Arch. Ard. L 108. Procès-verbal du 13 octobre
4. Ibidem.... Discours du vice-procureur général syndic le 29 juillet 1792.
. 5. Les deux premières listes qui contiennent chacune une quinzaine de noms sont datées du 16 mai et du 27 juin 1792. Arch. nat. F 7 3340. Les inscriptions sont beaucoup plus nombreuses en juillet, août et septembre 1792. Arch. Ard. L 109. Compte-rendu du directoire au conseil général du département, le 6 décembre 1792: |
6. Arch. Ard. L 108. Séance du 13 août 1792. Le 10, cette proposition est rejetée ; le 11, la décision de la veille est rapportée ; le 12, la question est reprise, puis renvoyée au lendemain ; le 13, la suppression du traitement est votée et dureri1 € tant que persistera le danger de la patrie ».
7. lbidem.... Séance du 6 août. Cf) aussi réimpression du Moniteur T. 13, p. 404. Cette mesure est décrétée de nouveau,le 9 décembre 1792, par l'assemblée administrative du département. Cf) Arch. Ardèche L 109.
0 juin. Personne, dans le Vivarais, ne parait avoir saisi la signification de cette tentative avortée d'insurrection. Le souvenir même des “grands évènements de la Révolution s’affaiblit rapidement. En 1792, on ne trouve pas trace de fête popuiaire ou de cérémonie civique à l'occasion du 14 juillet. Le département, lui-même, ne relève d'aucune allusion patriotique cet anniversaire de la prise de Ja Bastille et de la fête de la Fédération !.
Ce n'est pas, toutefois, que les autorités et les chefs du mouvement réformaleur soient subitement devenus indifférents ou hostiles à la Constitution de 1791. Les patriotes les moins discutés, aussi bien que les sociétés populaires les plus intransigeantes, restent neltement conslilutionnels et royalistes. C'est au nom de la Constitution,qui,à leurs veux,s'identifie avec la Révolution,qu'ils ont combattu les réfractaires, poursuivi les aristocrates et réprimé l'aventure de Saillans. Roissy d'Anglas, iui-même, le porte-parole de l’administration et ie chef incontesté du parti patriote, dans un ouvrage daté du 5 juin 1792, ? développe longuement les avantages de la monarchie et conclut à l'impossibilité de tout autre régime dans un empire aussi vasle que la France. Tous reconnaissent le roi comme. le chef indiscuté du pouvoir exécutif. Jamais son aulorité n’est mise en cause. Si, parfois, on est un peu supris de certains de ses actes, on évile de lé proclamer, on s’en prend aux ministres, aux « conseillers pervers,» jamais au souverain.
Même l'affaire de Saillans n’a suscité dans le pays aucune réaction contre l'autorité royale, malgré l'affectation provocatrice des -contre-révolutionnaires d'opposer le ierme de royaliste à celui de patriote et d'isoler le cri de « vive le roi » de ceux de «vive la nation et vive la loi. » Tout au plus, en faisant du nom du roi un mot de ralliement pour leurs affidés, les ennemis de la Révolution compromettent le prestige du souverain et arrêtent ces effusions ]5riques d'affection et d'amour à l'égard de Louis XVI, € restaurateur de la liberté, » qu'il était de bon ton de prodiguer aurparavant en toute circonstance. Mais, aux yeux de tous, la fonction royale constitue un rouage indispensable de la constitution, et l'attachement
1. Cf) procès-verbaux du directoire. Arch. Ard. L125 2. Boissy d’Anglas. Quelques idées sur la liberté, la Révolution, le gouvernement républicain et la Constitution française, 46 p. s. 1. B. A.Cf) aussi: « Sur le décret du 15 juillet 1791, » lettre adressée à un ami de la Constitution, au mois … d'août 1791, et publiée en mai 1792, 21 p., B. N. Lb 39 10.136. « La royauté, écrit Boissy d’Anglas, doit être maintenue telle quela Constitution l’a circonscrite. » p. 20.
même des patriotes au nouveau régime est un gage et un garant de leur loyalisme monarchique. Personne n'envisage le moyen de se passer du roi. Il n’est pas resté trace des tendances hostiles à la royauté qui, l’année précédente, à la suite de la fuite du roi, avaient apparu dans les clubs d'Annonay ! et de St Péray.°? Les rares patriotes qui avaient souscrit aux délibérations des sociétés populaires, réunies à Valence le 3 juillet 1791, ont depuis longtemps fait amende honorable et,avant le mois d'août 1792, on ne signale dans le département aucune manifestation d'inspiration républicaine.
