-même, étaient de ceux qui meurent pour la patrie: Barère mourut à quatre-vingt-cinq ans.

Collot-d'Herbois, qui n'était non plus ni avec les uns ni avec les autres, dînait un peu plus loin sous les arbres. Barras alla à lui et lui demanda s'il avait vu Robespierre. « Non, répondit Collot, je ne transige pas avec la tyrannie. — Eh bien, rapprochons nos tables. — Vous n'êtes pas mes amis. — Nous le sommes. Es-tu donc assez fort pour défendre tout seul ta tête ?

Collot-d'Herbois se leva et traîna sa table vers Tallien et ses amis.

La nuit de juillet surprenait peu à peu les hôtes du jardin ; on décida, selon la coutume, qu'on passerait le pont de la Révolution pour aller prendre le café sur la rive gauche, chez l'oncle de Méhée.

Verdun, et François de Neufchâteau se les laissa attribuer plus tard.

Fréron avait beaucoup d'esprit. Rivarol a dit de lui : « Ses poésies fugitives ont un si prodigieux rapport avec celles de Voltaire» que nous ne doutons pas qu'en cette considération Voltaire ne se fût réconcilié avec Fréron père, et que celui-ci n'eût consenti à aimer le vieillard deFernay en le voyant revivre dans son propre fils.

On s'arrêta sur la place, à quelques pas de la slalue de la Liberté, sur le pavé même que Danton, Camille Desmoulins, Hérault de Séchelles, Fabre d'Églantine, avaient rougi de leur sang moins de trois mois auparavant.

On entend d'ici tous les regrets de ceux-là qui avaien t condamné les premiers montagnards, car ils croyaient encore ce jour-là à Robespierre. On jura de les venger ; il est vrai qu'on les vengerait surtout pour se préserver soi-même.

Robespierre et les siens, qui ne croyaient pas retrouver les célèbres proconsuls qu'ils avaient vu par la fenêlre du cabinet, vinrent s'arrêter, tout en se promenant contre le piédestal de la Liberté. Rarrasquiles reconnut le premier, alla à eux résolument, sans consulter ses amis, qui le suivirent peu à peu. « J'ai le droit de dire la vérité devant cette statue, dit Barras à Robespierre. Nous avons établi la Terreur, et nous nous faisons peur les uns aux autres. On dirait un jeu d'enfants ; soyons des hommes. »

Robespierre voulait garder la silence; mais ces paroles tombèrent froidement de ses lèvres comme malgré lui : « Soyons des hommes dites-vous.! mais je n'empêche pas les enfants de devenir des hommes. Je ne fais peur à personne, je n'ai peur do personne. — Comment ! tu ne fais peur à personne? s'écria Tallien avec impétuosité. Mais ton Comité de salut public n'estil pas lechafaud lui-même? Comment! tu n'as pas peur! mais la preuve que la guillotine t'effraye, c'est que tu l'as reléguée honteusement à la place du Trône. — Ici elle serait déjà brûlée! dit Fréron. — Je sais bien, reprit Barras, qu'il ne faut accuser ni Robespierre ni Saint-Just. C'est la faute des événements. Mais au-

jourd'hui. grâce à l'énergie de tous, la République est sauvée à Paris et à ses frontières. »

Et Barras, craignant que les violentes apostrophes de Tallien n'eussent tout perdu, voulut gagner à la cause commune Robespierre et Saint-Just par quelques éloges personnels, disant que ceque Robespierre avait fait à la Convention, Saint-Just l'avait fait aux armées.

