‹ La Révolution dans l'ArdècheChapitre 52 sur 396 · Arch. Ard. B 145 et B · texte numérisé non relu

Arch. Ard. B 145 et B

6. À Annonay, 215 votants prennent part à l'élection du député suppléant alors qu'il y en avait eu 242 pour les députés titulaires. Arch. Ard. B 145.

7. Procès-verbal de la chambre de la noblesse de Villeneuve de-Berg. Arch. nat. Ba 85, de la noblesse d’Annonay. Arch. Ard. B 145.

discutant à part les divers articles de son cahier, il Jui serait plus facile de donner au tiers des preuves de sa sympathie par le sacrifice volontaire et spontané de certains de ses privilèges. Le clergé de Villeneuve-de-Berg laissa bien entendre qu'après l'élaboration de son Cahier, il accepterait volontiers, ! avec l'adhésion des autres ordres, une députation faite en commun, mais la proposition ne fut pas reprise et chaque ordre procéda séparément dans sa chambre, non seulement à la vérification des pouvoirs de ses membres et à la rédaction de son cahier, mais encore à l'élection de ses députés.

L'accord le plus cordial ne cessa d'ailleurs de régner dans les rapports des divers ordres entre eux. Il semble même que plus l'opposition des idées et des sentiments s'accentue, plus les mots d’union, de concorde et de fraternitése multiplient. Ce ne sont que députations variées, harangues et congratulations réciproques. Les privilégiés veulent donner au tiers l'impression qu'ils traitent d’égal à égal avec lui. Ils s'empressent de lui communiquer toutes les décisions qui peuvent lui être agréables comme l’acceptatiou de l'égalité de tous devant l'impôt, l'abandon des privilèges des barons de Vogüé, Lagorce et Brison ? et leur adhésion aux arrêtés de Privas. Ils espèrent ainsi amadouer le tiers et enchaiîner des réclamations trop inquiétantes de sa part. Le tiers, à son tour, fait assaut d'amabilités, de compliments, de flatteries même à l'adresse de la noblesseet du clergé. Il remercie Antraigues du rôle bienfaisant pour le pays qu'il a joué à Paris et lui envoie une délégation pour le féliciter de son élection. *

Un incident regrettable fut l’occasion à Villeneuve-de-Berg de “resserrer encore les liens d’affectueuse sympathie des divers ordres. Le 27 mars, deux députés du tiers qui, par économie, allaient coucher à St-Jean-le-Centenier, furent attaqués sur la route par des bandits, et l’un d'eux, Pierre Barbut, député du Travers, fut tué d'un coup de pistolet et l’autre Talagrand, député du Val d'Aurelle,

1. Procès verbal de la chambre du clergé. Arch. nat. C 25 172.

2. La noblesse de Villeneuve-de-Berg rejette à l’unanimité la protestation de du Roure faite par son représentant de Chalendar de St-Laurent de « s'opposer, et même protester contre toutes instructions qui pourraient être données aux députés qui seraient élus pour les Etats-Généraux tendant à priver les prélats et barons de leurs droits en l'administration de cette province. » Elle la déclare contraire à l’article 21 du règlement du 24 janvier portant que les représentés ne pourront voter par leurs procureurs que pour la nomination des députés. Arch. nat. Ba 85. =

3. Procès-verbal de l'assemblée générale des trois ordres à Villeneuve-de Berg

séance du 4 avril 1789. Arch. Ard. B 141.

grièvement blessé !. Les témoignages de condoléances affluèrent aussitôt. Le clergé prit l'initiative d’uu service funèbre solennel présidé par l'évêque lui-même et tous les privilégiés se firent un devoir d'y assister. La noblesse écrivit au ministre ? pour demander un secours pour le survivant et pour la famille du défunt, et elle réclama l'attribution du jugement des coupables à la sénéchaussée de Villeneuve-de-Berg pour faire un exemple sur les lieux mêmes du CHIENS

A l’intérieur de chaque ordre, on ne constate plus cette cordialité apparente qui voile les différends. Les âmes se montrent à nu, les compétitions se révèlent passionnées et les violentes discussions risquent à certains moments de dégénérer en bagarre. Néanmoins, les divers ordres réussissent à étouffer tout éclat et ne laissent rien transpirer au dehors des rivalités intestines qui les déchirent. A Villeneuve-de-Berg, la noblesse, pour éviter des indiscrétions néfastes à son prestige, impose à tous ses membres le serment de garder inviolablement le secret sur les débats qui auront lieu, soit dans l'assemblée, soit dans les commissions et menace d'exclusion « tout gentilhomme qui s'avilirait au point de le violer. » t

