NOBLES ET PUISSANS SEIGNEURS
Par suite de ce que nous vous avons fait connaître en ouvrant votre session extraordinaire, et antérieurement à tous les Néerlandais par notre proclamation du 5 courant, nous souhaitons que vos nobles puissances prennent inmiédiatement en considération réglée et attentive les deux points suivans :
1° Si l'expérience a indiqué la nécessité de modifier nos institutions nationales.
2° Si, dans ce cas, il convient dans l'intérêt du bien général de changer ce qui est établi par des traités et par la loi fondamentale entre les deux grandes divisions du royaume.
Il nous sera agréable de recevoir, aussi vite que peut le permettre la nature des choses, la communication libre et franche des sentimens des représentans du peuple néerlandais sur ces questions importantes, afin de concerter avec VV. NN. PP., d'après les circonstances (naar beî'i/id), les mesures qui pourraient mener à l'accomplissement de leurs intentions.
Et nous prions, XN. et PP. SS., que Dieu vous tienne en sa digne garde.
La Haye, 13 septembre 1830.
Siirné : GUILLAUME.
A la nouvelle de ce déni de justice, le pays se souleva tout entier, les secours pour Bruxelles en hommes armés, en argent, en vivres, affluèrent de toute part, La poésie, la musique, la gravure s'unirent pour appeler le peuple à
conquérir sa liberté. Jenneval écrivit la Brabançonne, bientôt on la chanta partout.
Dans ces circonstances, la i^arde bourgeoise avait les plus grandes peines à maintenir l'ordre, le baron d'Hoogvorst dut j'aire circuler des listes de souscription pour subvenir aux besoins des prolétaires dont l'attitude menaçante pouvait tourner à l'émeute.
Le commandant de la garde bourgeoise annonça remettre tous ses pouvoirs à la commission de sûreté dont il ne restait que l'agent exécutif.
PROCLAMATION
L'état-inajor (général de la (jarde bourgeoise informe les habitans que, depuis la création et l'entrée en fonctions de la conimission de sûreté publique, les devoirs en quelque sorte illimités que les circonstances et le besoin urg-ent de maintenir l'ordre et de protéger les propriétés, avaient placés entre les mains de l'étatmajor, se trouvent aujourd'hui réduits à un simple pouvoir d'exécution, et que le pouvoir régulateur et administratif réside actuellement entre les mains de la commission de sûreté.
Bruxelles, 14 septembre 1830.
Le Conim. en chef de la Garde Bourgeoise, Baron VAXDERLIXDEX-D'HO(X}HVORST.
Par ordonnance : Le secrétaire, X^ICOLAY.
La commission de sûreté put pendant quelques jours maintenir le calme à Bruxelles et tenir tète à la populace. En même temps, pour satisfaire les aspirations patriotiques de la population tout entière, elle envoya à la Haye une adresse aux députés leur exposant l'état d'exas-
pération de l'opinion publique et les priant de s'efforcer d'arracher au roi des mesures rassurantes et décisives qui pussent faire renaitre l'apaisement.
Adresse à nos Députés aux Etats-Généraux . MESSIEURS,
Le discours de la couronne aux Etats-Généraux, loin de satisfaire et de rassurer les habitans de Bruxelles, a excité au plus haut degré l'effervescence et le mécontentement populaire. Ce discours que l'on attendait avec anxiété, semble prouver que le gouvernement continue à ne pas comprendre sa situation vis-à-vis de nos provinces, et la nécessité d'y ramener enfin, par un système de franchise et de loyauté évidentes, le calme et l'espérance.
« L'Etat, 3' est-il dit, florissait dans un heureux repos, par l'ordre, le commerce, Tindustrie. Le gouvernement s'occupait d'alléger les charges du peuple et d'introduire successivement dans l'administration intérieure les améhorations que l'expérience avait indiquée. Tout-à-coup une émeute éclate à Bruxelles, et cet exemple est imité dans quelques autres localités; l'incendie et le pillage signalèrent ces désordres, trop affligeans pour mon cœur, la nation et l'humanité, pour que j'en offre à cette assemblée le triste tableau. '■•>
» Les mesures qui dépendaient du gouvernement ont été prises sans délai pour arrêter les progrès du mal, protéger les bons citoyens contre les malveillans et détourner du ro\aume le fléau de la guerre civile. »
Oui sans doute, messieurs, mais qui peut revendiquer le mérite de ces mesures dont le gouvernement semble s'attribuer l'honneur à lui-même? N'appartient-il pas aux citoyens qu'une administration toujours pleine de défiance contre les hommes indépendans et libres avait pnvés de la force des amies, tandis qu'elle les livrait à une garde sans consistance qui dispamt au premier signal du danger?