Le frère de Robespierre, qui avait quelque sympathie pour Barras et Fréron, peut-être même pour Tallien, parce qu'il était comme eux beau viveur, ami des femmes, joueur passionné, tenta d'apaiser le ressentiment de l'implacable Maximilien. e Je suis sûr, dit-il, que si chacun faisait le sacrifice de ses passions pour la chose publique, on reconnaîtrait qu'avec une poignée de main on pourrait franchir l'abîme qui sépare les vrais républicains. — Eh bien, moi, dit Tallien, je fais ce sacrifice : j'abjure tous mes ressentiments devant cette statue de la Liberté. Je ne garde en mon cœur que l'amour de la République ; que tout le monde en fasse autant. Si mes paroles trop vives ont blessé mes amis ou mes ennemis, je les condamne le premier. Que la fraternité seule soit notre loi. »

Tallien s'imaginait, car il était l'homme des effusions comme il était l'homme des colères, que tous allaient s'ouvrir leurs bras. Mais un silence glacial suivit ces paroles de paix.

Saint-Just répondit du haut de sa lèvre dédaigneuse :

« Celui qui parle de sacrifice ne connaît pas le sacrifice. Il y a aujourd'hui des hommes qui entravent les conquêtes de la liberté par les fautes qu'ils ont faites, par les crimes qu'ils ont commis; ces hommes -là devraient avoir l'héroïsme de se juger, de se condamner et de se proscrire. — Il n'y a pas de crimes, dit Barras qui sentait venir l'accusation jusqu'à lui. On a combattu, on a joué sa vie, on a vaincu, voilà tout. C'est toujours ici la vieille complainte contre les proconsuls. Je sais bien que Saint-Just en a déjà fait guillottiner

un à Strasbourg ; mais les autres ne se laisseront pas prendre comme des moutons à la boucherie. J'attends de pied ferme celui qui voudra m'arrêter. Ce n'est pas moi qui monterai les marches de sa coupeuse de têtes. » David, cet aveugle adorateur de Robespierre, qui ne savait pas le secret de Robespierre, et qui ne voulait pas que la Montagne fût partagée en deux camps, tenta, par quelques paroles éloquemment simples, de dissiper l'orage: « Après tout, ne soyons pas plus absolus que le Romain :

Soyons maîtres de nous comme de l'univers.

Car nous triompherons partout. Comme Ta dit Barère aujourd'hui, quel point de la République n'est pas couvert de lauriers? De la Méditerrannée à la mer du Nord, des Alpes à l'Océan, tout parle des victoires des Français! — Oui, dit Collot d'Herbois, Lyon, cette forteresse de la royauté, pour parler aussi comme Barère, est remise au pas de la Révolution. — Toulon, dit Barras, nous l'avons repris aux Anglais ; nous les avons chassés, comme les Espagnols, de cette porte de la France. — Et Bordeaux? dit Tallien. Là où j'ai trouvé un peuple esclave, j'ai créé un peuple libre. — Avec la Fontenay 1 » murmura Robespierre.

Tallien ne parut pas entendre et poursuivit : « L'insurrection du peuple est régularisée contre toutes les hordes des tyrans ; nous n'avons plus à sonner le tocsin des calamités publiques. — Il faut le sonner plus que jamais, dit Robespierre; car Paris renferme plus de traîtres que jamais. — Et l'étranger, ajouta Saint-Just, plus que jamais nous menace. — Où Saint-Just a-t-il vu cela? s'écria Fréron. Nous avons conquis le Palatinatet la Belgique au pas de charge; l'Europe ennemie est exterminée ou fugitive; il n'y a plus de Prussiens sur le Rhin; jamais l'Angleterre n'a eu si peur. »

Robespierre s'impatientait: « Vous croyez à toutes ces gasconnades de Barère! Barère amuse le peuple.

