Ibidem... Lettre du 30 mars
croire quil existe un décret qui ordonne la démolition de toutes les tours se trouvant aux châteaux ».... ; ce sont des troupes de brigands qui ne demandent que le pillage. « La démolition des tours n’est qu'un prétexte »! etles commissaires insistent pour l'envoi inimédiat de troupes. Le directoire, à son tour, s’affole, Il demande, d'urgence, infanterie et artillerie, armes et munitions : il écrit de tous côtés, à l'Assemblée nationale, au ministre de la guerre, aux départements dela Drôme et du Gard, aux généraux Montesquiou, Albignac, Dumy 2.
Bientôt les soldats arrivent. Gardes nationales, troupes régulières de l'Ardèche, du Gard, de la Drôme sont concentrées à Pri vas. Le 1% avril, elles occupent Aubenas et, dès le lendemain, un détachement de 409 hommes se dirige sur Thueyts et Meyras avec Meynier et Delichères. D’autres marchent sur Antraigues, Vals, Prades, Nieigles.® C'était plus qu'il r’en fallait pour intimider les brigands, qui n'étaient forts que de la faiblesse et de la pusillanimité de l'autorité. Le calme revient instantanément. Le détachement de Bourg-St-Andéol arrête le sieur Baratier et un certain nombre de suspects. Celui d’Aubenas rentre avec sept prisonniers f, et, à partir du 4 avril, la Jacquerie cesse dans une région inoridée de troupes. Il en sera de même, quelques jours plus tard, dans les cantons de Bourg-St-Andéol, Bannes et Joyeuse.
Devant ce déploiement de forces, les coupables s'inquiètent. Ils protestent de leur bonne foi, ils ont cru faire acte de patriotisme . des malintentionnés les ont égarés. Plusieurs jugent prudent de restituer enhâte les objets qu'ils se sont indûment appropriés. Les plus riches offrent de iout réparer et de dédommager les propriétaires de tous les dégâts causés. Bernardy, une de leurs victimes, touché de de leur contrition, vient intercéder pour eux, lé 19 avril. ÿ
L'autorité ne demandait qu'à se laisser convaincre. Le 11 avril, l'assemblée administrative au département se borne à suspendre le procureur de la commune de St Privat, &« pour n'avoir pas emplové
1. Arch. Ard. L318. Lettres de Bruyère et Gleizal du 28 et du 30 mars. 2. Cf) Arch. nat. F. 7 3652 1 et arch. Ard. L318. Nombreuses lettres du
directoire au sujet des troubles.
3. Arch. Ard. L318. Le 1*" avril, le directoire de la Drôme écrit au directoire de l'Ardèche que les citoyens s’opposeraient à l’envoi de pièces de campagne. Cf) aussi Lettres de Bruyère et Gleizal au directoire du 1 et 2 avril.
4. Arch. Ard. L318. Procès-verbal d'’arrestation du sieur Baratier d’Antraigues, du 2 avril, et lettre du directoire du Coiïron au directoire du département, du # avril.
5. Fonds Mazon Chr. 13. Lettre de Bernardy au directoire du 19avril.
les moyens légaux pour empêcher les excès, » ainsi que le maire et les officiers municipaux de Mevras et de Thueyts. Le même jour, pour donner satisfaction aux patriotes, elle rend responsable des troubles du 18 mars la municipalité de Villeneuve-de-Berg! et, pour la punir de n'être « plus au gré de la majorité, » ? elle délègue provisoirement les pouvoirs du maire à Dubois Maurin, ancien député à la Constituante, Enfin, elle ordonne aux divers corps municipaux de faire disparaître les armoiries et tous les signes apparents de la féodaiité.”
Les poursuites contre les bandits furent assez molles. On dénoncça les «Jacques » à l’accusateur public. Des informations eurent lieu, mais, par peur du ressentiment de la population, on n'osa pas arrêter les meneurs, que tout le monde connaissait, mais que personne nese souciait de dénoncer. Les coupables, d'ailleurs, étaient trop nombreux. Le 5 avril, le lieutenant de gendarmerie Dumolard écrit que tous les habitants de Meyras et des paroisses voisines sont aussi coupables les uns que les autres. ‘ On arrêta de 30 à 40 comparses ; mais, avant que les accusés aient comparu devant le tribunal, la plupartavaient faussé compagnie à leurs gardiens et s'étaient échappés, en perçant le mur de leur prison *. Il n'est pas défendu de supposer une certaine complicité de l'autorité dans cette mise en liberté anticipée. St Martin, lui-même, le président du tribunal criminel, l'annonce en termes assez dégagés © pour laisser entendre que cette solution n'était pas faite pour lui déplaire. Il déplorerait beaucoup plus une évasion de contre-révolutionnaires.
Cette indulgence pourles bandits 7, cette sévérité pour les victimes soulèvent l'indignation des ennemis du nouveau régime. Ils
1. Arch. nat. F7 3652 1. Procès-verbal de la réunion extraordinaire du conseil général du département. Séance du 11 avril 1792.
2. Arch. nat. Dxr 6. Rapport des commissaires Arnaud-Coste et Teyssonniér sur les troubles de Villeneuve-de-Berg.
3 Arch.nat. F7 3652 1. Procès-verbal du conseil général, 11 avril 1! 92.
4. Arch. Ard. L318. Lettre de Bruyèreet Gleizal au directoire du 1°" avril.
5. Cf) Arch. Ard. L 124-125. Procès-verbal du directoire des 12 mai, 2 et 3 juin et 24 septembre 1792. Onze s'évadent dans la nuit du 5 au 6 mai 1792. Le 2 juin, le mur de la prison est encore percé.On signale trois nouvelles évasions, le 23 juin et 5 le 24 septembre. -