Est-ce ainsi qu'il convenait de reconnaître les services éminens rendus par la garde de Bruxelles dont le zèle plein d'activité
et (le dévoiiemcnl a préservé de l'incendie et du pillage les maisons de tant de fonctionnaire < ]nil:>lics et les -[lalais des princes et du roi lui-même?
Une partie de la g-arnison de Bruxelles, désarmée en quelques instans, mettait l'autre à la discrétion du ]:»euple irrité, lorsque les fidèles boui'geois vinrent prêter aux soldats paralysés dans leurs mouvemens un ap]iui protecteur, vérité que le prince d'Orange s'est ]")lu à reconnaitre.
Vous avez jugé aussi, messieurs, ces faits honorables auxquels succéda un vif élan de patriotisme. Le bonheur relatif dont jouissaient les Belges, et qu'ils obtenaient à la sueur de leurs fronts, était diminué par les griefs de toute nature, dont l'existence obstinément maintenue par le gouvernement, était depuis long-tems l'objet des plaintes universelles. Un drapeau, cher aux souvenirs des Belges, dans tous les temps jaloux de leurs droits, est arboré en signe de ralliement. Ce drapeau national choisi pour faire disparaître tout étendard contraire à la dynastie régnante, contribue à calmer l'effervescence de la multitude. Il ramène l'ordre gravement troublé, mais il fait naître aussi dans tous les cœurs un vif désir d'affranchissement. Et comment de généreux citoyens, armés pour l'existence sociale compromise par l'incurie d'un ministère anti-belge, n'eussent-ils point songé à se délivrer des vexations et des iniquités sans nombre qu'ils subissent depuis dix-sept ans avec une patience que rien ii'égale? En vain trois cent mille pétitionnaires ont signalé les motifs du mécontentement général. Le ])0uvoir était sourd à leurs humbles demandes.
Cependant, la capitale des provinces du Midi se trouve en possession d'une force que des circonstances imprévues ont mise dans ses mains. D'autres cités, émues d'un sentiment qui vit dans toutes les âmes, suivent l'impulsion qui résulte, non d'une connivence coupable, mais d'un élan spontané et légitime. Les régences de presque toutes les autres villes prennent part au mouvement patriotique. Les premiers d'entre vous, messieurs, réunis à Bruxelles, appuient ce mouvement par une proclamation où, loin de blâmer leurs compatriotes, ils déclarent, d'après l'exemple qui leur avait été donné par la commission nommée par le prince d'Orange, s'associer franchement à leurs efforts et manifestent énergiquement
à S. A. R. les vœux des Belges pour une séparation du Xord et du Midi du royaume, qui seule seuible le terme nécessaire d'injustices et de préférences odieuses.
Tels sont, messieurs, les événemens qui ont précédé la résolution que vous avez prise de tenter encore les chances d'une réunion avec vos collèg-ues des provinces du Nord, réunion depuis tant d'années funeste aux habitans des provinces du Midi. Il ne nous appartient point de juger une détermination, un parti mûrement examiné sans doute par votre sagesse; cependant, au milieu des dangers imminens qui menacent la ville de Bruxelles, et notre patrie tout entière, nous ne devons point vous taire la vérité. La proclamation du roi, votre absence, le discours prononcé par S. M. aux états-généraux nous présagent un sombre avenir. Partout des troupes occupent nos forteresses, ou cernent nos villes avec une attitude qui respire la guerre, et semblent vouloir en appeler à la violence plutôt qu'au bon droit.