Mais pour un grand citoyen, la vérité seule est une force. Nous vivons dans une tempête ; ne l'oublions pas. — Eh bien, dit David, reste au gouvernail, et unissons-nous pour sauver le navire. »

Soit que ce mot de gouvernail flattât Robespierre, soit qu'il jugeât que le temps n'était pas venu d j frapper un grand coup, soit qu'il ne se sentît pas assez fort pour marcher seul, il parut décidé à un rapprochement. « Je ne demande que la paix, dit-il d'une voix moins tranchante (comme on Ta dit, il y avait du couteau dans sa voix) ; mais il faut que les vrais républicains soient maîtres de la situation. — Oui, dit Tallien : mais n'es-tu pas maître à la Commune, n'es-tu pas maître aux Comités, n'es-tu pas maître à la Convention, n'es-tu pas maître aux Jacobins? — Moi? dit Robespierre comme étonné; je ne suis maître nulle part. — Quand je dis toi, se hâta d'ajouter Tallien, je veux parler de 1 a Montagne. — La Montagne! la Montagne! dit Robespierre; c'est là justement que je trouve des rebelles et des brouillons. La Convention n'est plus une tribune, c'est une place publique. — C'est que le temps des fleurs de rhétorique est passé, dit Collot d'Herbois ; il faut les laisser aux derniers Girondins. Aujourd'hui, c'est l'action qui est éloquente. Mais enfin tu as peut-être raison, Robespierre, on pourrait condamner au silence quelques-uns des nôtres. »

Dans la bouche de Collot d'Herbois, ces mots : condamner au silence^ sentaient furieusement la guillotine.

Le frère de Robespierre parla des maux qui affligeaient les patriotes, tour à tour malmenés par la contre-révolution et les derniers hôbertistes : « Le gouvernement révolutionnaire est comme la foudre : il doit en un instant écraser tous les conspirateurs, mais ilfaut prendre garde que celte institution terrible ne devienne un instrument de contre-révolution. Je provoque donc en cet instant le courage de tout républicain prêt à affronter la mort pour sa patrie. — Très bien !

dit Fréron; mais sous prétexte d'affronter la mort pour la patrie, ne nous tuons pas pour cela. — Il faut, dit sententieusement Robespierre, couper le mal jusque dans sa racine. Sous prétexte de défendre les patriotes on les opprime : il faut frapper jusqu'aux hommes du pouvoir qui ont abusé de leur mandat. On dit que Coulhon est paralysé, on dit que Saint-Just et moi nous le sommes aussi, mais comme s'est écrié Couthon aux Jacobins: « Jusqu'à ce que le poignard atteigne « mon cœur, il ne sera pas une minute ssns s'indigner « contre les scélérats et les traîtres. »

Saint-Just levait les yeux au ciel comme s'il cherchait là sa république idéale. « Il n'y a ni' scélérats ni traîtres, dit Barras. Jouons cartes sur table: nous voulons tous le triomphe de la République ; regardonsnous en face. On a dit, aux Jacobins, que Robespierre avait lui-même écrit la liste de ceux qui devaient disparaître de la Convention ? — Oui, dit Robespierre emporté par un mouvement de franchise qui fut la première imprudence de sa vie. J'ai écrit cette liste dans mon amour pour la République. J'ai jugé que la République périrait par les mauvais républicains. — Et il faut que la République vive, ajoute sententieusement Saint-Just. — Et alors les mauvais républicains périront ? demanda Tallien. — Non ! s'écria David, ils redeviendront de bons républicains. — Eh bien, dit Fréron, que cette liste soit déchirée, qu'elle le soit ici même, devant notre serment de supprimer la guillotine. — Je ne demandais pas, dit Robespierre, que tous ceux que je voulais voir loin de la Convention fussent frappés de mort: je ne suis pas le tribunal révolutionnaire. »

Collot d'Herbois demanda à Robespierre combien il comptait de mauvais républicains parmi les Montagnards. Robespierre lui répondit qu'il serait plus simple de lui demander combien il en comptait de bons.

Et sans se faire prier, comme s'il eût obéi à un acte de courage, il prit la liste dans une des basques de

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son habit, et la déploya vaillamment sous les yeux de ses amis et de ses ennemis. Il avait d'ailleurs, ainsi qu'on Ta vu, masqué la guillotine par des paroles ambiguës.

