‹ La Révolution belge de 1830, racontée par les affichesChapitre 41 sur 46 · COMMUNICATION A NOS CONCITOYENS · texte numérisé non relu

COMMUNICATION A NOS CONCITOYENS

Une Personne, envoyée par S. A. R. le Prince d'Orange, a désiré s'adresser à nous, pour prendre des renseignemens sur l'état de l'opinion et les moyens de concilier les intérêts de S. A. R. et ceux de la Nation Belge.

Nous avons déclaré à cette personne que nous n'avions aucun caractère pour traiter avec le Prince de l'état futur de la Belgique; que ce droit n'appartient qu'au Congrès National, qui seul peut décider de l'avenir du pays; et, qu'à moins de recevoir un mandat spécial de la part du Peuple, nous ne pouvions nous rendre à Anvers, ainsi que le Prince en avait manifesté le désir.

Nous avons aussi exprimé à cette personne l'opinion qu'une conduite éminemment large et libérale, que la retraite des Troupes au-delà du Moerdyk, le retour de nos Prisonniers et d'autres actes populaires pourraient peut-être affaiblir l'indignation publique et détourner, une solidarité qui plane sur tous les membres de la maison des Nassau.

Nous avons ajouté que tous les actes qui émanent du Roi sont considérés comme nuls et non avenus et que le bien même que

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pourrait faire S. A. R. serait sans eiTet, si l'on y voyait la main du Roi.

Publicité pleine et entière de toutes nos actions, c'est ce que nous devons à nos Concitoyens.

Bruxelles, 7 octobre 1830.

Comte FELIX DE .MERODE, SYLVAIN VAX DE WEYER.

Malgré ce premier échec, le prince d'Orange ne renonça pas à la mission dont l'avait chargé son père; de concession en concession il alla jusc|u'à reconnaître, dans une nouvelle proclamation du 16 octobre, l'œuvre de la révolution.

PROCLAMATION

Belges!

Depuis que je me suis adressé à vous par ma Proclamation du 5 du présent mois, j'ai étudié avec soin votre position; je la comprends et vous reconnais comme nation indépendante; c'est vous dire que, dans les provinces mêmes où j'exerce un ^S^rand pouvoir, je ne m'opposerai en rien à vos droits de Citoyens.

Choisissez librement, et par le même mode que vos compatriotes des autres provinces, des députés pour le Congrès National qui se prépare, et allez v débattre les intérêts de la patrie.

PROCLAM ATIE

Belgen !

Sederl ik U in mijne Proclamatie van den 5 dezer maand heb toegesproken, heb ik met zovg uwen toestand nagegaan.

Ik begrijp dieu en erken U als onafhankelijke Xatie. Dit wil zeggen, dat ik in de provincien, in welke ik eene groote magt uitoefen, mij in geenen opzigte zal verzetten tegen uwe regten als burgers. Kiest vrijelijk, en op dezelfde wijs als u\ye landgenooten der o verige provincien , afgevaardigden voor het nationale Congres, hetwelk aanstaande is, en gaat in hetzelve de belangen des Vaderlands overweeen.

lOCJ —

Je me mets ainsi, dans les provinces que je gouverne, à la tête du mouvement qui vous mène vers un état de choses nouveau et stable, dont la nationalité fera la force.

Voilà le langage de celui qui versa son sang pour l'indépendance de votre sol, et qui veut s'associer à vos efforts, pour établir votre nationalité politique.

Donné à Anvers, le i6 Octobre 1S30.

(Signé) Guillaume Frédéric, Prince d'Oran<re.

Ik stel mij dus, in de provincien, \velke ik bestier, aan het hoofd van de volksbeweging, die U tôt eenen nieuwen en vasten staat van zaken zal brengen, waarvan de Xationaliteit de kracht zal uitmaken.

Ziedaar de taal van hem, die zijn bloed vergoot voor de onafhankelijkheid van uwen grond, en die zich met uwe pogingen \\\\ vereenigen, om uwe staatkundige Xationaliteit te vestigen.

Gegeven te Antwerpen, den 16 October 1830.

(Geteekend)

Willem Frederik,

Prins van Oranjc.

L'effet produit par cette proclamation ne fut pas plus heureux que celui de la précédente. Le gouvernement provisoire s'attacha à réfuter les termes mêmes employés par le prince et à détruire l'impression que ces concessions eussent pu produire dans l'opinion publique.

PROCLAMATION

A NOS Concitoyens,

Une proclamation, signée Guillaume Prince d'Orange, et publiée à Anvers, le 16 de ce mois, vient d'être envoyée au gouvernement provisoire.

