Fonds Mazon F
4. Interrogatoire de Pallarin et Duchesloy, 1° et 2 octobre 1790. Fonds Mazon F 12. cf. aussi ; « Chroniquede Paris n° 2935» , extrait reproduit par le Courrier d'Avignon le 28 octobre 1790 p. 1053.
le 1* octobre au château de la Saumès, par Sarreméjasse, maire de la Blachère, au moment où ils se disposaient à partir pour Berrias. Et Gervais, colonel commandant la légion catholique de la Blachère, qui dinait avec eux à la Saumès, écrit à Malbose que « leurs majestés remerciaient les fédérés du Vivarais de leur zèle et les avertissaient qu'il se préparait des évènements dans lesquels on aurait peut-être besoin de leur concours. » !
Le directoire, cependant, fidèle à sa tactique de modération, croit qu'il vaut mieux cacherle mal qu’en dévoiler la gravité. Après. avoir approuvé la consignation des voyageurs à Joyeuse, il ? blâme le zèle intempestif de la municipalité de cette ville et, pour soustraire Polignac et Pallarin à la curiosité trop indiscrète des patriotes, il donne l'ordre formel de les transférer à Privas. ! Il intervient en leur faveur auprès de l'Assemblée nationale, et, comme « les renseignements recueillis ne permettent pas de douter deleur patriotisme », sur l'avis favorable du Comité des recherches du 8 novembre, il autorise leur libération. ?
Il semble bien d'ailleurs que, dans cette ‘affaire, les patriotes aient vu juste. Ce qui tendrait à confirmer leurs soupçons, c’est la coïncidence de ce voyage avec la publication d’une brochure nettement contre-révolutionnaire : «€ manifeste de 50.000 Français armés pour la cause de la religion et de la royauté 6 ».
Ce pamphlet très violent condense en quelques pages enflammées les principaux griefs des mécontents du Vivarais : ( Armés des décrets même qui devraient nous servir d’égide, les protestants prétendent nous imposer leurs lois. Les départements, les districts, beaucoup de municipalités re sont peuplées que de leurs créatures. A eux les grades, les emplois, les honneurs. Les catholiques se voient repoussés de partout... Les protestants nous insultent ouvertement, le sang coule... les tribunaux sont sourds à nos cris. Opprimés, on accuse nos prêtres d'être oppresseurs ; persécutés, on les traite de persécuteurs. Si quelque apôtre courageux fait tonner la
1. Firmin-Boisin. Les camps de Jalès, 2 édition p. 46 . Le terme « leurs majestés », dans la pensée de Gervais, désigne probablement les princes d'Artois et de Condé, réfugiés à Turin, plutôt que le roi et la reine.
2. Procès-verbal! du directoire, 6 octobre. Arch. Ard, L 119.
3. cf) J. R. Dalmas. A mes concitoyens, sur les inculpations répandues contre moi. 1797. p 13. :
4, Séance du 15 octobre. Arch. Ard. L 119.
6. Délibération du directoire, 16 novembre 1790. Arch. Ard. L 119. 6. Imprimé in-8, 35 p. au camp de Jalès, octobre 1790. Arch. nat. AD1 101.
vérité du haut de la chaire, on le dénonce, on l’injurie.. Attaqués dans ce que nous avons de plus cher, le désespoir nous met les armes à la main et la nécessité d'une juste défense fait de nous des soldats. » Le manifeste, après avoir énuméré les nombreux attentats perpétrés par l'Assemblée nationale contre l'autorité royale et l'Eglise catholique, déclare que l'assemblée de Jalès « versera jusqu’à la dernière goutte de son sang plutôt que de laisser subsister une Constitution monstrueuse assise sur des ruines et cimentée par des Jarmes ». Daudet et Vingtrinnier ! attribuent ce libelle à la plume de d’Antraigues et pensent qu’il avait été transmis au Comité par les mystérieux voyageurs. Boissin y reconnaît plutôt les expressions et le style du fougueux prieur de Uhambonas, l'abbé Allier. d
Le département, que cette publication contrarie dans ses tentatives d'apaisement, ferme les yeux et profite de ce qu'il n’est pas signé ou l’est de noms imaginaires pour le déclarer apocryphe ?. Le conseil général de la commune de Privas, à son tour, s'empresse d'affirmer que «tout est faux dans cet écrit jusqu'aux signatures qui le terminent » *. Les députés de l'Ardèche, dans une note insérée au Moniteur, nient, eux aussi, l'authenticité de ce factum et se portent garants de la conversion des réfractaires. Les assemblées électorales du Coiron, Mézenc et Tanargue et de nombreuses municipalités rédigent des adresses analogues #. Tous en chœur protestent que le camp de Jalès n'existe plus et qu’ «il n’est pas de pays où l’on soit plus invariablement attaché aux principes sur lesquels s'élève la constitution de cet empire © ».
L'opinion, ballottée entre des appréciations opposées, réagit fort différemment suivant les individus et les régions. D'une part, les patriotes intransigeants, furieux de voir les partisans de l’ancien régime remettre en cause les conquêtes de la Révolution, adoptent une attitude énergique, violente même, contre les réactionnaires. C'est la tactique des Planzolle et Cousin de Joyeuse, du district du Coiron et de la plupart des municipalités des grands centres. En
1. Daudet. Conspirations royalistes du Midi p. 46; Vingtrinnier. La contrerévolution T. II p. 21.
DÉRArchrand etre
3. Adresse du conseil général de la commune de Privas du 10 novembre 1790. Arch. nat. AD XVI 20.