Réimpr. du Moniteur T. 25 p. 684. Delichères p
9. Le 19 veéndémiaire, il est dénoncé à la Convention pour ce motif. Réimpr.
du Moniteur T. 26 p. 187.
une adhésion explicite au dogme de la souveraineté du peuple. Le défaut de:serment entrainait pour les ministres du culte l'emprisonnement d'abord et ensuite 10 ans de gène. La rétractation était punie du bannissement à perpétuité et le culte privé était interdit une fois de plus. Enfin, le 4 brumaire au IV, dans un dernier râle d’agonie, la Convention exceptait de l’amnistie les prêtres déportés ou sujets à la déportation et maintenait contre eux toutes les lois de 1792 et 1793 1.
La difficulté était de les faire appliquer. Depuis longtemps déjà, la Convention a perdu tout prestige dans le pays : l'autorité, elle-même, affecte d'ignorer ses décrets. Ces mesures de rigueur peuvent bien conlrarier l'activité des réfractaires et supprimer les cérémonies extérieures du culte dans les grands centres,elles ferment peu d'églises dans la montagne et les paroisses rurales. Souvent inême leur promulgation coïncide avec la restauration du culte publie.
À Joyeuse, le 1% brumaire, les femmes et les jeunes filles, au nombre de plus de 300, envahissent la salle des délibérations de la municipalité et, «au nom de l’article IV du titre dernier de l'acte constitutionnel,viennent réclamer le libre exercice du culte catholique, apostolique et romain ». Elles demandent, en conséquence, à employer les prêtres qu'il leur plaira, sans qu'ils soient {tenus de faire aucune soumission ». Elles déclarent « qu'elles feront célébrer la messe, après-demain dimanche, ainsi que les autres offices... » « Si l’on y met quelque opposition, elles useront du droit de la liberté des cultes et de la souveraineté du peuple » et, avant de se retirer, elles requièrentla municipalité de dresser procès-verbal de leurs revendications. Elles tiennent parole et nul ne songe à les inquiéter ?.
Presque partout, l'initiative de l’ouverturedes églises vient de la population, qui force la main aux prêtres hésitants. Les membres de la municipalité esquissent une timide protestation, pour mettre leur responsabilité à couvert, et, après ce geste tout platonique, on les trouve au premier rang des fidèles qui assistent pieusement aux offices !. Les officiers municipaux des Vans écrivent, le 5 vendémiaire, qu’«il n’est pas en leur pouvoir de faire exécuter les lois relatives aux cultes. Celle du 20 fructidor est encore sans exécution et nous ne pouvons vous dissimuler notre embarras... La cloche qui reste dans la commune estemployée pour prévenir les citoyens de l'exercice du culte catholique, malgré toutes nos défenses ? ».
1. Réimpr. du Moniteur T. 26, p.72, 79 et 333. 2. Arch. Joyeuse. Fonds Mazon F 12.
L'administration ne réussit pas mieux, d'ailleurs, à résoudre les difficultés relatives aux subsistances et elle est absolument impuissante à arrêter les progrès de la désertion au cours de l'an HI.
Malgré l'appui des représentants en mission, le ravitaillement normal de la population devient de jour en jour un problème plus insoluble. Même en tenant compte de restrictions sévères, 50 à 60.000 quintaux de blé % sont absolument indispensables au pays pour attendre la prochaine récolte. Debry, le 18 nivôse !, autorise le département à prendre 15.000 quintaux aux greniers de Nice. Il oblige les municipalités d'Avignon et de Pont-St-Esprit à restituer à l'Ardèche les grains qu’elles s'étaient induement appropriés, quelques mois auparavant ÿ. Le 16 pluviôse, il met encore, à titre de prêt, 50.000 livres à la disposition de l'administration pour acheter du blé, mais on ne peut compter sur le jeu régulier du commerce. Les 8 principaux négociants de la région, convoqués à Privas, le 22 nivôse, refusent, malgré une avance de 300.000 livres qui leur est proposée, de se livrer à des spéculations qui leur paraissent vouées à la faillite 6.
La rigueur et la durée exceptionnelle de l'hiver 1794-1795 et les abondantes chutes de neige rendent, d’ailleurs, tout transport impossible 7. La détresse dans beaucoup de communes est poignante. La délibération de Lavoulte, du 4 pluviôse, est édifiante à cet égard. « Par devant les officiers municipaux de Lavoulte se sont présentés plus de 120 habitants, tous lesquels ont dit que, depuis plus d’un mois, les neiges etles glaces les empêchent de sortir de leurs maisons pour se procurer des subsistances, que les grands froids ont gelé le peu de pommes de terre et de châtaignes qu'ils avaient, qu'ils se trouvent par là réduits à mourir de faim, que la majeure partie d'euxn'ont pas mangé de pain depuis trois semaines, que la désola-
1. Notes de l'abbé Malleval, curé de Macheville, publiées par Tartary dans la revue du Vivarais du 15 avril 1902.
2. Arch. des Vans. Lettre du 5 vendémiaire IV. Fonds Mazon chr. T. 19.
3. Procès-verbal de l'assemblée des négociants à Privas, le 22 nivôse III. Arch. Ard. L134. Séance du département du 24 nivôse.
4. Lettre de Debry du 18 nivôse,procès-verbal du département du 25: 1134:
5 Arrêté de Debry du 16 pluviôse. Cf) proc. verb. du 18 pluviôse L 134.