‹ La Révolution dans l'ArdècheChapitre 331 sur 396 · Rostaing p. 270, note, et · texte numérisé non relu

Rostaing p. 270, note, et

2. Joyeuse, le 9 nivôse, proposeà Langogne, à Pradelles et au Puy du vin pour du blé. Fonds Mazon F 12.

3. Aubenas, le 8 avril 1794, un mémbre du conseil général déclare qu'il faut chercher le blé « où il est et au prix qu’il est ». Volane p. 32.

élèvent bien, au début, quelques protestations.! Les sociétés populaires prennent des arrêtés sévères ; les comités de surveillance fulminent contre cette cupidité égoïste et criminelle ?, Mais, ils ont beau déclarer suspect quiconque violerait & la loi bienfaisante du maximum, en vendant ou en achetantà un taux plus haut que celui fixépar la loi » ?, la nécessité était la plus forte et ventre affamé $e souciait peu de la légalité. D'ailleurs, non seulement les municipalités de campagne sont de connivence avec les paysans, mais les membres des sociétés populaires et des comités {, en dépit des anathèmes obligés contre les accapareurs, les affameurs et les riches égoïstes, sont les premiers, une fois à l'abri des regards indiscrets, à passer outre à la loi du maximum.

Les negociants condamnent le maximum parce qu'il supprime la liberté du commerce, les paysans parce qu'il les contraint à céder à vil prix leurs produits, les ouvriers et les artisans ÿ parce qu'il entraîne la pénurie, la disette et la famine. Tout le monde en souffre et tout le monde a intérêt à le violer, mais aussi tout le monde devient de plus en plus hostile au gouvernement qui l'a établi et aux patriotes qui le soutiennent.

Les autorités,quise rendent compte de ce mécontentement génénéral, s'efforcent de donner le changeenaccusant de cette perversion de l'esprit public les contre-révolutionnaires et les fanatiques. Elles confondent dans la même condamnation fédéralistes et aristocrates, modérés et émigrés, nobles et prêtres et elles mènentune vive campagne contre tous ces ennemis avoués ou secrets du gouvernement révolutionnaire.

Le décret du 14frimaire, en prescrivant une épuration géné-

1. Adresse d'Aubenas à la Convention, le 25 novembre 1793, citée par Volane Aubenas p. 30

2. Le comité de Privas, le 19 octobre 1793,dénonce à Boisset les paysans qui vendent les pores gras 100 livres le quintal, alors que le prix fixé est 47 livres. Arch. Ard. L 1129. St-Marcel se plaint en ventôse du commerce frauduleux des grain, qui se fait la nuit. Arch. Ard. L1145.Cf) aussi lettre de l'agent national du Tanargue du 29 prairial. Arch. Ard. L 887.

3. Société populaire d'Annonay. Rostaing p. 277-278. 4. Lettre du comité de Naves, le 30 messidor, à l'agent national du Tanargue.Il

déclare nettemeut que le maximum est impossible et que, & si le prix du blé est effrayant, on est bien aise d’en trouver ». Arch. Ard. L 879.

9. Les journaliers, eux aussi, sont mécontents, car leurs salaires ont été taxés trop bas. Le 5 messidor, à Joyeuse, ils gagnent de 15 à 25 sols, par Jour, s'ils sont nourris et de 35 à 55, non nourris. Fonds Mazon F 12.

rale de tous les fonctionnaires, mettait entre leurs mains une arme redoutable pour réduire à l'impuissance et écarter des postes administratifs les éléments suspects qui auraient pu s'y infiltrer.

Les membres du directoire, dans l'espoir que cette épuration se fera au détriment de leurs adversaires, pressent les divers représentants de se rendre dans le département. Lespinasseet Chabal, en frimaire et nivôse, assiègent de sollicitations Châteauneuf-Randon, qu'ils supposent mieux disposé pour les Jacobins que Boisset et Reynaud.A les entendre,l'opération est urgente ; toutes les administrations regorgent de fédéralistes, d’aristocrates et de royalistes,

Les premières épurations sont l'œuvre des conseils des districts ? et des communes, mais, de l'avis même de Guvardin, elles n'ont pas été sérieuses. « La condescendance et quelquefois la crainte ont dicté les suffrages » #. Le contrôle de Guyon et Delau, en nivôse et pluvièse {, a été plus minutieux et plus strict, mais leur mission était trop temporaire pour ce travail de longue haleine.

Aussi, dès son arrivée dans l'Ardèche, Guyardin prescrit-il l’épuration nominative de tous les titulaires des postes administratifs *, Pour mieux connaître le sentiment de la population, il tient à présider, lui-même, les séances, dans un grand nombre de localités. Il ne se borne pas, d'ailleurs, à confier cette œuvre d'élimination aux membres des sociétés populaires, il fait appel à tous les témoignages et invite &tous les citoyens à s'expliquer sur tous les fonctionnaires publics » 5.

Malgré ces précautions, le résultat ful assez bénin. Soit que la population fût hostile aux Jacobinset favorable aux modérés, soit qu'elle se désintéressât de leurs rivalités, les exclusions furent rares.

Le 9 germinal, les Annonéens ont à se prononcer sur le civisme de 109 fonctionnaires de la commune, du district et du département. Ils s’abstiennent de porter un jugement sur 9 d’entre eux en alléguant leur incompétence. Un seul, l'ingénieur Périolas est « re-

Page 1