‹ La Révolution dans l'ArdècheChapitre 223 sur 396 · Arch. nat. D xc 6. Lettre de Marcou du 14 mars · texte numérisé non relu

Arch. nat. D xc 6. Lettre de Marcou du 14 mars

3. Arch. Ard L 124. Procès-verbal du directoire du 17 mars 1792.

4. Arch. nat. F 7 3652 !, Mémoire justificatif de la municipalité du 27 avril

5. Arch. nat. D xz6. Rapport des commissaires Arnaud-Coste et Teyssonnier.

Les commissaires sont intervenus assez mollement dans la bagarre ; ils ont empêché le maire d'employer la force pour dissiper l'attroupement ! et leur rapport rejette toute la responsabilité de ces fâcheux excès sur l’incivisme de la municipalité. St-Martin, luimême, le président du tribunal criminel,ne voit dans les évènements du 18 mars qu'un coup monté par les aristocrates € pour mettre les patriotes sous le joug ? ».

Le 26 mars, des troubles analogues éclatent à Largentiére et à Antraigues. Dans cette dernière ville $, la population envahit la maison et saccage le mobilier de la sœur Lacroix, maîtresse des petiles écoles. Cette religiense est même vietime de voies de fait et doit s'enfuir avec ses trois compagnes, que Mme d'Antraigues entrete: 1 &« pour l'enseignement et le service des malades t », A Largentière, le conseil général de la commune a grand peine à contenir l'insurrection. Pour apaiser la fermentation et ia colère populaire, il requiert le désarmement immédiat de 15 à 20 maisons, réputées contre-révolutionnaires, et exige le retrait, avant Pâques, des deux vicaires réfractaires. Cette dernière mesure s'impose, si l'on veut éviter une explosion de fanatisme qui provoquerait de sauglantes rezrésailles ©.

À St Privat, le même jour, la population presque entière, sous la conduite de son procureur, occupe une propriété «soi-disant usurpée sur Ja commune, » renverse les clôtures, coupe les bois, dévaste plusieurs habitations et, malgré les sommations du juge de paix, refuse de se disperser. 5 |

À Jaujac, le château de Laulagnier est saccagé par un rassemblement de plus de 500 personnes, hommes et femmes, dont beaucoup viennent des paroisses voisines. Les deux premières tours sont rapidement démolies jusqu'aa niveau du toit ; les deux autres allaient subir le même sort, au risque d'écraser dans leur chute la maison du fermier et de faire périr son bétail. Les supplications et le désespoir du paysan finirent par toucher le cœur de ces vandales, qui lui laissèrent le soin de terminer leur ouvrage. Après une sta-

1. Arch. nat. F7 3652 !. Mémoire justificatif de la municipalité.

2. Lettre de St-Martin à Chomel le 22 mars 1792 cf) Nicod. Le représentant St- ilrtin.

3 Arch. Ard. L318. Lettre de la municipalité d'Antraigues du 26 mars au département.

{. I[bidem.….. Lettre de Viguier du 28 mars à Arnaud-Coste.

5. Ibidem..... Délibération de la municipalité de Largentière du 26 mars.

6. Arch. Ard. L 318. Procès-verbal de Vincent,juge de paix, du 27 mars 1792.

tion prolongée dans lescaves, où ils se gorgent de vins et de liqueurs, ils pénètrent dans les appartements, démontent portes et fenêtres, brisent les cheminées de marbre, éventrent les meubles, lacèrent les tapisseries el jeltent linge et mobilier par les fenêtres. fs font main basse sur les objets les plus précieux ou les plus utiles et se retirent en emportant un ample butin. Les châteaux voisins de Castrevieille et du Bruget ne sont pas traités avec pius deménagement. {

Le lendemain, les bandits, au nombre de 200, jettent Jeur dévolu sur la résidence de Montsevenv à Prades. Ils abattent deux tours, mais le maire, en prenant l'engagement de faire raser luimême la troisième, réussit à éviter le pillage et la mise à sac du château. Après d'abondanteslibations, les «Jacques » se dispersent, à la tombée de la nuit, sans avoir commis trop de dégâts. Les plus acharnés, toutefois, avant eur départ, firent irruption dans plusieurs maisons du village et obligèrent les propriétaires, qu'ils jugeaient «n'être pas dans les principes de la Révolution » où qu'ils croyaient (égarés par une fanatisme de religion, » à prêter serment à la Constitution et à livrer leurs armes.

