‹ La Révolution belge de 1830, racontée par les affichesChapitre 43 sur 46 · AU PEUPLE BELGE · texte numérisé non relu

AU PEUPLE BELGE

Le Duc de Xemours a été solennellement refusé à la Belgique , s' était offerte à lui ; je viens m'otfrir à la Belgique.

Je ne me fais pas illusion sur la défaveur que les conjonctures /semblent attacher à ma démarche. Mais, pourrais-je être préoccupé de la crainte d'un refus, en présence de tous les fléaux prêts à fondre sur cette héroïque contrée, patrie de mon aïeule paternelle ? Xon ; je n'éprouve que le besoin de me dévouer tout entier à son repos et à son bonheur.

Des esprits ardens et généreux croient le moment opportun pour fonder la républiqr

f J'apprécie tous les bienfaits de cette é avec la glorieuse révolution française, mon cœur ont été pour la liberté l Mais, que de maux intérieurs la république n'attirerait-elle pas sur ce pays, et de combien de persécutions extérieures ne serait-elle pas le prétexte ! A peine décrétée, les factions déchainées plongeraient les cités et les campagnes dans les horreurs de l'anarchie ; les ] souverains de l'Europe exposeraient, pour l'anéantir, leur dernier ' écu et leur dernier soldat ; la France elle-même établirait, sur ses

frontières du nord, un cordon sanitaire qui bientôt Belges!

c'en serait fait de votre précieuse indépendance.

Les hommes expérimentés et réfléchis se rallient autour de ces institutions politiques consacrées par votre Congrès national.

(i) Le prince Frédéric IV, Eniest-Othon, était né le 14 décembre 1789, son père Frédéric-Othon avait été créé i)ar Marie-Thérèse, en 1763, prince de Hornes et d'Overisque aux Pays-Bas; il j^ossédait en outre en Belgique le comté de Renneberg et les seigneuries de Leuze et de Pecq.

Sous leur influence salutaire, le peuple doit recueillir les avantages de la république ; il les recueillera, si l'oisiveté, de quelque titre qu'elle se pare, cesse de dévorer la substance des classes laborieuses, et si le chef de l'Etat, pénétré de la nécessité d'alléger les impôts, donne le premier l'exemple que c'est plus avec l'honneur qu'avec l'argent que les fonctions publiques doivent être rétribuées.

J'irai au-devant de toutes les garanties que les temps actuels doivent faire juger nécessaires, et que pourrait me demander ce Congrès national dont les travaux et le dévouement patriotique lui ont acquis des droits impérissables à la reconnaissance de la nation et de tous les amis de la liberté.

Prince catholique, je concilierai mes devoirs comme membre de la grande famille chrétienne, avec les larges principes de cette tolérance religieuse proclamée par votre loi fondamentale;

Les divers cabinets de l'Europe ne pouvant voir dans ma personne rien d'hostile à leurs intérêts respectifs, ne se refuseront pas à des traités de commerce nécessaires au développement de votre industrie et de vos manufactures.

Je fus instruit au métier des armes par Napoléon ; ce grand homme m'honora d'une bienveillance toute paternelle ; j'étais à ses côtés à Friedland et à Wagram. Je saurai donc verser mon sang pour défendre l'indépendance et l'intégrité de votre territoire. C'est, j'ose m'en flatter, un titre à la confiance du peuple et de l'armée.

Fort de ces sentimens, que je m'applique à inculquer à mon fils, Belges '.j'aspire à devenir votre Roi. Xé souverain d'une principauté, j'ai marché l'égal des Rois ; j'ai vécu dans leur familiarité. Je n'ai jamais été touché de l'éclat extérieur des trônes; je n'ai vu dans la royauté que la faculté accordée à un seul homme de faire le bonheur de tout un peuple : sous ce rapport, c'est la plus sainte des missions ; et ce n'est que la dernière des misères, lorsqu'elle ne se propose que le despotisme, et qu'elle sacrifie les droits du peuple aux privilèges de quelques individus.

