‹ La Révolution dans l'ArdècheChapitre 272 sur 396 · Rapport de Gleizal à la Convention · texte numérisé non relu

Rapport de Gleizal à la Convention

2. Ct) les cahiers de paroisses qui, presquetous, réclament la suppression des miiices, Arch. Ard. B 142.

3. Discours du procureur général syndic, le 25 mai 1793,à l'assemblée extraordinaire du 23-26 mai à Privas. Areh. Ard.L 112.

suites pour dettes, contrebande ou crime. Des vagabonds, sans feu ni lieu, des fils de famille, chassés de la maison paternellepour mauvaise conduite ou paresse, trouvaient au régiment un refuge et même la facilité de se refaire une existence honorable. Mais la répugaance pour l'armée, et surtout pour l’enrôlement forcé, était générale parmiles habitants des campagnes.

Cette répugnance n'avait pas diminué depuis la Révolution. Si le paysan avait vu avec plaisir son droit consacré de porter les armes, d'avoir un fusil et de satisfaire ses goûts de liberté et ses instincts de braconnier, si même, au début, l’organisation des gardes nationales etles fédérations l'avaient amusé quelques semaines, en mettant un peu de variélé dans la monotonie de son travail, ces palabres, prétextes à longues beuveries, ne pouvaient avoir qu'un temps. Il a’entendait ni aliéner son indépendance, ni sacrifier ses intérêts. Aussi, l'engouement pour la garde nationale n'avait-il pas survécu à la période d'enthousiasme des premiers temps dela Révolution. Depuis le printemps de 1790, dans la plupart des paroisses, elle n'existait plus que sur le papier. Les diverses tentatives de réorganisation, en 1791 et au début de 1792, ! avaient complètement échoué. Même dans les villes etles bourgs importants, si l'état-major est nombreux et brillant, les soldats sont rares et ne se prêtent que de mauvaise grâce aux corvées, gardes et patrouilles. ?

D'ailleurs, avant le 10 août 1792, seuls les citoyens actifs étaient tenus de s'inscrire dans la garde nationale et le paysan se gardait bien de revendiquer un honneur aussi onéreux.

C'est le décret du 11 juin 1791 * qui ‘ouvre les rangs de l’armée à la garde nationale, en décidant que, dans chaque département, il sera fait une conscription libre dans la proportion d'un vingtième des gardes nationaux. Le 16 juin, la société populaire d'Annonay, pour faire preuve de zèle et de patriotisme, offre 24 hommes pour marcher aux frontières, en cas d'attaque. Pour subvenir aux frais d'équipement, on ouvre une souscription. Le maximum de 5.000 livres est rapidement dépassé. Quelques riches citoyens, comme Du-

1. L'Assemblée nationale avait réglé l'organisation de la garde nationale par le décret du 27 juillet 1791. CF) réimpression du Moniteur T.9 p. 245-246 ; 414- 415 et 445-448. Le directoire du département s’occupait de cette réorganisation lorsque éclata la Jacquerie, à la fin du mois de mars 1792. Cf) arch. Ard. L570. Discours du procureur syndic, le 16 octobre 1792. |

2. CF) Les plaintes du procureur syndic du Coiron; le 30 juillet 1792. Arch. Ard L570.

3 Réimpression du Moniteur T. 8 p. 642 et 649.

ret, Montgolfier, Larosière, Thorenc, Tavernier, Dayme, s'inscri- “vent pour“‘des sommes illimitées. Mignot souscrit 1.000 livres et promet de mainteair la place et les appointements des jeunes gens de sa maison qui se sont offerts à partir. ! Le 25 juin, à l'annonce de la fuite du roi, 45 volontaires se présentent. ? Le 7 juillet 1791, ? le directoire du département fait la répartition par district du contingent de 590 hommes que l'Ardèche doit fournir et nomme des commissaires pour surveiller le recrutement. L’abondance des donset des souscriptions rendit aisée la levée d’un effectif aussi limité.

Avec la déclaration de guerre et nos premiers échecs, la situation devient grave et la loi du 5-14 mai 1792 ! réclame un chiffre beaucoup plus élevé de nouveaux soldats. L'Ardèche doit mettre sur pied deux bataillons de 800 hommes. Des registres sont ouver!s dans toutes les municipalités pour recevoir les inscriptions, La proportion des volontaires est très inégale suivant les districts. Alors que le Coiron fournit 760 jeunes gens de bonne volonté, le Mézenc n'en présente que 514 et le Tanargue 270. 5 À côté de quelques b iurgeois qui se laissent entrainer par l'enthousiasme patriotique et surtout par la perspective des grades d'officiers, qui leur étaient refusés sous l’ancien régime, la plupart des recrues sont des désœuvrés, des étrangers, des ouvriers qui sont atlirés par la primeet les riches collectes faites spontanément dans les villes au profit des « défenseurs de la patrie. »

Leurs exigences, d’ailleurs, ne sont pas sans inquiéter les autorités. Le 11 juillet, ils déclarent qu'ils entendent être payés en numéraire et non en assignats. © € J'ai à faire, écrit, le 18 juillet, Bienvenu, payeur général du département, à une troupe indisciplinée et vis à vis de laquelle il y aurait tout à craindre, si on manquait de lui payer sa solde. » 7 Une fois dissipé le produit des allocations, beaucoup ne se feront pas scrupule d'abandonner leurs compagnons d'armes ; et, souvent, par la suite, le département et les disthicts de-

1. Procès-verbal, du 16 juin 1791, cité par Vaschalde. Les Volontaires de l'Ardèche, un vol. in-8p 14.

Page 1