La vérification des pouvoirs ne souleva quelques difficultés que dans la noblesse de Villeneuve-de-Berg. Les gentilshommes de vieille extraction, inquiets de voir l’ordre de jour en jour plus envahi par des éléments douteux, voulurent profiter des circonstances pour procéder à une recherche des usurpateurs de la noblesse, mais l'intervention de Vogüé et surtout l'habileté de d'Antraigues pour se ménager des partisans Ÿ, firent adopter un règlement provisoire large et libéral qui renvoyait à des temps plus propices la solution définitive d'une question aussi irritante.

1. Procès-verbal du 4 avril 1789. Arch. Ard. B 141. 2. Lettre de la noblesse adressée le 6 avril 1789 par le comte ; de Balazuc au garde des sceaux. Arch. nat. B III 156.

3. Le jugement prévôtai du 3 octobre 1789 condamne à l'amende honorable « nue-tête et en chemise, la corde au cou » et à la roue Pierre Chaumel de Gras. Jugement exécuté le 5 octobre 1789. Grand placard impr. Fonds Mazon chr. 12.

4. Procès-verbal de la chambre de la noblesse. Arch. nat. Ba 85.

5. « Que de faux titres ménagés par d’autres à cette occasion pour s'acquérir le droit d'être sur la liste, tels que : Bernardy, Bonnet des Arcis... etc... Ils y étaient autorisés par les facilités que leur donnait le comte d’Antraigues, l'un des secrétaires et vérificateurs... ». Manuscrit de Delichères, p. 15. — Bernard de St-Arcons de son côté déclare que «€ dans la vérification des titres de noblesse, L. se montra difficile, ce qui éloigna plusieurs prétendants. Vogüé lui observa qu'il avait tort, que la bonne politique était au contraire de la renforcer (la noblesse) par le nombre. » Manuscrit de St-Arcons. Fonds Mazon chr. 12.

La rédaction des cahiers’ fut plus orageuse, surtout dans le tiers. Elle fut préparée par une commission plus ou moins nombreuse suivant les ordres et les sénéchaussées. Si la noblesse d'Annonay se contente de six commissaires, celle de Villeneuve-de-Berg en désigne quinze. Le clergé du haut Vivarais, pour satisfaire les éléments des divers diocèses et tenir compte de la proportion du haut et bas clergé régulier et séculier, en nomme sept et celui du bas- Vivarais seize après un violent débat où le parti des prieurs et curés impose ses idées et ses candidats. Le tiers d'Annonay choisit douze commissaires appartenant tous à la haute bourgeoisie conservatrice à l'exclusion des démocrates et des ruraux, celui de Villeneuve-de- Berg forme une commission de 40 membres où il admet quelques rares paysans enrichis.

Ces commissaires consacrent une journée ou deux à l’élaboration du projet. ! La discussion en assemblée générale fut assez longue et parfois très vive. ? Les ordres attachent, semble-t-il, autant sinon plus d'importance à la rédaction de leur cahier qu’à l'élection des députés. À Annonay, les séances du tiers sont particulièrement agitées. La minorité démocrate et paysanne exclue de la commission tente un vigoureux effort avec Sabatier de Vernoux pour accentuer les dispositions réformatrices du projet. Trois fois elle revient à la charge au sujet des droits féodaux, trois fois la majorité bourgeoise conservatrice finit par imposer la loi du nombre. Par son obstruction, elle fait rouvrir encore la discussion après la clôture des débats. Et,malgré les protestations du président Delholme,quelques-uns de ses membres, possesseurs de redevances féodales, obtiennent l'insertion en marge du procès-verbal d’une note favorable” à leur rachat. * A Villeneuve-de-Berg, s'il faut en croire Delichères, le parti avancé fut si terrorisé par les menaces de ses adversaires qu'il n'osa même pas défendre ses droits, ni même exposer ses re-

1. Nous sommes mal renseignés sur les débats de ces commissions. Aucun procès verbal, ni indiscrétion privée ne nous donne le moindre détail.

2. Pour la discussion des cahiers en assemblée générale. cf) procès-verbal du tiers à Annonay et protestation de Delhome, président du tiers. Arch. Ard. B 145, Cf) aussi manuscrit de Delichères.

