AIX HABITANS DE BRUXPILLES
Bruxellois, le roi notre auguste père s'occupe de concert avec les représentans de la nation et de la seule manière qui soit compatible avec leurs sermens, d'examiner attentivement le- vieux émis paniii vous.
Cependant l'ordre est sans cesse troublé dans vos murs ; tandis qu'avec un zèle et une activité dignes des plus grands éloges, vous veillez à la défense des propriétés publiques et particulières, un petit nombre de factieux, cachés parmi vous, excite la population au pillage, le peuple à la révolte, l'armée au déshonneur; les intentions royales sont dénaturées, les autorités sans force, la libsrté opprimée.
Conformément aux ordres du roi, nous venons apporter à cet état de choses qui ruine votre cité et éloigne de plus en plus, pour cette résidence royale, la possibihté d'être le séjour du monarque et de l'héritier du trône, le seul remède véritable et efficace, le rétablissement de l'ordre légal.
Les légions nationales vont entrer dans vos murs, au nom des lois, et à la demande des meilleurs citoyens, pour les soulager tous d'un service pénible et leur prêter aide et protection.
Ces officiers, ces soldats, unis sous les drapeaux de l'honneur et de la patrie, sont vos concitoyens, vos amis, vos frères. Ils ne vous apportent point de réactions, ni de vengeances, mais l'ordre et le repos. Un généreux oubli s'étendra sur les fautes et les démarches irrégulières que les circonstances ont produites.
Les auteurs principaux d'actes trop crhninels pour espérer d'échapper à la sévérité des lois, des étrangers qui, abusant de
l'hospitalité , sont venus organiser parmi vous le désordre, seront seuls et justement frappés; leur cause n'a rien de commun avec la vôtre.
En conséquence nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit, en vertu des pouvoirs à nous confiés ;
Art. i'^''. Les troupes nationales rentreront dans Bruxelles.
2. Tout obstacle à leur marche sera enlevé par les soins de l'autorité municipale, de la garde urbaine, de la commission de sûreté et de tous les bons habitans.
3. Les postes de la garde urbaine seront successivement remis aux troupes nationales.
Nous statuerons ultérieurement sur le mode de service de ladite garde.
4. Les individus aniiés, étrangers à la ville, se retireront sans armes dans leurs foyers. Toute troupe armée appartenant à d'autres communes qui se rendrait à Bruxelles, sera invitée à se retirer et au besoin dissipée par la force.
5. Les couleurs adoptées, comme marques distinctives par une partie de la garde urbaine, seront déposées.
Nous nous réservons de déterminer les signes de ralliement qu'elle sera autorisée à porter.
6. L'administration municipale, la commission de sûreté, le conseil et les chefs de la garde urbaine, veilleront à l'exécution des dispositions qui précèdent en ce qui les concerne, ainsi qu'au maintien de l'ordre jusqu'à ce que les troupes aient effectué leur entrée.
7. Les membres de ces corps sont déclarés personnellement responsables, à dater de la notification des présentes^ de toute résistance qui pourrait être apportée à la force publique, comme aussi de l'emploi illégal des deniers publics ou municipaux, armes et munitions.
8. La garnison sera, le plus tôt possible, casernée ou campée de manière à ne point être à charge aux habitans; elle observera la plus exacte discipline. Toute résistance sera repoussée par la force des armes et les individus coupables de cette résistance qui tomberont entre les mains de la force publique, seront remis au juge compétent pour être poursuivis criminellement.
Fait à notre ciuartier-généial d'Anvers, le 21 septembre 1830.
Frédéric, prince des Pays-Bas.
T.c prince s'était trompé. Oubliant devant le danger commun les c}uerelles de la veille, peuple et bourgeois s'unirent dans un sentiment commun de patriotisme et prirent ensemble les mesures nécessaires pour mettre la ville en état de défense.
La garde bourgeoise se reforma, le baron d'Hoogvorst reprit son poste à l'Hôtel-de-X'ille, on organisa des corps francs, des travaux immenses furent faits aux barricades, une proclamation fit appel au service des anciens militaires.
PROCLAMATION
On invite tout citoyen, ancien militaire et porteur d'un cono^é ou démission, et qui avait des grades, de se présenter à Tétat-major, hôtel-de-ville, afin d'obtenir des commandemens.
Bruxelles, 21 septeml'ire 1830. Pour le commandant.
Baron FELLNER, aide-de-camp.
Toute rancune semidait oubliée tt une seule idée dominait tous les esprits : défense contre l'ennemi commun.
Le 22 septembre, on annonça la marche sur Bruxelles de l'armée rovale. Elle était forte de 12.000 fantassins, i.5oo cavaliers et 52 bouches à feu.