Quant au peuple, il n’a pas d'opinion. Royaliste d'habitude et de tradition, il ignore presque complètement le roi. I n’a jamais. eu pour Louis XVI un attachement capable de l'entrainer à la révolte. Si, parfois, au cours de la Révolution, il fait entendre le cri de «vive le roi », c'est moins une profession de foi politique qu'une expression de mécontentement, une protestation contre des mesures qui blessent ses sentiments intimes ou portent atteinte.à ses inté— rêts matériels.
Et ainsi, personne, dans le Vivarais, ne semblait avoir prévu ni désiré les évènements du 10 août, A leur annonce, on sent, parmi les autorités, un profond désarroi qu'elles s'efforcent vainement de dissimuler. # Elles ne savent comment interprêter cette nouvelle Révolution. Les députés à la Législative, qui sont leurs guides naturels, leurs infarmateurs ordinaires et qui, jusqu'alors, étaient si prodigues de renseignements, ne donnent plus signe de vie. { On les sait divisés. Gamon et St Prix, eux-mêmes, dont l’entrain et le zèle patriotique tranchent sur la timidité toujours inquiète de leurs. collègues, sont hésitants et désorientés.
Dans leur première surprise, les administrateurs du département se bornent à enregistrer les décrets et à les communiquer aux districts et aux municipalités, mais ils évitent de se compromettre par une adhésion trop explicite. ÿ Le mot de déchéance sonne si
1. Arch. nat. C12{. Adresse de la société des Amis de la Constitution d’Annonay, le 18 juillet 1791.
2RArchenateDivelre
3) Le Mézenc, dans sa séance du 16 août, ne fait- encore aucune allusion aux évènements du 10 août.Arch. Ard L736.
1) En revanche, la lecture de la volumineuse correspondance de Roland occupe une bonne parlie des séances du directoire. Le 9 septembre on ne lit pas moins de 32 lettres de Roland, 14 le 22, 24 le 23 et 18 le 25. Arch. ard. L125.
5) Adresses du conseil général du département, lues aux séances de l'Assemblée législative, les 23 et 30 août 1792. Tables des procès-verbaux de la première: Législative, 23 août 1792, p. 227 ; 30 août, p. 67.
LE RALLIEMENT À LA RÉPUBLIQUE a
mal à leurs oreilles qu'ils se gardent bien de l'inscrire dans leur procès-verbal. Le procureur général syndic, lui-même, en déclarant, dans son discours du 14 août, que «le roi reste pour un temps privé de son autorité, » ne parait envisager qu'une suspension momentanée des pouvoirs de Louis XV{. Comme en 1791, ils invitent leurs concitoyens à se serrer autour de l'Assemblée législative qui, dans le chaos des évènements, est la seule autorité qui subsiste. Le 25 août, ils protestent contre l'attitude séditieuse de la commune de Sedan qui, à l'instigation de Lafayelte, vient de faire arrêter trois commissaires de l'Assemblée, Sans attendre l’envotofficiel de la loi, le 26 août, ils prêtent avec enthousiasme le serment de liberté et d'égalité et, le même jour, dans la salle de leurs délibérations, font brûler diverses liasses de titres de noblesse. !
