Compte rendu du directoire pour 1790. Arch. Ard. L
Ces exemples ne peuvent que favoriser la violation des droits de propriété. Aussi, malgré les protestations des agents des seigneurs et l'intervention assez molle de l'administration, l'occupation des iles du Rhône se perpétue. À Lavoulte, les riverains se conduisent en vrais propriétaires. Dès le mois de mars, ils enlèvent les bois et menacent d’expulser les fermiers. Au mois de mai, ils prennent la feuille de mürier : « C’est un article de 14 à 1500 livres, » écrit Fuzier. En juin, ils se préparent à Çen faire autant pour la récolte en grains, qu’on évalue à 1500 sétiers. » Le 25 juin, ils partagent les agneaux et font la toison des bêtes à laine. Les représentants des seigneurs, par crainte de l'opinion, n’osent même plus protester ni engager de procès let, de plus en plus, le fait accompli prend. figure de droit. $
Ailleurs, on envahit les mines, les landes, les terrains vagues. Au mois d'août, les habitants de Prades et de Nieigles s'emparent des houillères qui appartenaient autrefois au comte d’Antraigues. La spéculation ne fut d’ailleurs pas heureuse, car l'extraction individuelle, négligeant les travaux d'entretien, amena vite la dégradation des galeries et entraina la ruine des nouveaux occupants. ? Les terrains communaux sont si bien misau pillage que, sous la pression de l'opinion, la plupart des municipalités ne tardent pas à en proposer le partage entre les citoyens, suivant certaines modalités à préciser, mais où il ne s’agit jamais de favoriser les pauvres et les journaliers. Les bases de la répartition sont presque toujours déterminées d’après la proportion des impôts, et le résultat est d’arrondir encore le domaine des propriétaires aisés. ?
Quant aux forêts, qu'elles soient domaniales, communales, écclésiastiques ou même seigneuriales, elles sont littéralement ravagées. ! Malgré les protestations des gardes, les paysans, qui avaient commencé par s'approvisionner timidement en bois, s’'enhardissent vile, coupent et débitent les arbres et vont les vendre dans les.
1. Lettres de Fuzier et Latache 19 mars 1790, 9 mai, 8 juin, 25 juin et 10 août. Revue du Vivarais 15-6 1901. Abbé Roche. La succession des princes de: Soubise à Lavoulte-sur-Rhône.
2 Arch. Ard. L 860. Procès-verbal de l'assemblée administrative du Tanargue, séance du 18 décembre 1792.
3. Cf) Pétition de Grospierres et Comps du 12 Décembre 1790, arch. pat. FI1U
4. CP) les délibérations du directoire du département du 24 août, 18 et 26 novembre 1790. Arch. Ard. L 118 et 119.
bourgs voisins. ! C'est une vraie exploitation, mais qui ne respecte aucun règlement, aucune loi. C’est la ruine à brève échéance. Le plus souvent, par faiblesse ou par complicité, les autorités locales laissent faire. Lorsqu’elles veulent en appeler à la force, ou bien les troupes manquent ou bien on ne peut disposer que des gardes nationales, qui souvent refusent d'intervenir lorsqu'elles ne prêtent pas main-forte aux pillards. ? A Mazan, au contraire, les rapports entre la population et le détachement sont si tendus qu’à plusieurs reprises, à la fin de janvier 1791, les soldats sont accueillis à coups de fusil. En retour, ils cassent et brisent tout dans le monastère. «Ils boivent et mangent avec des femmes et des filles qui ne sont pas en bonne odeur », écrit le gardien au procureur syndic du Tanargue le 9 février 1791. *
Pour compléter le tableau, ilfaut y ajouter le mécontentement des électeurs qui n'ont pas encore été payés de leurs frais de déplacement, ‘les inquiétudes du peuple au sujet des subsistances, la raréfaction de l'argent, la suspicion qui accueille les assignats que l'administration, malgré son optimisme de commande, est bien obligée de reconnaitre. Cctte monnaie a beau être garantie par les biens du clergé, le paysan lui préfèrera toujours les espèces sonnantes et, s'il est contraint de l’accepter, il s’en débarrassera le plus tôt
1. Arch. Ard. L 121. Procès-verbal du directoire du département du 23 août 1791 : Les habitants de St Andéol de Berg et de Villeneuve-de-Berg font des dégâts considérables dans la forêt nationale de St Andéol-de-Berg. Ils coupent les arbres et vont les vendre sur la place de Villeneuve-de-Berg. Cf) encore L 123. Procès verbal directoire du 28 janvier 1792 : autorisation de poursuivre les auteurs des dégâts commis dans les bois dépendant du domaine de Berg {abbaye de Mazan). Mais nul avoué de Villeneuve-de-Berg ne veut prêter son concours. La situation sera encore plus critique en octobre 1792. Cf) arch. Ard. L 570. Assemblée administrative du Coiron, séance des 16 et 19 octobre 1792,