Aussitôt une nuée de tirailleurs volontaires sortit de la ville pour reconnaître et harceler l'avant-garde ennemie avec laquelle elle prit contact à Dieghem et à Zellick.
Pourtant la bourgeoisie ne partageait pas l'aveugle confiance du peuple, beaucoup désespérant de la cause nationale avaient passé la frontière, le gouvernement provisoire créé l'avant-veille ne s'était pas réuni. Seul le
baron d'Hoogvorst était resté inébranlable à son poste et représentait la seule autorité existante à Bruxelles.
On connaît les péripéties des combats dont les rues de Bruxelles furent le théâtre pendant les quatre mémorables journées des 23, 24, 25 et 26 septembre. On connaît l'échec des Hollandais aux portes de Laeken, de Louvain et de Flandre, le succès passager da prince Frédéric à la porte de Schaerbeek, son entrée au Parc, la résistance acharnée des barricades de la place Royale.
Je n'ai pas à signaler tout ce qu'il y eut d'étrange dans cette lutte inégale de cinc] à six mille bourgeois et gens du peuple, sans chef, sans direction centrale, contre quinze mille hommes instruits et disciplinés de Tarmée régulière du roi Guillaume, commandés par d'habiles généraux, presque tous formés à la grande école de Napoléon. Lutte héroïque, où chaque soir le coup de feu tiré, les volontaires c^uittaient la barricade pour aller raconter leurs exploits dans les cabarets du bas de la ville, et, où les soldats royaux, refoulés dans le Parc n'osaient s'avancer, contre ces barricades ainsi abandonnées, craignant les embuscades et démoralisés par l'énergie de cette résistance qu'ils n'avaient pas prévue ! Le récit de ces exploits n'entre pas dans le cadre de ce travail.
Aucune affiche, aucune proclamation, aucun journal ne parut à Bruxelles dans la première journée de lutte; il y avait plus à agir c}u'à écrire, et d'ailleurs, à part le baron d'Hoogvorst, toujours à l'Hôtel-de- Ville, il n'existait plus à Bruxelles l'ombre d'une autorité.
Le lendemain, on afficha une dépèche de Louvain annonçant que les Louvanistes et les Tirlemontois avaient battu et refoulé un corps d'armée que le général Kortheyliofers conduisait contre Bruxelles.
Dépêche de Louvain.
NOUVELLr: VICTOIRE.
Louvain, 24 septembre 1830.
A M . le baron Vandcrlindcn-d' 1 loogJivorst , commandant en chef de la scf'de bourgeoise à Bruxelles.
Depuis hier, sept heures du matin, l'ennemi attaqua Louvain du côté de la porte de Malines, lança divers obus et nous parvinmes à le repousser. Vers dix heures, nous reçûmes la nouvelle qu'une partie de l'année de Tongres marchait sur Louvain avec une force majeure et beaucoup de canons ; eft'ectivement, vers onze heures, cette troupe se présenta devant Louvain et commença son attaque à coups de canon suivis de décharges de mousqueterie. Nous soutînmes son attaque et nos braves Louvanistes firent une sortie qui obtint un succès complet; car, à deux heures, la déroute était dans l'année ennemie qui fut harcelée par nos braves campagnards jusqu'à Tirlemont, où la défaite de l'armée fut complétée par la résistance des braves Tirlemontois qui refusèrent passage en attaquant à leur tour.
Nous avons fait plusieurs prisonniers sans perdre beaucoup de monde.
Nous nous porterons de suite à votre secours.
he connu, en chef de la garde bourgeoise de Louvain, J. De NeÉF.
A^ec les premiers succès, la résistance s'organisa. Le baron d'Hoogvorst, Charles Rogieret Jolly formèrent sous le nom de « commission consultative », un troisième gouvernement provisoire. Il ne devait vivre que 48 heures.
PROCLAMATION
Depuis deux jours, Bmxelles est dépourvue de toute espèce d'autorité constituée; l'énergie et la lovauté populaire en ont tenu
lieu, mais tous les bons citoyens comprennent qu'un tel état de choses ne peut durer sans compromettre la ville et le triomphe d'une cause dont le succès dès hier a été assuré.
Des cito3'ens guidés par le seul amour du pays ont accepté provisoirement un pouvoir qu'ils sont prêts à remettre en des mains plus dignes aussitôt que les élémens d'une autorité nouvelle seront réunis; ces citoyens sont : MM. le baron Vanderlinden-d' Hooghvorst, de Bruxelles; Ch. Rogier, avocat, de Liège, et Jollv, ancien officier du génie.
