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CHAPITRE PREMIER

Le Vivarais à la veille de la Révolution

1. L'Etat économique. — L'agriculture. — L'industrie. — Le commerce. — Les voies de communication.

2. L'administration. — Les Etats du Vivarais. — Les charges fiscales, la justice. 3. L'Etat social. — Le clergé; régulier et séculier. — Les religieuses. La noblesse. .

Le Tiers-Etat. — La haute et petite bourgeoisie. — L’ouvrier et le paysan.

Développement des idées démocratiques.

Au nord-est de la province de Languedoc, sur le rebord oriental du Massif central, s'étend le petit pays du Vivarais qui en 1790 deviendra avec quelques modifications le département de l'Ardèche. Sa configuration rappelle celle d'un grand triangle qui aurait son sommet au confluent du ruisseau de Limony avec le Rhône. Sa base serait une ligne sinueuse, incurvée vers le Sud, qui par le cours de l'Ardèche, du Chassezac, de la Borne et de l'Allier unirait Pont St-Esprit à Langogne. Le côté occidental après avoir débordé largement, au delà de Pradelles et de Coucouron, la ligne de partage des eaux, suivrait les hauts sommets du Mézenc et des Routières, puis obliquerait rapidement vers le Rhône pour le rejoindre audessus du village de Limony pendant que lecôté oriental se modèelerait sur le cours du fleuve jusqu'à l'embouchure de l'Ardèche .

Vu des hauteurs du Mézenc, le Vivarais apparaît comme un chaos de montagnes dont les ramifications forment un vaste amphithéâtre qui s’abaisse par degrés en se rapprochant du Rhône. Tantôt ce sont de hautes masses granitiques, à l'aspect froid et sévère,

1. Lachadenède, syndic. du Vivarais, en 1788 évaluait avec quelque exagcration la superficie du Vivarais à 350 lieues carrées. Cf) Mémoire touchant les droits du Vivarais aux Etats Généraux du royaume. Arch. nat. Ba 85. St-Martin en revanche la réduisait à 280. Cf) Réimpr. du Moniteur T. 3 p. 226. Elle est en réalité de près de 300.

tantôt d'énormes blocs volcaniques, pittoresques et grandioses, tantôt des calcaires secs, dénudés et tristes.

Ge territoire si tourmenté et si déchiqueté se divisait en haut et bas-Vivarais dont la rivière de l'Eyrieux marquait sensiblement Ja séparation. Le haut-Vivarais, au climat plus rigoureux et plus continental, c'est déjà, sinon le Nord, du moins le Centre que toutes ses relations rattachent à Lyon alors que le Bas-Vivarais au ciel plus doux et plus riant, surtout dans les basses vallées inclinées vers le Rhône, rappelle la Provence et subit l'attraction et l'influence de Nimes et de Montpellier. Ces deux régions toutefois se complèetent heureusement et ont presque toujours au cours de l'histoire suivi les mêmes destinées.

C'est dans cette petite province qui, enfermée dans son cercle de montagnes, ne communique guère avec l'extérieur que par la voie du Rhône, et qu: par suite ne recoit qu'un écho lointain et affaibli des bruits du dehors, que nous voudrions étudier les répercussions des graves événements survenus de 1789 à 1795 et suivre les transformations qu'ils apportent dans les idées, les mœurs et les sentiments de la population.

Mais pour comprendre l'esprit nouveau que la révolution propage dans le Vivarais, pour apprécier les réactions qu'elle suscite, il nous paraît indispensable de jeter au préalable un coup d'œil rapide sur son état matériel et moral à la fin de l'ancien régime.

Malgré le développement des centres industriels d'Annonay et d'Aubenas, le Vivarais, à la fin du XVIIE siècle, reste un pays presque exclusivement agricole. Ce n'est cependant pas à la richesse particulière de son sol, ni aux facilités exceptionnelles qu'il offre à la culture qu'il doit ce caractère. Il n’y a de régions privilégiées que quelques plaines et dépressions et surtout les basses vallées d'’alluvions, mais elles sont rares et peu étendues. Une partie notable du sol, aux pentes raides et escarpées, victime d'un défrichement inconsidéré ', a même perdu toute terre végétale par suite de la violence des pluies. et de l'impétuosité des torrents.

L'enquête de 1763 signale plus de 30.000 sétérées de terres sans valeur, entièrement abandonnées? Et s'il fallait en croire les cahiers

1. Plaintes contre le défiichement, en 1781 et 1786. — Arch. de !’Hérault C 2837 et 2840.

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