Le clergé d’Annonay ne parle pas de la milice
la reconstitution de l'unité du Vivarais par le rattachement aux sénéchaussées d'Annonay et de Villeneuve-de-Berg des paroisses qui relèvent du Velay, Forez et Dauphiné.Les deux ordres sont intéressés à la recherche des usurpateurs de la noblesse qui s'efforcent de sortir de leur classe par vanilé et aussi pour en éviter les charges. Ils sont d'accord pour maintenir en d'étroites lisières les agents du pouvoir exécutif et pour obliger les ministres à rendre compte de leur gestion ! et ils demandent un procès-verbal circonstancié des séances des Etats pour éclairer l'opinion publique. Enfin, ils préparent la suppression des ordres religieux en défendant aux monastères de recevoir des novices et en promettant une pension avantageuse aux moines qui accepteront la sécularisation. ? Quant à leurs biens, le tiers propose qu'ils soient vendus au profit de l'état et la noblesse qu'ils soient employés à des objets de charité.
Il semble qu'il y ait moins de points de contact entre le clergé et la noblesse. L'un et l’autre cependant insistent plus que le tiers sur la défense de la propriété, sur le respect et l'influence à accorder à la religion et à ses ministres. Ils demandent encore la légalisation de la pralique commune du prêt à jour pour tranquilliser les consciences et éviter l'usure occulte.
Mais, en dehors de ces vœux généraux et communs qui intéressent tout le pays, chaque ordre s’oceupe plus spécialement dans son cahier des besoins particuliers de ses membres. C'est ainsi que le tiers préconise l'égalité absolue des ordres, la libre accession de tous les citoyens à tous les emplois même militaires, et réclame la création générale de municipalités fondées sur l'élection. S'il consent à ce que le clergé et la noblesse conservent certaines prérogatives et privilèges honorifiques, comme la présidence des états provinciaux, il s'oppose énergiquement aux « distinctions humiliantes pour le tiers ÿ qui avilirent le troisième ordre aux Etats-Généraux de Blois et de Paris. »
Daus l'intérêt du commerce et de l'industrie, il condamne les droits sur les cuirs et les fers et demande l’abrogation des privilèges exclusifs accordés à Marseille et même la destruction des mai-
1. Le tiers et la noblesse de Villeneuve-de-Berg vont même jusqu'à demander la mise en accusation des anciens ministres.Cahier du tiers; points secondaires art. {. noblesse, art. 17.
2, « Les religieux pour annoncer à cet égard leur volonté délibèreront par tête. » Noblesse de Villeneuve-de-Berg. cahier, art. 40.
3. Cahier du tiers d'Annonay art. 47 ; de Villeneuve-de-Berg, art. 63.
trises des arts et métiers. Au point de vue judiciaire, si le cahier de Villeneuve-de-Berg, sur l'inspiration d'Espic qui veut donner satisfaction à Antraigues, accepte le maintien sous certaines conditions des justices seigneuriales, celui d'Annonay leur est nettement hostile. Il les proscrit comme inutiles et vexatoires et veut que la police soit remise aux officiers municipaux.! Pour les droits féodaux, malgré la modération de la bourgeoisie qui craint d’effaroucher la noblesse, elle exige l'abolition des corvées, le rachat de certaines rentes seigneurales, tant laïques qu'ecclésiastiques, ainsi que « les droits extraordinaires, tels que : leydes, fouages, banvins, banalités, gélinage, civerage, vingtin, » etc. . et même pour « ceux dont la cause ne subsiste plus, la suppression sans indemnité. » ? Les rentes seigneuriales seront prescrites après 90 ou 60 * ans et les. nouvelles reconnaissances ne pourront avoir lieu que tous les 40 ans. Si les seigneurs les désirent plus fréquentes, elles devront se faire entièrement à leurs frais. Quant à la dime, elle sera réduite au trentième et restreinte aux gros fruits et tous les biens sans exception y seront assujettis. Enfin les annates seront supprimées et il sera défendu aux sujets du roi de recourir à la cour de Rome : les dispenses seront accordées gratuitement par les évêques.
Les cahiers du clergé, tout en étant moins explicites en général que ceux du tiers au point de vue économique et social, présentent dans l'ensemble les mêmes revendications ; le droit commun pour le clergé, une représentation équitable aux Etats-Généraux et dans les administrations municipales. Ils ne formulent guère de vœux spéciaux qu'au point de vue de l'enseignement, de la religion et de l'insistance qu'ils mettent à réclamer le relèvement dela situation matérielle et morale du bas clergé.
Le clergé n'aborde pas la question de l’enseignement primaire, maisilne peut s'empêcher de constater la décadence des collèges depuis l'expulsion des Jésuites. Il condamne les universités déchues qui continuent à délivrer à prix d'argent des diplômes qui ne garantissent aucune science ni compétence et il déclare qu'il est urgent d'y porter remède. Au point de vue de l'organisation écclésiastique, le maintien des patrons laïques, et surtout protestants, lui paraît
1. Cahier du tiers de Villeneuve-de-Berg, art. 26, d'Annonay art. 28 et 36. 2. Cahier du tiers d'Annonay art. 56 ; de Villeneuve-de-Berg art. 40.