Ils ont pour secrétaires : MM. de Coppin et Vatiderlinden, de Bruxelles.
Bruxelles, 24 septembre 1830.
Une circulaire fut adressée aux marchands de grains et aux boulangers afin d'assurer la subsistance aux défenseurs de la ville. On apprit qu'il y avait à Bruxelles pour 10 jours de vivres.
Signalons encore une proclamation anon3^me fort curieuse, affichée dans la soirée du 24 et lue et publiée au son du tambour.
PROCLAMATION
Braves patriotes.
Vous êtes les vrais enfans de la Belgique; hier et aujourd'hui vous avez prouvé à l'Europe que vous étiez aussi dignes de la liberté; trois journées de combat ont immortalisé la population parisienne; Bruxelles, aidée de ses amis et alliés des autres villes^ n'est pas restée au-dessous d'une si belle gloire. Encore quelques courageux efforts et la victoire est à nous pour toujours. Les populations des communes environnantes arrivent pleines d'ardeur pour venger le sang belge et achever le triomphe de la liberté. Louvain victorieux vous promet son énergique bourgeoisie. Soyez donc pleins de confiance; le découragement est au camp ennemi. La Providence a retiré tout courage à des soldats qui ne rougissent pas de souiller leurs drapeaux du pur sang de leurs frères.
— Su —
Bourgeois de Bruxelles, qui redoutez le pillaçe de vos maisons, savez-vous l'espoir criminel qu'on ne craint pas de faire éclater dans les ranges des soldats : le pillage! Prenez la ville, leur disaiton, et deux heures de pillage payeront vos efforts.
Bourgeois de Bruxelles, redoublez donc de vigilance. A vos barricades, foniiidables fortifications, ajoutez de nouvelles barricades. Les pavés lancés des fenêtres ont fait à moitié la révolution parisienne. Continuez ainsi de tenir vos croisées garnies de ces redoutables projectiles, et que l'ennemi écrasé apprenne ce qu'il en coûte à venir attaquer dans son sein une population qui veut être libre.
Bruxelles, le 24 septembre 1830.
Cette menace de pillage était une imputation calomnieuse, le prince Frédéric doit en être entièrement la^é. Mais cette calomnie même montre l'exaspération du sentiment populaire !
La résistance dont nous venons de ^■oir les pi^ogrès continua de s'organiser dans la journée du 25. La nouvelle commission administrative ne resta pas inactive.
Un premier ordre du jour annonça la fin prochaine de la lutte.
ORDRE DU JOUR
Hier à huit heures du soir l'ennemi incendiait Bruxelles; aujourd'hui à huit heures du matin l'ennemi est dans le plus grand désordre devant notre bourgeoisie aidée de se? alliés.
Le sang belge va cesser de couler.
Bruxelles, le 2^ septembre 1830.
La commission administrative,
Baron VANDKRLIXDEX-D'HooCiHX'OKST. RoCilER, JuLLV.
Puis la commission administrative prend une série de mesures relatives au ravitaillement de la ville et supprime les droits d'octroi sur les denrées alimentaires. Dans un autre ordre d'idées, elle s'occupe de l'organisation et du logement des détachements de patriotes qui accourent, de plus en plus nombreux, au secours de Bruxelles.
Pour éviter tout danger d'explosion, l'éclairage par le gaz est supprimé.
AVIS
La commission administrative voulant pourvoir à la sûreté générale de la ville; attendu que, si un obus ou tout projectile enflammé tombait sur l'établissement du gaz, il produirait une explosion aussi terrible que celle d'un magasin à poudre et ferait sauter une partie de la ville, a ordonné de faire écouler le gaz.
Pour empêcher que la ville ne soit dans l'obscurité, la commission invite tous les habitans à illuminer les façades de leurs maisons.
Mêmes date et signatures.
Enfin la commission administrative s'occupe d'assurer une sépulture glorieuse aux braves morts dans la lutte.
ARKETÉ.
La commission administrative, vu le nombre de victimes qui ont succombé dans notre lutte glorieuse ; vu la nécessité de veiller à la salubrité pubHque et voulant en même temps donner de dignes funérailles aux braves défenseurs des libertés; arrête :
Une fosse sera creusée sur la place S'-Michel ; elle sera destinée à recevoir les restes des citoyens morts dans les mémorables journées de septembre.
l'n inonuiiient transmettra à la postérité les noms des héros et la reconnaissance de la patrie.
Les ])atriotes belç^es prennent sons leur protection les veuves et les enfans des ijénéreuses victimes.
Mêmes date et signatures.