Belges, si vous m'honorez de votre suffrage, ce n'est pas moi que vous couronnerez, mais la loi, dont je me ferai toujours gloire d'être le premier sujet.

Le Prince de SALM-KYRBOURG.

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Cette candidature ne fut pas prise en considération. Dans l'intervalle, l'Assemblée avait achevé la rédaction de la constitution; elle fut promulguée le 7 février et le Congrès nomma régent du royaume, par décret du 24, le baron Louis-Erasme Surlet de Chockier, qui avait présidé les travaux de l'Assemblée depuis le commencement de la session.

Il ne s'était pas écoulé cinq mois depuis les journées de septembre, et déjà nous étions reconnus par l'Europe entière et régis par une constitution qui a été citée toujours et partout comme un monument de la plus haute sagesse.

Toutefois, la séparation des deux pa3^s ne s'était pas faite sans léser dans ses intérêts une fraction assez notable de la population belge et un parti assez influent et très riche appelait de ses vœux les plus ardents une restauration de la maison d'Orange. Ce parti se recrutait surtout parmi les anciens fonctionnaires et parmi les industriels, ces derniers redoutaient vivement la crise économique qui résulterait d'un état de guerre prolongé et de la perte du débouché colonial des Indes Néerlandaises.

Le marché de Java faisait en grande partie vivre les filatures gantoises, dont, depuis quelques années, le développement avait été prodigieux. Aussi Gand était-elle devenue le centre de la contre-révolution. Ces tendances étaient soutenues par certains membres de la Conférence de Londres, secrètement attachés à la cause du prince d'Orange.

Le mouvement orangiste éclata à Gand le 2 février, la veille de l'élection du duc de Nemours. Ce mouvement se rattachait à une vaste conspiration organisée en Belgique, dès les premiers jours de janvier, par lord Ponson-

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by, l'un des commissaires de la Conférence de Londres. L'auteur de ce mouvement était un Français, le lieutenant-colonel Grégoire, né à Charleville. Réfugié en Belgique depuis 1822, Grégoire était au moment de la, révolution, à la recherche d'une position sociale. Le gouvernement provisoire la lui avait donnée en le nommant d'emblée lieutenant-colonel honoraire, par arrêté du 28 octobre i83o, et lieutenant-colonel effectif par un arrêté du i5 novembre suivant.

Dans la nuit du i^^^ au 2 février, Grégoire partit de Bruges avec 800 hommes du 2^ régiment de chasseurs à pied qu'il commandait depuis sa formation récente. Avant de quitter la ville, Grégoire avait écrit à son général qu'il allait faire proclamer le prince d'Orange, « le seul homme qui, disait-il, put rendre notre pays heureux et mettre notre patrie et notre indépendance sur un pied respectable ». Il avait laissé cette lettre à son domicile, elle ne fut remise au général que le lendemain matin, vers 11 heures, et Grégoire faisait son entrée à Gand, à midi, aux cris de : « Vive le prince d'Orange! ». Ces cris ne furent proférés que par la seule troupe de Grégoire et, contre toute attente, ne trouvèrent pas d'écho dans la population. Grégoire n'en persista pas moins. Il se dirigea vers l'Hôtel du gouvernement provincial, dont la cour fut envahie par une partie de ses soldats et il somma le gouverneur, le baron de Lamberts-Cortenbach, de reconnaître le prince d'Orange, lui déclarant qu'il était suivi de 6.000 hommes, que le prince était reconnu à Bruges et arriverait à Gand le lendemain. Le gouverneur, seul devant les factieux, ne répondit à ces injonctions que par un refus catégorique. Le général Duvivier, commandant militaire de Gand, ne voulut ou n'osa pas prendre des mesures énergiques

et se contenta de consigner toute la garnison dans les casernes et à la citadelle, laissant le champ libre à l'émeute.

