‹ La Révolution dans l'ArdècheChapitre 253 sur 396 · Arch. nat. F · texte numérisé non relu

Arch. nat. F

Cette discrétion extrême, si elle dissimule mal quelques re- grets, atteste, du ‘moins, le prestige dont jouit encore la Convention. Elle semble avoir hérité du culte inconscient et superstitieux qu'on avait eu jusqu'alors pour le roi ou l’Assemblée nationale. La plus légère défiance apparaîtrait à tous comme un signe évident d’aristocratie. Les députés du département confirment les patriotes dans ces sentiments. St Martin, dès le mois d'octobre, explique à ses amis que la Convention est composée d'une grande majorité de braves geñs un peutimides, mais animés du souci du bien public. La présence du & vertueux Roland » est une garantie contre les bandits qui rêvent de recommencer les massacres de septembre et de faire égorger l’Assemblée elle-même. Malheureusement, « Paris est plein de ces mauvais esprits qui veulent à toute force soumettre la Convention aux caprices de la multitude, » { de « ces scélérats qui, par-des "pétitions insolentes, viennent, dans son propre sein, déshonorer la Convention. » ?

Les exaltations maladives d’un Marat, les menées illégales de Ja commune, les intrigues et les embüches de la Montagne inquiètent vivement les représentants de l'Ardèche qui,par goût instinctif de la modération, suivent l'impulsion de leurs collègues Gamon et St Prix, déjà compromis avec les Girondins à la fin de la Législative.

Gleizal est un des plus ardents dans la lutte qu'ils mènent contre la députation de Paris. St Martin appelle Marat, « un fou sanguinaire, » € digne des Petites Maisons, » dont « l'élection déshonorera à jamais le corps électoral de Paris. » 3 Tous combattent la popularité de mauvais aloi de Philippe Egalité, se défient des arrière pensées de Robespierre, en attendant de dénoncer avec véhémence les visées des Jacobins à la dictature. Ils s’indignent contre l'influence néfaste de la célèbre société. « Depuis longtemps, je ne vais plus aux Jacobins, écrit St Prix, où je ne pourrais me supporter, à cause de l'esprit de désorganisation et d’intolérance qui y règne. » Etil s'amuse de la naïveté de quelques volontaires de son département, qui se laissent prendre à leurs belles paroles, sans pénétrer leurs secrètes ambitions. Le 3 décembre, il parle encore « des li-

Page 1