Le 30,à Thueyts, on investit la demeure de M. de Blou qui, par crainte de mauvais traitements, s'enfuit précipitamment. À Meyras, on démolit lamaison de Défaut, * intendant du comte d’Antraigues, puis, au son du tambour, les bandits, « armés les uns de fusils, les autres de pistolets, haches, serpes..….. et portant des cartouches dans leurs mouchoirs, » vont assiéger le château dela Bastide à Antraigues. Une autre colonne de 2 à 300 fanatiques, sous la direction de Baratier, le propre frère du maire d'Antraigues, vient leur prêter main- forte. Tout fut dévasté, piilé, brûlé. Plusienrs brigands ivres morts furent surpris par les flammes et restèrent ensevelis sous les décombres. Un gendarme, qui avait voulu faire respecter le bien d'autrui, fut assailli, malmené et faillit être massacré. La foule était si menaçarte que la garde nationale, qui venait d’arrêter trois bandits chargés de butin, dut les remeltre en liberté, sous peine de voir l'incendie et la dévastation s'étendre aux principales maisons de la ville. ?

1. Arch. Ard. L.318. Lettre des commissaires Gleizal et Bruyère au directoire, le 29 mars 1792, et lettre de Viguier à Arnaud-Coste du 28 mars.

2. Ibidem... Lettres des commissaires du 29 et 30 mais, 1 et 3 avril et extrait des délibérations du Coiron du 1e avril 1792.

3. Arch. nat. F 7 3652 !. Extraits des délibérations du district du Coiron du 31 mars et du 1° avril 1792. CF) aussi Arch. Ard. L. 318. Lettres des commissaires du 30 mars et du 3 avril.

Le 1" avril, c'est le tour du château de Combes à Vals. Le propriétaire heureusement, en promettant de démanteler lui-même sa résidence et en offrant aux «€ Jacques » une forte somme, réussit à conjurer le sort qui lui était réservé. ! Bernardy eut affaire à des brigands moins pitoyables. Le 3 avril, 40 à 50personnes, descendant de Montpezat, mais venant la plupart de Roux et de Mazan, envahissent ses propriétés de St Cirgues de Prades, abattent les murs de clôture, coupent les arbres et saccagent les jardins.? Ils ne parviennent pas, toutefois, à séduire les habitants de Prades qui, malgré les sollicitations et les menaces, refusent de se faire leurs complices.

À parür du # avril, la Jacquerie, dispersée du côté de la montagne, se reforme plus au sud dans les cantons de Bannes, Villeneuve de Berg, Viviers, Bourg-St-Andéol,Vallonet Joyeuse, en liaison avec le brigandage qui sévit dans les districts d'Uzès et d’Alais.

Le premier avril, déjà, St André-de-Cruzièresavait dû repousser une bande de 30 à 40 énergumènes, armés de sabres et de pistolets, * qui venaient fermer l'église. Le jour de Pâques, le 8 avril, à Villeneuve-de-Berg, la populace démolit encore une boutique et un balcon. * Des rassemblements inquiétants se produisent à Viviers * et le retour de la garde nationale, le jour de Pâques, est le-signal d'une violente agitation à Bourg-St-Andéol. Le peuple est aigri contre Drivet-Lavernade et considère comme une provocation l'établissement de créneaux sur la muraille de son jardin. Le 9 avril, on ravage son verger et on dévaste ses appartements. Quelques heures plus tard,toujours sous prétexte d'empiètement sur le terrain communal, les propriétés de Roux, de Digoine et des Ursulines subissent le même sort.® Le 15, les troubles etle piliage recommencent. Le soir, les bücherons de la forêt de Luol arrivent en nombre, bien résolus à mettrelefeu aux quatre coins de la ville, si la municipalité ne lève à l'instantles amendes qui leur ont été infligées. Par. manière de passe-temps, ils incendient une maison appartenant à

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