Heureusement pour les patriotes, le commandant des pompiers Van de Poêle était accouru avec une poignée de ses hommes, quelques chasseurs bruxellois et deux pièces de canon chargées à mitraille. Voyant la troupe de Grégoire occuper l'Hôtel provincial et le drapeau orange flotter au balcon, Van de Poêle rangea ses pompiers en bataille en face des soldats de Grégoire, ceux-ci ouvrirent aussitôt le feu, les défenseurs de l'ordre leur répondirent par deux volées de mitraille qui déblayèrent la rue et mirent en pleine déroute la contrerévolution.

Ces événements furent annoncés à Bruxelles dès le lendemain.

PROCLAMATION

GOUVERNEMENT PROVISOIRE DE LA BELGIQUE

Belges !

Un étranger que la révolution avait naturalisé parmi vous, et que vous aviez accueilli comme un frère, vient de répondre à votre confiance par une tentative de Révolte !

Le Lieutenant-Colonel Ernest Grégoire, à la tète d'une Troupe d'Hommes qu'il avait séduite, s'est porté sur Gand; il voulait y proclamer un Prince dont le Peuple et le Congrès National ont prononcé l'exclusion.

Le courage des Pompiers Gantois et des Chasseurs de Bruxelles, soutenu par la fidélité de la population et par l'énergie des Chefs civils et militaires, a fait prompte justice de cette trahison.

La peine suivra le crime, et cet odieux attentat est le dernier effort des ennemis de notre repos et de nos libertés.

Belges, vos destinées sont sur le point d'être fixées : aussi calmes après la victoire, que vous avez été courageux dans le combat, vous recevrez avec confiance la décision suprême du Congrès National, et votre patriotisme saura la faire respecter.

Bruxelles^ le 3 Février 1831.

Baron VANDERLIXDEX-D'HOOGHVORST,

Comte FÉLIX DE M É RODE, Ch. ROGIER,

Alex. GEXDEBIEN, S. VAXDEWEYER.

Le zèle des orangistes ne fut pas refroidi par cet échec, car, d'après des révélations dignes de foi, il existait un complot sérieux auquel Ponsonby avait associé les premières autorités civiles et militaires et qui devait éclater sur une plus grande échelle le 25 ou le 26 mars. « Depuis quelques jours d'ailleurs, écrivait un journal de l'époque, les menées orangistes avaient lieu en plein midi, sans aucune réserve, avec l'audace qui sent sa force et ne doute plus du triomphe. »

Heureusement les patriotes veillaient, une association nationale se forma à Bruxelles, dans la soirée du 23 mars, pour assurer l'indépendance du pays et l'exclusion perpétuelle des Nassau. Elle se réunit le lendemain au Waux-Hall, où elle reçut de nombreuses adhésions et se fit connaître par un manifeste daté du 26 mars.

ASSOCLATION BELGE.

IWAIVIFESXE.

Belges, nos compatriotes, nos amis, nos frères :

Il est des époques où l'indépendance et l'honneur d'une nation, menacés par les intrigues du dedans et du dehors, ne peuvent être sauvés que par une haute manifestation de la volonté générale.

Ce moment est venu pour les Belges.

Serrons-nous autour du drapeau de septembre : la patrie sera sauvée par l'union de ses en fans.

Que le concours de tous les citoyens seconde l'action du gouvernement, qui fort désormais de cette adhésion imposante, retrouvera l'énergie nécessaire pour achever l'œuvre de la révolution.

Nos représentans ont décrété l'exclusion des Nassau ; et l'intrigue favorise encore les prétentions d'une race détestée.

Nos représentans ont décrété l'indépendance de la Belgique, et cette indépendance a été compromise par une trop longue confiance dans la parole des rois.

Avec un chef imposé ou seulement indiqué par l'étranger, notre indépendance ne serait qu'une chimère, et notre révolution que du temps et du sang perdus. Soyons Belges et terminons la révolution comme nous l'avons commencée, par nous-mêmes.

Mais, avant tout, soyons prêts à la guerre.

La guerre, puisqu'il le faut, aux barbares qui occupent encore une partie de notre territoire.