3. La noblesse de Villeneuve-de-Berg demande 100 ans. Cahier art. 26.
4. Cahier du tiers de Villeneuve-de-Berg art. 59 ; d'Annonay art. 61.
5. Le cahier du clergé de Villeneuve-de-Berg est beaucoup plus explicite que celui d'Annonay qui setient dans de vagues généralités.
LES ASSEMBLÉES DES SÉNÉCHAUSSÉES Le
une anomalie ! qui heurte et la raison et la foi. Il est de toute nécessité de rendre la collation des cures aux évêques qui devront s'occuper d'une nouvelle répartition des paroisses. L'autorité civile doit se borner à protéger la religion, à réprimer la licence scandaleuse des écrivains et le débordement des mœurs publiques, sans s’ingérer dans les questions religieuses. Le clergé de Villeneuve-de-Berg proteste contre l'usage abusif des juges royaux et même seigneuriaux de contraindre, pour les sujets les moins importants, les offi- Ciaux, par la saisie de leur temporel, à accorder, contre leur conscience, les monitoires comme auxiliaires de la justiee ?. Le moyen de rendre à la religion son influence et son prestige serait de rétablir les conciles provinciaux et nationaux. ?
Quant au pape, le clergé semble l'ignorer totalement. Ni le cahier d'Annonay, ni celui de Villeneuve: de-Berg n'y font la moindre allusion. Ils évitent aussi de se prononcer nettement sur la question des ordres religieux. Les eurés partagent à leur sujet la jalousie et l'hostilité générale, mais ils ont la pudeur de ne pas le manifester ouvertement. Leclergé du bas Vivarais parlant de la réforme des religieux, la réclame, sielle est possible, ce qu'il ne croitguère, et dans ce cas, se résigne à leur disparition, maisil a soin de spécifier que leurs biens, contrairement aux exigences du tiers et dela noblesse, reviendront à la masse du diocèse etresteront entre les mains du clergé. #
Le moment est venu d'ailleurs d'étudier une meilleure répartition des biens et revenus ecclésiastiques aussi bien réguliers que séculiers. Ils doivent être rendus à leur première destination et réservés pour la plus grande part aux prêtres qui s’'acquittent du ministère des âmes. S'il convient de ne pas dépouiller les bénéficiaires actuels, il doit être défendu de réunir plusieurs bénéfices importants sur la même tête. D'autre part, le clergé se préoccupe d'assu-
1. Cahier du clergé de Villeneuve-de-Berg. Bénéfices et biens ecclésiastiques art. 12. « Il est indécent et contraire au bien de la religion que ceux qui ne sont pas soumis à l’église catholique entreprennent de nommer ses ministres en vertu des droits de patronage qui appartiennent à leurs familles »....
2. Cahier du clergé de Villeneuve de-Berg « Religion, discipline, juridiction, ecclésiastique. art 4.
3. Clergé Villeneuve-de- Berg. Religion, discipline, art. 2 Clergé Annonay art.
4. Clergé de Villeneuve-de- Berg. & Bénéfices et biens ecclésiastiques ». art.
7 et 8.
rer une honnête subsistance aux prêtres âgés ou infirmes !. Celui de Villeneuve-de-Berg verrait avec satisfaction les vétérans du sacerdose trouver une retraite honorable dans les chapitres et, pour empêcher qu’une jeunesse oisive et peu édifiante n'envahisse ces places, il demande que nul ne puisse être élevé au canonicat s'il n’a exercé au moins dix ans le ministère paroissial ?. Enfin, le clergé des deux sénéchaussées est unanime à demander que les prieurs et curés voient leur importance et leur influence s’accroître au sein de l'ordre #, Annonay voudrait même que les curés soient appelés en nombre égal à celui des évêques dans les assemblées générales du clergét.
Ces revendications n’ont rien de révolutionnaire. Si elles visent à relever la situation du bas clergé, à détruire les abus Îles plus criants dans la répartition des biens, elles restent hien modérées et bien timides, et il serait inexact et injuste de les considérer comme une préface ou une préparation éloignée aux transformations radicales de la Constitution civile du clergé.
Les tendances de ia noblesse sont plus particularistes et plus défiantes de toute innovation. Sans doute, dans quelques détails, elle fait preuve d'esprit de prévision et marque un sens très avisé des nécessités du moment en demandant l'unification des poids et mesures, l'inviolabilité des correspondances et même l'aliénation des biens communaux, mais, sous l'influence de d'Antraigues, elle éprouve une inquiétude grandissante au sujet des Etats-Généraux el des réformes qu'on attend d'eux. Aussi, s'efforce-t-elle de réduire le plus possible leur autorité par un mandat strictement impératif et limité à un an. * Et pour éviter les abus de pouvoir des Etats et leur tendance au despolisme, elle spécifie nettement qu'on proserira toute commission intermédiaire 6. Cette défiance des Etats-Généraux,indice d'un conservatisme étroit et borné,se double d’une hostilité tenace contre le ministère. Elle feint de redouter « l'abus que les ministres peuvent faire des troupes étrangères à la solde de la nation ».Elle en défend absolument l'emploi contre les citoyens,même
1. Clergé de Villeneuve-de-Berg. Bénéfices et biens ecclésiastiques. art. 3 et 4. Clergé d’Annonay art. 12.
2. Clergé Villeneuve-de-Berg. Bénéfices et biens ecclésiastiques, art. 6.
3. Clergé Annonay art. 28. Clergé Viileneuve-de-Berg. Bénéfices et biens ecclésiastiques, art. 7.