Le premier nom de la liste, c'était le nom de Tallien.

Celui qui venait ensuite, c'était Barras, puis Fouché, puis Thuriot, puis Fréron.

Le sixième était barré d'un large trait de plume. Le septième était Rovère. Le huitième n'élait indiqué que par l'initiale C. Etait-ce Carnot, Collot d'Herbois ou Chénier ?

Barras, quand il contait ceci, ne se rappelait que vaguement les autres noms de cette liste vingt fois homicide. « Je te remercie de ta franchise, dit Tallien, qui savait bien que Robespierre n'avait pu l'oublier. Puisque tu nous as montré cette liste, c'est que tu veux effacer nos noms, c'est que tu crois que l'union fait la force. Dis-nous ton programme. »

Robespierre prit la parole et parla pendant quelques minutes dans l'esprit de son discours, si laborieusement travaillé sous l'invocation de Jean-Jacques Rousseau.

Quand il eut fini de parler, David, toujours enthousiaste, s'écria : « Ce que tu veux, nous le voulons tous I Nous n'avons pas créé la fête de l'Être suprême pour ne pas aimer la vertu. — Oui, nous aimons la vertu, dit Robespierre; mais combien qui l'aiment avec des mains tachées de sang et souillées de rapines! — Que diable! s'écria Barras, est-ce qu<5 Robespierre a la prétention de répudier sa part du sang des ennemis de la République ? Robespierre n'a frappé qu'avec le glaive de la loi ; mais n'est-ce pas la même loi qui armait nos mains à Lyon, à Toulon, à Marseille, à Bordeaux? Notre crime a donc été de braver nos ennemis de plus près ? Qu'aucun de nous ne jette la première pierre ! — Je veux bien effacer quatre noms de ma liste, reprit Robespierre ; mais il faut que vous m'aidiez tous pour la proscription des autres. »

74 ' LE SEλT THERMIDOR

Et Robespierre exposa ses griefs avec absolutisme. Le groupe de Tallien ne défendit pas vaillamment les autres ennemis de Robespierre; pourvu que ce groupe fût sauvé, il voulait bien laisser faire le tyran.

On avait fini par s'entendre sur la politique à suivre et sur les hommes à bannir, quand Tallien, au dernier moment, dit à Robespierre : « C'est toi qui as fait arrêter la citoyenne Fontenay ; le mandat est signé de toi; accorde-moi sa liberté. — Pour celle-là, jamais ! répondit Robespierre; car c'est la citoyenne Fontenay qui t'a perdu. Tu as trahi la République pour elle. Elle t'a mené comme un enfant. Elle a changé ton rôle à Bordeaux. — Oui, dit David, c'est Dalila qui a coupé les cheveux de Samson. — La citoyenne Fontenay est ma femme, dit Tallien hautement. C'est moi que Robespierre a voulu frapper en la frappant. Je veux sa liberté ce soir même. »

Les amis de Tallien, à leur tour, prièrent Robespierre de signer un mot au Comité de salut public et au tribunal révolutionnaire, pour que cette femme, qui n'avait fait que du bien, fût délivrée de son odieuse prison : on la savait au secret.

Mais Robespierre, comme s'il eût voulu se rattraper des grâces qu'il venait d'accorder, Robespierre, qui avait peur des femmes, refusa toujours. « Eh bien, dit Tallien, reprends nos têtes, puisqu'il te faut du sang. »

Il s'emporta comme un lion et courut à vingt pas de là, à la place même de la guillotine, évoquer l'ombre vengeresse de Danton, tout en baisant un poignard, le poignard de madame de Fontenay.

Javogues, n'ayant pas vu son nom sur la liste, s'éloigna des deux groupes.

Saint-Just avait entraîné Robespierre en lui disant :

« Tu as sauvé la République! »

Robespierre avait tout perdu, lui, les siens et la République.-

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