Arch. ard. L311. 4 ; É
5. Réimpr. de l'ancien Moniteur T. 6 p. 238. N° Madier, ni Monneron, ni aucun des députés de la noblesse n'ont signé cette lettre.
face d'eux, se dressent tous ceux qui, pour des causes diverses, inquiétudes religieuses, économiques ou politiques, ont à se plaindre du nouvel ordre de choses. Ils se recrutent surtout dans la haute bourgeoisie, la noblesse et les paysans du bas Vivarais et de la montagne. Le clergé hésite encare à prendre partiet, si beaucoup de ses membres font des vœux secrets pour le succès de la contre-révolution, fort rares sont ceux qui se mettent à la remorque du Comité de Jalès. Enfin, il y a les patriotes modérés, qui ont accueilli les réformes avec sympathie, mais qui refusent de brûler les étapes et qui voudraient v adapter le pays sans heurt ni secousse. Ils croient que, moins on parlera de ces divergences d'idées, moinselles auront chance de se développer et de se préciser. C’est l'attitude surtout du directoire du département et de la majorité des citoyens du haut Vivarais où le contre-coup des évènements de Jalés ne parvient que très alténué.
Ces trois tendances vont s'affirmer nettement à l'automne de 1790, lors des élections nécessitées par la réduction des districts.! Dans le midi du département, les deux partis extrêmes sont aux prises. l.assemblée électorale est particulièrement houleuse dans le Tanargue, ? et les vaincus auront beau jeu pour attaquer les irrégularités qui, à leurs yeux, vicient ces élections ; car, aussi bien en novembre qu'en mai et juin, les paysans, forts de leur nombre, se soucient peu de la légalité. * Malgré les efforts des patriotes urbains, les aristocrates triomphent aisément, grâce aux catholiques endoctrinés par le Comité de Jalès.La plupart des administrateurs, le procureur syndic { en tête, ainsi que les juges du tribunal du district, appartiennent au parti de la résistance. Tout en prétendant rester patriotes, leur tactique sera de retarder le plus possible, de contrecarrer même en sous-main l'application des décrets de l’As-
1. Décret du 18 sept. 1790. Réimpr. du Moniteur T. 5 p. 696, et proclamation du roi du 25 sept. sur la nécessité de nouvelles élections pour constituer les trois nouveaux districts. Arch. nat. F I b II Ardèche 1. Il n’y eut pas de nouvelles assemblées primaires et ce furent les électeurs des mois de mai et juin qui désignèrent les administrateurs.
2. Assemblée électorale du Tanargue du 29 oct. au 4 nov. 1790. Arch. Ard. L 860.
3. Protestations des municipalités de Joyeuse, de Laurac. Arch. nat. Div 17. Les paysans ont exigé l'élection d’un administrateur par canton... des électeurs qui n'étaient même pas citoyens actifs ont pris part au vote. des juges élus ne réunissent pas les conditions exigées par la loi.
4. Allamel Bournet, un dés commissaires désignés par l’assemblée du château de Jalès pour la députation de Montpellier.
semblée nationale, avec l'arrière-pensée de leur faire échec. Dans: le Coiron, ! ce sont, en général,les démocrates de la première heure qui l’emportent, avec un programme bien précis de lutte légale contre leurs adversaires.Ils sont résolus à tirer des décrets toutes leurs conséquences, tout en restant,en général,ennemis des excès et de la violence. Dans le Mézenc, ? l'opposition doctrinale n'existe pour ainsi dire pas. La Révolution, si elle préoccupe quelques individus, n'effraie encore personne. Avec une nuance un peu plus accentuée: dans le sens patriote, les élus représentent assez bien les idées du directoire du département, et, comme lui, ils préconisent l'union et l'apaisement.