3. Arch. Ard. B 145. Procès-verbal du 24 mars 1789 « trois ou quatre membres de l’assemblée ayant demandé la parole, nous ont prié de leur donner acte du consentement qu'ils donnaient en leur qualité de seigneurs directs que les rentes fussent rachetables. »

vendications. € On ne parlait de rien moins que de nous assassiner ; aussi primes-nous le parti de garder le silence. » !

Une fois les cahiers rédigés et sanctionrés par l'Assemblée générale de chaque ordre, on procède à l'élection des députés qui, fort calme à Annonay, fut très agitée à Villeneuve-de-Berg. Dans le tiers, on évile de poser la question de la réduction des députés à 200, devant la répugnance générale et l'hostilité déclarée de la masse des paysans. Les ruraux sentaient très bien, en effet, que cette opération ne pouvait s'exéculer qu'au profit de la bourgeoisie urbaine et au détriment des campagnes. Plutôt que d'accepter cette humiliation et cette déchéance, beaucoup de députés avaient reçu l'ordre formel de leurs communautés de quitter l'assemblée. Pour éviter le trouble, l'agitation et le désordre que n'aurait pas manqué de susciter cette scission, la bourgeoisie qui sesentait d'ailleurs très forte évita celte exaspération aux paysans.

À Annonay, malgré la vivacité des polémiques et le mécontentement profond que la rédaction des cahiers a soulevé, Boissy d'Anglas ? conserve sur la majorité des électeurs une grosse influence

1. Manuscrit de Delichères p. 11. 12. « Delières le 27 déclara qu'il était chargé de dénoncer au procureur général toutes les motions qui seraient faites contre les privilèges du parlement et d’en désigner les auteurs, ce qui soulexa les.

ennemis des abus mais les forçà au silence et dirigea quelques-uns des articles du cahier. » |

2. François Antoine Boissy d’Anglas naquit le 8novembre 1756 à St Jean Chambre. Il était avocat en parlement, maître d'hôtel de Monsieur, Comte de Provence, membre de nombreuses sociétés littéraires et savantes, quand il fut élu député aux États-(rénéraux. Sous l'assemblée législative, il remplit les fonctions de procureur général syndic du département de l'Ardèche. Appelé à la Convention, il siégea au centre, vota pour la déteution du roi et combattit les Montagnards. Il se tint à l'écart pendant la Terreur et joua un rôle actif après le 9 Thermidor. Il présidait la Convention le 1e Prairial, an IL, lors de l'insurrection des faubourgs. En Vendémiaire an IV, il fut élu par 72 départements. Sorti en l'an V,il fut réélu à Paris. Ses tendances royalistes le firent condamner à la déportation à la suite du coup d'état du 18 Fructidor. Il put s'échapper, se réfugia en Angleterre et revint en France après le 18 Brumaire.

Membre du tribunal en 1801 et du sénat conservateur en 1805, il fut créé: comte par Napoléon le 26 août 1808 La première restauration le fit pair de France et il co 1serva son titre pendant les Cent-Jours et sous la deuxième Restauration. Il mourut à Paris le 20 octobre 1826.

etiln'a pas de peine à l'emporter ainsi que Monneron. ! Ils groupent les voix de toute la haute bourgeoisie et d'une notable partie des ruraux, mais ils ne réussissent pas à rallier les suffrages de la petite minorité démocrate dont ils n'ont pas osé appuyer les revendications®. Monneron ne parait pas s'être préoccupé beaucoup de sa candidature. 11 ne fait pas partie de l'assemblée de la sénéchausséeet, au moment des élections, il est absent d'Annonay. Pour prévenir le danger d'une représentation incomplète, le tiers désigne un suppléant, St-Martin*, qui reflète d’ailleurs les mêmes idées.