Tandis que vous soumettant à toutes les exigences d'une étroite légalité vous employez l'arme du raisonnement pour soutenir notre cause, les bataillons grossissent autour de nous. Le discours du trône vous invite même à les maintenir en permanence. Sommesnous donc les ennemis d'un arrangement à l'amiable? Sommes-nous des sujets rebelles qu'il faut impitoyablement courber sous le joug? Vous connaissez nos intentions constitutionnelles- et justes; vivre avec la Hollande sur un pied d'égalité lorsque nous supportons une partie si considérable du fardeau de sa dette est l'unique prétention de ces révoltés audacieux qu'on entoure d'un appareil foudroyant. Un tel système de compression militaire ne peut, messieurs, qu'attirer sur nous les plus affreuses calamités. Tandis que vous suivrez pas à pas toutes les formalités exigées par la loi fondamentale pour la solution de la grande question que vous devrez décider plus tard réunis à des députés convoqués en nombre double, notre commerce et notre industrie périssent de langueur dans une douloureuse incertitude.
Des villes considérables inquiétées par le voisinage de troupes nombreuses dont elles ignorent les projets, sont dans un état continuel d'alarme, et verront croître rapidement la misère et le désespoir des classes ouvrières.
— yo —
Lorsque votre présence autour du trône lui assure toute sécurité, souffrirez-vous que vos concitoyens, amis comme vous des droits de leur patrie, encouragés par vous-mêmes à défendre ces droits, soient exposés à des mesures guerrières, aussi intempestives qu'inutiles? Ce n'est point sans doute pour nous abandonner et nous perdre que vous avez consenti à suivre, dans leur long circuit et malgré l'urgence des événemens, toutes les voies constitutionnelles les plus lentes et par conséquent les plus pénibles dans notre situation; que cette condescendance de votre part vaille du moins au pavs, dont vous êtes les mandataires, le repos et la confiance dont il a un pressant besoin.
Ce but réparateur ne peut être atteint qu'autant que vous obteniez innnédiatement du trône une mesure rassurante et décisive qui fasse renaitre de suite le calme dans les esprits et la confiance indispensable au commerce et à l'industrie ; que les démonstrations hostiles dont nous sommes menacés cessent, que les troupes venues du Xord et qui nous environnent se retirent dans leurs garnisons. La tranquillité se rétablira et les apparences de guerre civile que le gouvernement craint de voir éclater se dissiperont d'ellesmêmes.
Tels sont les vœux que nous désirons voir porter au pied du trône. Si vous ne pouviez obtenir ces garanties indispensables dans la crise actuelle, nous osons croire, MM., que vous refuseriez hautement de légaliser, par votre présence à La Haye, les vues et les actes hostiles qui consommeraient la ruine de notre patrie.
Bruxelles, 15 septembre 1830.
I.e lendemain, 16 septembre, la commission faisait encore afficher ra\"is sui^■ant :
La Commission de sûreté chargée, aux termes de son mandat, de maintenir le principe de la séparation du Xord et du Midi, invite tous les cit03'-ens qui ont, sur cette question nationale, des vues utiles et patriotiques, à lui communiquer leurs mémoires où
nos intérêts politiques, commerciaux et industriels seraient examinés avec impartialité.
Bruxelles, i6 septembre 1830.
S'. Va?i de Weyer, A . Gendebien, Rouppe, Félix de Mérode, Ferd. Meeiis.
Malgré tous ces efforts, l'ordre devenait de plus en plus difficile à maintenir dans la capitale. Le peuple ne respectait plus aucune autorité, ni celle de la commission de sûreté, ni celle de la garde bourgeoise, vis-à-vis desquelles il prenait une attitude nettement hostile, criant à la trahison,
La journée du dimanche, ig septembre, fut particulièrement troublée. Des bandes armées sortirent de la ville. L'une d'elles alla jusqu'à Vilvorde reconnaître les avant-postes de l'armée royale et empêcha la diligence d'Amsterdam de continuer sa route. Une autre bande marcha sur Tervueren, où elle désarma le poste de la maréchaussée, dont elle ramena les chevaux à Bruxelles,
La commission de sûreté prit peur et désavoua les deux expéditions de Vilvorde et de Tervueren.