L'indépendance de la Belgique, déjà posée en fait par la victoire du peuple et qui n'a plus besoin de ratification, y est formellement reconnue.

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Mais il est parlé des provinces où le prince exerce un grand pouvoir, de provinces même que le prince gouverne.

Le gouvernement provisoire, auquel le peuple belge a confié ses destinées, jusqu'à ce qu'il ait lui-méine détemiiné, par l'organe de ses représentants, de quelle manière à l'avenir il se gouvernera^ proteste contre ces assertions.

Les villes d'Anvers et de Maestricht et de la Citadelle de Termonde, encore momentanément occupées par l'ennemi, obéiront au gouvernement provisoire seul, aussitôt que la force des choses les aura rendues à elles-mêmes; elles ne peuvent reconnaitre de gouvernement ni de pouvoir que ceux qui, en ce moment, régissent la patrie tout entière.

C'est le peuple qui a fait la révolution, c'est le peuple qui a chassé les Hollandais du sol de la Belgique; lui seul, et non le prince d'Orange, est à la tête du mouvement qui lui a assuré son indépendance et qui établira sa nationalité politique.

Lorsque le gouvernement provisoire aura aidé le brave et généreux peuple belge à tirer de sa régénération sociale tous les avantages qu'il a le droit d'en attendre, ses membres seront fiers de se confondre de nouveau dans les rangs du peuple, pour jouir avec lui de la liberté qu'il a reconquise au prix de son sang.

Bruxelles, le i8 octobre 1830.

(Signé) DE POTTER, GENDEBIEX, S. VAX DE WEYER, Comte FÉLIX DE MÉRODE, Ch. ROGIER.

Le roi Guillaume comprit qu'il n'y avait plus rien à espérer, il révoqua tous les pouvoirs accordés à son fils aîné et le rappela à la Haye, le 20 octobre.

Le même jour, dans un message adressé aux Etats généraux réunis depuis l'avant-veille, le roi déclarait « que la reconnaissance de l'autorité constitutionnelle avait cessé dans les provinces du Midi. Dans cet état de choses, ajoutait-il, nos soins doivent dorénavant se fixer sans partage sur les fidèles provinces du Nord », les seules

que les États généraux continuent de représenter, « en attendant ce qui sera jugé, d'accord avec nos alliés, concernant les provinces méridionales ».

Avant de quitter Anvers, le prince d'(3range fit mettre en liberté tous les prisonniers et prit congé en termes émus des Belges qu'il ne devait plus revoir.

PROCLAMATION

Belges!

J'ai tâché de vous faire tout le bien qu'il a été en mon pouvoir d'opérer sans avoir pu .attiendre le noble but auquel tendaient tous mes eiiorts : la pacification de vos belles provinces.

Vous allez maintenant délibérer sur les intérêts de la Patrie au Congrès national qui se prépare; je crois donc avoir rempli, pour autant qu'il dépendait de moi en ce moment, mes devoirs envers vous, et pense en remplir encore un bien plus pénible en m' éloignant de votre sol, pour aller attendre ailleurs l'issue du mouvement politique de la Belgique. Mais, de loin comme de près, mes vœux sont avec vous et je tâcherai toujours de contribuer à votre véritable bien-être.

Habitants d'Anvers, Vous qui m'avez donné pendant mon séjour dans votre ville

PROCLAMATIE

Belgen !

Ikheb getracht U al hetgoede te doen, wat in mijn vemiogen was, zonder te hebben kunnen slagen in het edel doel, waartoe aile mijne pogingen stichten, de bevrediging uwer schoone provincien.

Gij gaat thans in het nationaal Congres, dat voorbereid wordt, beraadslagen over de belangen des Vaderlands. Ik geloof, voor zoo verdit van mij afhing, mijn pligt jegens u gedaan te hebben, en meer een nog veel droeviger pligt te vervuUen, door mij van uwen grond te verwijderen, om elders den uitslag van de staatkundige beweging van Belgie te gaan afwachten. Maar van verre, even als van nabij, zijn mijne wenschen met u, en zal ik altijd trachten mede te werken tôt uw waarlijk welzijn.

Imooners van Ajitzverpen ,

Gi], die mij gedurende mijn verblijf in uwe stad zoo vêle

tant de marques de votre attachement, je reviendrai j'espère, dans des temps plus calmes, pour concourir avec vous à l'accroissement de la prospérité de cette belle cité.

Donne à Anvers le 25 Octobre 1830

(Si^rné) Guillaume.

Prince d'Or an m.

blijken van uwe verknochtheid hebt o-eo-even, ik zal, zoo ik hoop, in meer bedaarde lijden, terug konien, om met u mede te werken tôt het venneerderen der welvaart van deze schoone stad.