À Villeneuve-de-Berg, les élus sont aussi des modérés. Espic, un des promoteurs du mouvement dans le bas Vivarais, s'impose à tous et finit par grouper sur son nom la presque unanimité des suffrages {. Même Delichères qui le trouve trop tiède fait,par patrio-

1. Charles Claude Ange Monneron naquit à Antibes le 15 avril 1735 et mou rut à Annonay le 30 mai 1799. Il n’avait pas moins de 19 frères ou sœurs. Deux de ses frères siégèrent avec lui à l’Assemblée constituante: Jean Louis, né à Annonay le 12 septembre 1742, fut élu par les Indes orientales, Pierre Antoine, né à Annonay le 26 Janvier 1747, par l'Ile de France. Un troisième Jean François Augustin né à Anuonay le 24 décembre 1756 fut député de Paris à l'assemblée législative. Leur mère était parente de Dupleix, ce qui expliqie les nombreux voyages et les fréquents séjours des frères Monneron aux colonies. Claude Ange remplit diverses fonctions à Pondichéry de 1757 à 1786. Elu député du tiers d’Annonay, il s’occupa-de questions financières, mais, bientôt découragé, ii ne joua qu'un rôle très effacé à l'assemblée. Il a laissé un curieux journal des Etats Généraux qui s'arrête au 12 septembre 1789.

2. Boissy d'Anglas est élu par 163 voix et Monneron par 164 sur 242 votants. Cf) procès-verbal d'élection des députés du tiers état d'Annonay. Arch. nat C 14.

3. François Jérôme Riffard St Martin naquit à Gilhoc en 1745.Avocat en parlement et juge de Colombier le Vieux pour M. de Brison, il fut un des douze commissaires chargés de rédiger le cahier du tiers. Elu député suppléant par 135 voix sur 215 votants, il remplace à la date du 4 décembre 1789 Dode démissionnaire. Il vote régulièrement avec la gauche de l’Assemblée. En 1791, il est nommé président du tribunal criminel de l'Ardèche et le 5 septembre 1792 député à la Convention. [l vote pour la détention de Louis XVI et soutient les Girondins dans leur lutte contre la Montagne. Il disparaît sous la Terreur et ne joue qu'un rôle secondaire après le 9 Thermidor. En vendémiaire an IV il n’est pas réélu dans l'Ardèche, mais porté sur la liste supplémentaire de trois autres départements ; il siège au conseil des 500. Sorti en l’an V, il n’est réélu qu'en l'an VI. Il siège ensuite au corps législatif, est jugé au tribunal civil de la Seine et meurt à Paris en 1814, laissant une fille mariée au général Rampon.

4. Jean André Espic naquit à Aubenas le 29-mai 1738. ilfit ses études à Nîmes et son droit à Toulouse. Avocat en parlement,il était en 1788 un des hommes les plus en vue de la région d'Aubenas. Il joua un rôle important à l’assemblée de Privas. A l'assemblée générale des trois ordres de Villeneuve-de-Berg, il représente la communauté de St-Sernin sous Aubenas. Il fut commissaire rédacteur du cahier du tiers et élu au premier tour député aux Etats-Généraux par 396 voix sur 411 votants. À l'Assemblée nationale, il vote avec la droite et n’ahorde jamais

tisme local, voter ses partisans plus avancés pour le candidat d’Aubenas. La lutte est beaucoup plus vive et le résultat plus incertain pour les autres sièges. « Rouchon de Bourg St-Andéol était désigné, écrit Delichères, il était porté, mais il eut la maladresse, au moment où le scrutin s'ouvrait, de s'opposer à une motion faite pour fixer au même taux la rétribution des députés des campagnes et des villes. Ceux des campagnes, révoltés contre lui, qui avaient déjà mis son nom sur leurs bulletins, les refirent de suite. Il perdit leur confiance ! ».Madier de Montjau, bourgeois conservateur teinté de noblesse, profita du manque de tact de son collègue, mais ne réussit qu'au second tour à recueitlir péniblement une faible majorité ?, Près de la moitié de l'assemblée lui refusa sa confiance, et, dans son discours de remerciement, Madier se plaint amèrement des « libelles infâmes », qu’on a lancés contre lui et des « calomnies atroces » qu’on a vomies sur son compte. Delichères souligne malicieusement dans «ses notes sur Aubenas » que « l'évènement a justifié que ce libelle avait été seulement maladroit * ».

Dubois Maurin !, soutenu par la région de Villeneuve-de-Berg,

la tribune. En 1791, Espic revient à Aubenas, exerce sa profession d'avocat et reste en dehors des querelles politiques. Il meurt le 15 Germinal an VIII à Aubenas à l'âge de 62 ans.cf) Vaschalde. Le Vivarais aux Etats-Généraux Paris 1889, in-8, pour toutes les biographies des députés de Villeneuve-de-Berg aux Etats- Généraux.

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