Fonds Mazen. Chron
Dans les régions comme le Mézenc et dans quelques cantons du Coiron, où le calme se maintient et où la question religieuse reste assoupie, les patriotes modérés maintiennent leurs positions. Dans le Tanargue, au contraire, et dans les villes du midi, où les luttes politiques et religieuses sont plus ardentes, les uns vont résolument de l'avant et appuient énergiquement toutes les mesures révolutionnaires, pendant que d'autres, de plus en plus inquiets de la tournure des évènements, reviennent en arrière et contrecarrent de leur mieux l'application des décrets de l’Assemblée nationale. Dans les cantons de religion mixte,la scission est encore plus nette. Si les protestants s'affirment comme les plus fougueux des patriotes, les catholiques, par contre-coup, prêtent de plus en plus l'oreille à toutes les suggestions contre-révolutionnaires.
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C'était précisément pour atténuer ces oppositions et éteindre ces vieilles querelles que l'Assemblée constituante, en terminant ses travaux, avait proclamé une large amnistie et ordonné l'arrêt de « toutes les procédures, instruites sur des faits relatifs à Ia Révolution, quel qu'en puisse être l'objet. » ! Tous les auteurs et instigateurs de la Jacquerie de 1789, des camps de Jalès et des troubles d'ordre religieux et social profitèrent de cette mesure de clémence et même des condamnés ou des accusés de droit commun, lorsque leurs crimes ? ou délits avaient quelque rapport avec ces évènements.
Mais, si l'administration accueillit avec sympathie ce nouveau décret, les patriotes intransigeants le virent de mauvais œil et le jugèrent aussi inutile que dangereux. * L'occasion de perdre devant l'opinion publique leurs adversaires, à la suite d'une condamnation infâmante, leur échappait. D'ailleurs, tout le bénéfice de Famnistie serait pour les aristocrates ou pour les prêtres réfractaires et, loin de corriger les ennemis du nouveau régime et d'amener une détente
1. Article premier du décret d'amaistie voté le 14 septembre 1791. Réimpression du Moniteur T. 9 p. 662.
2, Ainsi d'Almeyras de Brès se plaindraamèrement de ce que les complices de de Goût aient été libérés. Fonds Mazon. Chr. 19 ; pétition d'Almeyras au directoire 29 octobre 1792. Arch. Ard. L 225.
3. Cf). Boissy d’Anglas. Conspiration de Saillans. Privas, Guil'et 1792.34
et 124 p. S
des esprits, cette mesure n'aurait d'autre résultat que d’énerver la répression et d'encourager les contre-révolutionnaires à continuer leurs agissements
L'expérience montra que ces craintes n'étaient pas vaines. Les prisonniers libérés et les contumaces sont moins disposés que jamais à faire amende honorable et le peuple profite de la faiblesse de l'autorité pour se soustraire à toute obligation et à toule discipline. Aux rivalités parfois aigües entre les divers corps constilués,s’ajoutent le refus del'impôtet la défiance des assignats. Pendant plusieurs mois, ce sera dans tout le pays une véritable anarchie qui, favorisée par l'agitation religieuse, la misère et la crainte d’un retour offensif du régime féodal, aboutira, sous l'impulsion de meneurs intéressés, à la Jacquerie et à l'insurrection.
Les autorités diverses sont débordées par la multiplicité de leurs attributions, et pourtant très jalouses de leurs droits et prérogatives. Durant les dix premiers mois de 1791, le directoire du département n'a pas eu à examiner moins de 1200 pétitions particuliéres, ! sans parler de sa volumineuse correspondanceavec l’Assemblée, les ministres et les administrations inférieures qui lui sont subordonnées. Il doit contrôler la gestion des districts et des municipalités ; mais, comme les charges et les fonctions des uns et des autres sontassez mal définies; à tout instant, des conflits surgissent, avec appel à l’Assemblée nationale ou au pouvoir exécutif qui, devant l'imprécision de la loi, n'osent pas trancher la difficulté. ?
Le Coiron, fort de la proclamation du roi du 15 janvier 1792,entend procéder lui-même à la nomination du directeur du jury et du juge que le district doit fournir au tribunal criminel. Le département proteste et revendique ce droit, en vertu de la loi du 29 septembre 1791. Ilcherche même à se réserver le monopole dela vente des biens nationaux et à centraliser toutes les adjudications à Privas. Les districts refusent de s'incliner devant une prétention abusive qui risquerait de paralyser les enchères et de décourager les acquéreurs, en leur imposant inutilement un voyage aussi coûteux que
1. Discours de Boissy d'Anglas, procureur général syndic,le 16 novembre 1791, à l'ouverture de la 2M° session de l'assemblée administrative du département, imprimerie Guillet Privas, s.d. in-4 60 p. Fonds Vivarois.