Et ainsi le comité de Jalès a été le dissolvant qui a désagrégé en fractions hostiles le parti patriote, déjà affaibli et miné par l'indiscipline et les rivalités de ses membres. C'est lui qui, en attirant brutalement l'attention des citoyens surles conséquences religieuses. et politiques de l'œuvre de l’Assemblée nationale, a permis au pays de prendre une conscience plus nette de ses aspirations comme de ses inquiétudes. Il ne semble pas cependant qu’au début, Malbose et ses amis aient eu en vue la contre-révolution. C’est leur indignation de catholiques contre les menées des protestants et les massacres de Nîmes qui les a portés à se grouper, sans bien savoir ce qu'ils pouvaient attendre de leur fédération. Peut-être croyaient-ils naivement qu'il suffirait d’une manifestation grandiose, d’un étalage de leur force, pour faire rendre justice à leurs coreligionnaires opprimés et arrêter la poussée révolutionnaire. Peut-être voulaientils Simplement sonder les dispositions du pays et voir jusqu’à quel point ils pourraient compter sur le dévoñment des classes rurales. À cette enquête, la réponse a été éloquente. L'attachement des paysans à leurs croyances et leur susceptibilité à l'égard de toute mesure qui risquait d'y porter atleinte se sont manifestés avec une troublante énergie.
Mais,ce que les organisateurs du camp de Jalès n'avaient peutêtre pas prévu, c'est qu'à ébranler et à déchaîner des natures frustes,de tout temps très indépendantes de toute autorité, ils couraient le danger d'être débordés et entrainés plus loin qu'ils ne le désiraient. Grisés par le succès, ils ont failli, avec la complicité de l’opi- . nee électorale du Coiron du 29 oct. au 8 nov. 1790. Arch. Ard. 5 Le Assemblée électorale du Mézenc du 29 oct. au 8 nov. 1790. Arch. Ard.
nion publique, provoquer une guerre civile. Parce que, au dernier moment, ils ont reculé devant les responsabilités entrevues et ont réussi à éviter une grave échauffourée,ils ont été indignés des soup çons qui pesaient sur eux et exaspérés des projets criminels que leur prêtaient leurs adversaires. L’injustice, dont ils se croyaient victimes, les a poussés d’abord à se raidir contre les sommations impérieuses du pouvoir et ils ont refusé de dissoudre le Comité fédératif. Rassurés ensuite par l'impunité que leur ménage la timidité du département et secrètement flattés d'avoir semé l'émoi parmi les révolutionnaires et jusque dans l’Assemblée nationale, ils envisagent bientôt la possibilité de jouer un rôle plus important. À mesure qu'ils voient leur prestige s’affermir sur la population rude et croyante du bas Vivarais et leurs craintes religieuses se confirmer par l'application de la Constitution civile du clergé, ils inclinent de plus en plus à la résistance et s’acheminent insensiblement dans la voie de la révolte.
En Janvier 1791, de fréquentes et mystérieuses réunions ont lieu chez Malbosc. C'est le canton de Bannes qui fournit les adeptes les plus actifs et les plus dévoués. Population, municipalité et clergé sont acquis aux organisateurs et aucun des rares opposants n'ose élever la moindre protestation ni dénoncer les sourdes menées des mécontents. !
Le 1e février, Malbosc lance à tous les chefs des légions catholiques un appel, secrètement imprimé à Uzès, où il fait un exposé habile et tendancieux des troubles causés par les nouvelles lois et des dangers qu'elles font courir à la foi catholique. Et il les invite à venir conférer avec lai, à Berrias, dans la matinée du 13 février. Près de quarante personnes s’y rendirent : l'élite de l'opposition aristocratique et catholique. 3 On délibéra longuement sur la situation. Chacun précisa l’état d'esprit et les dispositions des paysans de sa localité. Les diverses éventualités furent examinées et, pour faire échec à la Constitution civile du clergé, l'assemblée ne recula
1. Mémoire pour donner des notions sur l'affaire de Jalès, sans date, Arch. Ard. L 313.