La guerre, pour mettre tin à un ordre de choses qui, loin d'offrir les avantages matériels de la paix, froisse, plus que la guerre, les intérêts du commerce, de l'industrie et de l'agriculture.

La guerre pour rejeter le fardeau de la dette hollandaise, pour échapper au morcellement de notre territoire, à l'opprobre européen que nous réservent les complices de Guillaume.

La guerre, pour couper court aux tentatives de corruption ; il est temps d'opposer le fer à l'or.

La guerre, puisqu'il le faut, pour faciliter toutes les solutions.

Et qu'on ne craigne pas l'intervention étrangère.

Depuis long-temps notre liberté serait anéantie, si, au milieu de leurs propres ambarras, les rois pouvaient quelque chose contre elle.

Les Polonais, comprimés entre trois états dont la politique combinée tend à l'asservissement de cette héroïque nation, repoussent cependant les hordes innombrables et aguerries de l'autocrate. Nous, c'est seulement au roi de Hollande et à im peuple déjà fatigué du joug, que nous avons à faire. Les différons intérêts, qui divisent les puissances dont nous sommes entourés, sont une sure garantie de l'indépendance que nous saurons vouloir.

Les soldats de l'Autriche et la Prusse pourraient concourir à étouffer la liberté à Varsovie ; jamais les grands peuples de France et d'Angleterre ne prêteront leur appui aux prétentions du despote hollandais. Et l'invasion, fùt-elle imminente, l'éviterions-nous en usant nos forces dans de plus longues hésitations ?

Les partisans d'une famille qui vous a opprimés pendant quinze ans au profit de la Hollande, et que vous avez chassée du sol de la Belgique, recommencent, pour vous ramener le prince d'Orange, des manœuvres qu'enhardirait notre longanimité.

Le peuple a répondu : Plus de Nassau !

Belges, l'instant est venu d'agir.

Une association s'est formée à Bmxelles et dans les provinces pour maintenir, au prix de tous les sacrifices, l'intégrité du territoire, V indépendance nationale, et L'exclusion perpétuelle des N^assau. Hâtez-vous de prendre part à cet œuvre de salut.

Belges ne comptons que sur nous seuls ; la liberté se prend et ne se demande pas.

Obéissance à la constitution ! respect à la propriété, à l'ordre public 1

Vive la Belgique ! Vive la Liberté ! Vive F Indépendance !

Le Comité : Signé, F. TIELEMANS, avocat, président ; A. GENDEBIEN, membre du congrès, vice-président ; VAX MEENEX, membre du congrès, vice-président ; BAYET, secrétaire ; WALLEZ, secrétaire au ministère des affaires étrangères, secrétaire ; DE FAQZ, membre du congrès, trésorier ; FRAXZ FAIDER, substitut du commissaire du gouvernement, trésorier ; Ad. BARTELS, ex-banni ; Eug. FEIGXEAUX, médecin ; Ph. LEBROUSSART, administrateur-général del'instructionpublique ; BLARGXIES, membre du congrès ; DOXCKIER, général de brigade ; DUCPÉTLA.UX, rédacteur du Courrier ; LEVAE, rédacteur du Belge; P. RODEXBACH, colonel.

De leur côté, les orangistes avaient ameuté, à coup d'argent, la populace sous prétexte que l'Association voulait livrer la Belgique à la France. Mais un incident inattendu vint changer la face des choses.

La nouvelle ([ue le colonel Borremans avait exprimé, le jour même, l'intention de soutenir avec son régiment la cause du prince d'Orange, tourna contre cet officier supérieur la colère de la populace qui menaçait l'Association; la foule se mit à la recherche du colonel, en proférant des cris de mort. Borremans n'échappa (]u'en se réfugiant à la caserne Ste-Élisabeth, d'où le ministre de la guerre le fit transporter pendant la nuit à la prison des Petits-Carmes,

Le peuple, désappointé, se livra aux pires excès et pilla les demeures de plusieurs orangistes notoires. L'xA-ssociation s'efforça de contribuer à l'apaisement de ces troubles par la proclamation suivante :

PROCLAMATION

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