Les districts, les municipalités, les sociétés populaires modèlent leur conduite sur celle du département. Les divers clubs se transforment peu à peu en sociétés des Amis de la liberté et de l’égalité. ? A Ja fin août, la Révolution semble acquise et l'opinion, impressionnée par la durée et le succès de cet intérim gouvernemental, s’habitue à se passer du roi. Mais, si tous se plient docilement aux évènements, si quelques-uns, déjà, (€ abjurent les rois et la royauté », * personne encore n'ose prononcer le mot de république , beaucoup persistent à croire que la suspension de Louis XVIn'est qu'un expédient provisoire et teraporaire. Il ne paraît pas, d'ailleurs, que la découverte et la divulgation de la correspondance du roi avecses frères elles émigrés, pas plus que les subventions accordées sur la liste civile à des contre-révolutionnaires notoires, aient eu une répercussion notable sur l'état d'esprit du pays.
Seul, le journal le « Pacificateur », qui vient de se fonder à Annonay, { attaque vigoureusement la Constitution de 1791. Le 16 août, il déclare que «la paix entre le despate et le peuple est désor-
1) Arch. Ard. L108. Procès-verbaux des 14, 25 et 26 août.
2) Dès le 25 août, celui d'Annonay a modifié sa dénomination. Cf) adresse aux habitants des campagnes publiée, le 25 août, parle Pacificateur, n° 6.
3) Adresse du département, lue à l’Assemblée législative, à la séance du 7 septembre. Cf) Arch. parlementaires T.49 p. 442.
4, Le « Journal du département de l'Ardèche ou le Pacificateur, journal libre, »se publie à Annonay du 14 août au 24 novembre. 43 numéros. Imprimerie Agard. B.A. Dans son prospectus, il déclare qu'il va « précher avec enthousiasme l'union, la concorde et l'amour de la paix. .., ne suivre que la morale la plus pure ». Le 16 août, dans son n° 2, il précise qu'il veut la paix @« entre les seuls défenseurs de la liberté et de l'égalité et non pas avec le sérail qui voudrait nous fouler à ses pieds, s'abreuver de notre sang, »
mais impossible. Trop de haines les séparent, trop de souffrances et d'insultes ...». Le 18,il s'en prend encore au despotisme et exalte et glorifie la journée du 10 août. Le 24, il publie une violente diatribe contre Marie-Antoinelle, «la nouvelle Médicis, l'impudique et sanguinaire Messaline, ce Néron femelle qui,depuissi longtemps, machinait la perte de toute la nation ». !
Bientôt, d'ailleurs, d'autres préoccupations plus immédiates et plus locales vienneut solliciter J'altention des patrioles et de l'administration. Dès le 10 août, l’Assemblée législative, ne se croyant pas habilitée par son mandat pour résoudre les graves questions constitutionnelles soulevées par Ja suspension du roi, considérait sa mission comme terminée et faisait appel aux électeurs, sans distinction de citoyens actifs et passifs, pour désigner une Convention. ?
. « La liberté à affermir, la patrie à sauver,de grands coupables à juger, de grands crimes à punir, lels sont les motifs qui ont nécessité la nomination...de nouveaux représentants,» écrit la société populaire d’Annonay, dans une adresse aux habitants des campagnes. Pour elle, la situation est claire... « d’un côté : la dime, la gabelle, les droits féodaux, .… de l’autre : la liberté et l'égalité » et elle conclut : & réfléchissez et choisissez. »°.
Nous n'avons que quelques renseignements très épars { sur ce premier fonctionnement d'un suffrage presque universel. Nous savons, cependant, que les masses rurales,occupées aux travaux des champs, souvent mal informées d’une convocation trop précipitée, ne se dérangèrent guère pour aller voter. Les contre-révolutionnaires, les aristocrates, les catholiqués et la-plupart des paysans laissèrent le champ libre à la petite bourgeoisie et aux artisans des chefs-lieux de canton. ?
La campagne électorale fut courte et calme. Nulle part, l’autorité n'a à intervenir pour réprimer des troubles et des désordres, Comme les patriotes, presque seuls, paraissent aux assemblées primaires, l'opposition n'existe pas. Malgré les inquiétudes de St-Mar-
1. CF). N° 2,3 et 5. Dans son n° 4 du 21 août, il parle « du roi faible et trompé ».