Juscju'ici les volontaires ne s'étaient battus (jue selon leur inspiration personnelle, sans ordre, ni sans chef reconnu. On comprit bientôt la nécessité de créer une autorité militaire c|ui put, en donnant de l'ensemble aux opérations, chasser l'ennemi, déjà tenu en échec.
La commission administrative jeta les yeux sur Don Juan van Halen, Belge qui s'était distingué au service de l'Espagne, où il avait été l'aide-de-camp du célèbre général guérillero Minna. Après quelques hésitations, van Halen accepta.
'ORDRE DU JOUR
Messieurs les membres de la commission administrative,
L'amour de la liberté, le devoir de défendre tant de familles dans la consternation, l'irritation dont mon âme est animée en voyant assassiner les habitans et brûler leurs foyers, m'ont fait sortir de l'obscurité dans laquelle je m'étais placé.
J'accepte avec l'orgueil d'un admirateur de la victoire du peuple contre des incendiaires et des dévastateurs, j'accepte, fier aujourd'hui du nom Belçe allié à celui d'un espagnol libre, un commandement dont je suis loin de me croire digne.
Bruxelles, 2^, septembre.
Dévouement et fraternité sincère. JiAX Van Halen.
Les trois hommes c}ue nous avons vus depuis deux jours représenter le gouvernement de la Belgique, et,
réunis en commission consultative, tenir tète à l'orage, sentaient que le fardeau allait devenir trop lourd pour leurs épaules. N'écoutant que leur patriotisme, ils choisirent quelques-uns de ceux qui s'étaient distingués dès les premiers jours de la révolution, se les adjoignirent comme collègues et constituèrent ainsi, le 26 septembre, le quatrième gouvernement provisoire.
GOUVERNEMENT PROVISOIRE
Vu l'absence de toute autorité, tant à Bruxelles que dans la plupart des villes et des communes de la Belgiqtie ;
Considérant que, dans les circonstances actuelles, un centre général d'opérations est le seul ni03^en de vaincre nos ennemis et de faire triompher la cause du peuple belge.
Le gouvernement provisoire demeure constitué de la manière suivante :
MM. le baron Vanderlindkn-d'Hooghvorst; Ch. Rogier; le comte Félix de Mérode; Gendebien; S. Vandeweyer; Jolly; J. Vanderlinden, trésorier; B°" F. de Coppin, J. NiCOLAY, secrétaires.
Bmxelles, le 26 septembre 1830.
Suivent les signatures.
C'est à ce c^uatrième gouvernement provisoire que la Belgique doit son indépendance.
Le premier arrêté du nouveau gouvernement prorogea de 25 jours l'échéance de tous les effets de commerce sur la place de Bruxelles, créés antérieurement au 26 septembre. On évitait ainsi, dans la mesure du possible, une trop grande perturbation dans les affaires commerciales.
Le même jour, une proclamation déliait les soldats belges de leurs serments de fidélité envers le roi Guillaume.
PROCLAMATION
Braves militaires beloes ! depuis trop lono^-temps vous êtes sacrifiés à la jalousie des Hollandais qui, non contens de s'emparer de tous leà grades, saisissent toutes les occasions de vous humilier et de vous maltraiter. Ce régime odieux de partialité et d'injustices de toute espèce qu'ils ont fait peser sur la Belgique ne vous a que trop long-temps op]îrimés. Braves soldats ! le moment est venu de délivrer notre patrie du joug que fait peser sur nous cette nation dégénérée. Ils ont donné eux-mêmes le signal de la séparation.
Le sang belge a coulé ; il coule encore par les ordres de celui qui a reçu vos sermens ; cette effusion d'un sang généreux a rompu tous liens; les Belges sont déliés. Xous les délions de tout semient.
Que tous les Hollaiidais gui sont dans î'os rangs en sortent et rentrent dans leurs fov ers ; la nation belge est assez forte et trop généreuse pour user de représailles.
Braves soldats ! continuez de vous ranger sous nos drapeaux ; le nom de Belge ne sera plus un motif d'injustice, il deviendra un titre de gloire.
oléines date et signatures.
Entretemps les Hollandais démoralisés, désespérant de pouvoir réduire la ville, s'étaient décidés à la retraite. Le 27 septembre, entre 3 et 4 heures du matin, ils abandonnèrent toutes leurs positions, emportant leurs blessés et une partie de leurs morts. Cinq cent vingt cadavres jonchaient encore les allées du parc et quatre cent cinquante prisonniers restaient aux mains des volontaires.
De leur côté, les Belges avaient cjuatre cent cincjuante morts et plus de douze cents blessés.
Une proclamation vint aussitôt annoncer à la population l)ruxell()ise la retraite des Hollandais.