(iegeven te Aniwerpen den 25 ()ctober J830.

(Geteekend) WiLLEM,

Prins van Oranje.

Cette proclamation mit imauxtentativesconciliatrices du prince d'Orange. On ignore du reste si, depuis sa proclamation du 16, il était resté d'accord avec le roi son père. La guerre allait continuer et bientôt l'odieux bombardement d'Anvers par le général Chassé allait rendre impossible tout accommodement entre le roi Guillaume et les Belges.

Malgré les troubles (]ui avaient éclaté en province, surtout dans le Hainaut, et maigre la guerre à soutenir dans le Nord, de gouvernement provisoire continuait son œu^re organisatrice. Une série de décrets vint établir la liberté des cultes, la liberté de la presse, la liberté d'enseignement. Le mode du scrutin direct fut choisi pour l'élection du Congrès. Le nombre des députés fut fixé à 200, avec autant de suppléants. Tout Belge, âgé de 25 ans, sans distinction de religion, qui payait un cens variant de JD à i3 florins, selon les provinces, fut déclaré électeur et éligible.

Les élections eurent lieu dans le plus grand calme et, le .mercredi lo novembre, le Congrès national lut ouvert en séance solennelle. Le surlendemain, le gouver-

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nement provisoire vint, selon son intention plusieurs fois manifestée, remettre sa démission au Congrès. A l'unanimité, l'assemblée confia le pouvoir exécutif à ceux-là même qui jusqu'alors n'avaient cessé de se montrer dignes de l'occuper. Le gouvernement provisoire resta en fonction jusqu'à l'installation d'un gouvernement régulier.

On sait que, après avoir proclamé l'indépendance de la Belgique, le Congrès déclara que la forme du gouvernement du nouvel état serait monarchique, héréditaire et constitutionnelle et que l'exclusion perpétuelle de la famille d'Orange-Nassau fut votée.

Il importait, tant au point de vue du maintien de l'ordre à l'intérieur qu'à celui de l'affirmation de notre indépendance à l'extérieur, de procéder au plus tôt à l'élection du souverain qui présiderait à nos destinées.

Les candidats au nouveau trône ne manquaient certes pas, mais bien peu présentaient les qualités sérieuses que notre bon sens national exige de ses souverains.

Quantité de noms de princes en disponibilité et d'hommes plus ou moins marquants de la révolution furent mis en avant.

Des aventuriers même vinrent tenter la fortune en Belgique, de ce nombre fut le colonel Achille Murât, fils du feu roi Joachim de Naples, qui, maître de poste dans une petite ville des États-Unis, vint à Bruxelles poser sa canditature au trône. Il espérait exercer quelque prestige sur les Belges, grâce à une grande ressemblance physique avec l'empereur Napoléon I"", dont il copiait les manières et même les vêtements.

Faute de candidats sérieux, le prince Othon de Bavière, qui devint plus tard roi de Grèce, eut des chances de réussir. A cause de son jeune âge, il avait quinze ans

à peine, il aurait régné sous la tutelle de trois membres du gouvernement provisoire.

Trois candidats seulement paraissaient sérieux. Tous trois étaient S3^mpathiques aux Belges, aucun des trois ne plaisait à la conférence de Londres, où les grandes puissances réglaient en ce moment nos destinées. C'étaient le duc de Nemours, le duc de Leuchtenberg, fils d'Eugène de Beauharnais, et l'archiduc Charles d'Autriche, frère de l'empereur François.

Le 27 janvier i83i, veille du jour fixé pour l'élection, une vingtaine de noms furent encore mis en avant, on remarquait ceux du prince Jean de Saxe, du prince Wasa, du duc de Reichstadt, du duc de Lucques, du prince de Capoue (frère du roi Ferdinand de Naples), du prince de Salm-Salm.

Ces diverses candidatures ne furent pas même discutées. Restaient le duc de Nemours, dont l'Angleterre, la Prusse, l'Autriche et la Russie ne voulaient pas (protocole du i^'" février i83i) — le duc de Leuchtenberg, combattu par la France, et l'archiduc Charles, également impossible aux termes du même protocole ; les puissances représentées à Londres s'étant engagées à ne pas accepter la couronne de Belgique pour un des membres de leurs familles régnantes.

Aucun de ces trois candidats n'obtint la majorité absolue au premier tour. Il fallut procéder à un scrutin de ballotage et, le 3 février, le duc de Nemours fut élu par 97 voix contre 74 données au duc de Leuchtenberg et 21 à l'archiduc Charles.

Le nouveau bourgmestre de Bruxelles, Rouppe, se hâta d'annoncer à ses administrés le résultat de l'élection.

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