PROCLAMATION
La Commission de sûreté, Commandant en chef, Commandant en second et Membres du Conseil de la garde, informés qu'une troupe d'hommes amiés, sortis de Bruxelles sans aucune autorisation des chefs^ et même malgré les injonctions faites par un officier supérieur, s'est rendue à Tervueren, où elle s'est emparée de quelques chevaux appartenant à la maréchaussée ;
Que de plus un autre parti, également sans mission de l'autorité établie, s'est pennis d'arrêter, aux environs du pont de Laeken, la diligence d'Amsterdam, ce qui a forcé le conducteur de rétrograder, au détriment du commerce et des intérêts privés ;
Considérant que de pareils actes sont non-seulement destructifs de toute discipline, mais qu'ils constituent une violation expresse du droit des gens comme des engagemens contractés; qu'en outre ils sont de nature à exposer sans nécessité les habitans de cette ville aux conséquences funestes d'une agression militaire (7?^^rr/^vci ne cherchent pas à pro'ooijuer.
Manifestent leur improbation formelle de l'acte désordonné qui vient d'avoir lieu; ordonnent que les chevaux enlevés seront renvoyés sans délai, et sous escorte, au détachement de maréchaussées stationné à Tervueren, et qu'il sera écrit au prince Frédéric pour désavouer cette infraction et en annoncer la réparation.
Ordonnant en outre qu'un Conseil de discipline sera institué sur le champ, à l'effet d'appliquer aux individus qui, à l'avenir, se rendraient coupables de pareils délits et de tous actes d'insubordination dangereuse, la rigueur des lois militaires.
Bruxelles, 19 septembre 1830.
(Signés)
Ferd. Meeùs membre de la commission de sûreté; Sylvain Vandeweyer, idem; Rouppe, idem; C'*^ Félix de Mérode, idem; Baron Vanderlinden-dHooghvorst, commandant en chef; Baron Vander Smissen, commandant en second; le Baron J. Vanderlinden-d'Hooghvorst, membre du conseil de la garde; J. Vanderlinden, idem; Fréd. Plaisant, idem; Ch. V"= De Xieuport; Palmaert,fils, major; E. Ducpétiaux; le C^^ van der Burch ; Charliers d'Odomont, aide-de-camp ; Ph. Lesbroussart, membre du conseil de la garde; Xicolay, idem; Alex. J. Mayard; Cambier; le C'^ Vander Meere, major; Pletinckx- Janssens, lieut'-col.; Fleury-Duray, major et le chev. Hotton, commandant la Garde à cheval.
Le peuple crut voir clans cette proclamation la preuve (le inénagenients hors de saison et de man(|ue d'enthousiasme patrioticjue. Des groupes se réunirent aux cris de « nous sommes trahis! nous sommes vendus! ». Dans la soirée, une tentative armée contre l'Hotel-de-M lie échoua,
la garde bourgeoise dut faire feu sur le peuple. Toute la nuit se passa dans la plus grande agitation, le lendemain, lundi 20 septembre, une foule immense, réunie place Saint-Michel, se porta à la Grand'Place, désarma la garde bourgeoise, envahit riIôtel-de-Ville et dispersa la commission de sûreté qui y siégeait. La populace était maîtresse de Bruxelles! Les pires excès étaient à craindre. Heureusement le bon sens national eut vite repris le dessus ; la lutte entre le peuple et la bourgeoisie n'avait pas été produite par la rivalité des classes sociales, un motif purement patriotique avait poussé les masses qui trouvaient la bourgeoisie trop prudente et le peuple victorieux se rallia à une nouvelle commission de sûreté dont, une affiche anon3^me, unique pièce publiée à Bruxelles le 20 septembre, annonça la formation.
Un gouvernement provisoire s'organise ; on dit qu'il sera composé de la manière suivante :
Messieurs
Raikem , de Liège, des Etais-Gén.,
Félix De Mérode,
Gendebien,
Van de Weyer,
De Potier,
D' Outremont, de Liège,
De Stassart, des Etats-Gèn.
Ce deuxième gouvernement provisoire n'eut pas le temps de donner signe d'existence, il fut écrasé par les événements.
En apprenant les émeutes de Bruxelles, le prince
Frédéric crut devcnr profiter de l'hostilité qui devait séparer la bourgeoisie vaincue du peuple vainqueur et lit répandre en ville, dans la matinée du mardi 21 septembre, une proclamation datée d'Anvers, cjui annonçait son intervention dans les affaires bruxelloises.
PROCLAMATION
Nous Frédéric, prince des Pays-Bas, etc.