Arch. parlementaires T. VII p
4. Après les journées des 5 et 6 octobre, découragé, il quitte Paris, revient en Vivarais, mais rebrousse chemin à Tournon, vu € l'effervescence et la fureur populaire » et va reprendre ses « fonctions inutiles. » Lettres des 15 et 20 octo-
bre 1789 publiées par le bas-Vivarais le 21 juin 1873.
journal!, qu'il a tenu dans les premiers mois, nous le montre versatile et découragé. Le verbiage de l’Assemblée l’exaspère. € Il faudrait une plume de fer et tout le papier de Faya et de Vidalon pour écrire tout ce qui se dit. « Il n’assiste pas à la séance du 17 juin où les « Communes » se constituent en Assemblée nationale par 491 voix contre 90. « Je ne prononcerai pas si l'on a bien ou mal fait, mais je dois à la vérité cet hommage que, si j'avais voté, j'aurais été le quatre-vingt-onzième. ». ? De même il signe, sans les approuver, les résolutions prises à la séance du jeu de Paume. Il parle. sans cesse de donner sa démission et de payer le voyage à son suppléant.
Les députés du clergé : Dode, Chouvet et Pampelonne peuvent se sentir en communauté d'idées avec le tiers, maisils n'osent pas. le dire tout haut et encore moins traduire en acte cette unité de vues en prenant l'initiative de se réunir aux Communes.Ils attendent.
Vogüé et Satillieu ne jouent pas un rôle plus brillant. Si cette attitude réservée n’étonne guère de la part de Vogüé, grand seigneur riche et un peu dédaigneux, on est surpris de l'allure si effacée du bouillant commissaire de Privas, le jeune et sympathique Satillieu, si libéral d'idées et de tempérament. Il ne devait pasapprouver,? semble-t-il, l’intransigeance de son ordre, lui qui le premier, à l’assemblée de Privas, avait fait acclamer le vote par tête. Néanmoins, il ne se décide pas à prendre parti, il reste indécis, bridé peut-être par l'esprit de corps ou plutôt retenu par des scrupules politiques. Il craint apparemment d'être infidèle à un mandat que des collègues, moins libéraux quelui, ont conçu en termes vagues et impréeis #. En tout cas, il ne se pose ni en conciliateur, ni en opposant. Il suit le mouvement et ne se réunit au tiers ® qu'après l’ordre royal du 27 juin.
1. € Journal des Etats-Généraux tenu par Charles Claude Ange Monneron député par la sénéchaussée d'Annonay », manuscrit, 1 vol. in-12 B. A.
2. Le 16 juillet toutefois il écrira : « Ce mot d'Assemblée nationale dont lebaptême a eu lieu le 17 juin, nous l’avons reçu hier de la bouche du roi. Une bonne constitution fera les noces et de longtemps. en ce cas, nous n’en serons au point d'avoir besoin de l’extrême-onction. € Journal manuscrit.
3. Aucun document ni lettre privée ne nous renseigne sur ce point.
4. Il pouvait croire que l'exception prévue dans son cahier pour le vote par tête jouait dans les circonstances présentes. cf) sa lettre pour faire élargir son: mandat. Arch. Ard. B145. :
5. C'est sans doute à son attitude en cette circonstance que fait allusion St- Martin dans sa lettre du 8 avril 1790 à Léorat Picansel : « les torts qu'il peut Leur pobliée pas Vcbade Lee
ê x EÉtats-Généraux ».
La députation du Vivarais ne compte réellement au début qu'un membre actif et énergique : le comte d’Antraigues. Ilest arrivé à Versailles précédé de son immense renommée et l'opinion continue à voir en lui un des chefs du mouvement réformateur !. Mais, bien vite, il « change de ton, de système et de langage ? » ; il renie son mémoire sur les Etats-Généraux et ses attaques contre l'ancien régime. Le 10 mai, dans la chambre de la noblesse, il prononce un discours qui sera désormais sa profession de foi. Les ordres ont toujours eu veto l’un sur l’autre et, par suite, la séparation des ordres est un des principes essentiels dela monarchie. Il demande donc le maintien scrupuleux de ces traditions antiques *. La noblesse cependant continue à se défier de son zèle de néophyte. Lors de la nomination des commissaires chargés de rétablir l’harmonie entre les ordres, d'Antraigues est élu le dernier avec 81 voix seulement sur 237 volants ; * mais, bien vite, sa dialectique passionnée et mordante lui assure dans la commission une place pré pondérante. ;
Pendant toutes ces discussions, d'Antraigues exhorte la noblesse à rester ferme dans les principes ÿ. Un mémoire, oùilacolligé les précédents, sert pendant plusieurs jours de base à la discussion’, mais sans résultat 7. Même après l’échec des négociations, après la constitution des Communes en Assemblée nationale, après le ser ment du Jeu de Paume, d'Aniraigues continue à lutter pour la distinction des ordres en s'appuyant sur l'autorité royale. Le 25 juin, 45 gentilshommes allèrent prendre place sur les bancs de la salle commune pendant que le comte d'Antraigues faisait entendre devant ses collègues une dernière protestation *. Il ne s’associa pourtant point aux ultimes réserves de son ordre le 3 juillet. Il jugea même inutile d’adhérer aux déclarations réservatoires déposées le 30 juin. Malgré ses interventions à la tribune et ses écrits, on sent qu'il est découragé : désormais, il n’a plus foi ni en lui-même, ni en son parti, ni surtout dans les Etats-Généraux ainsi transformés.
1. Lettre de d'Antraigues à MM. des C. p. 18. B. N. Lb 39 4106.
2. Avis à M. le comte d’Antraigues....…. par un baron 16 p. B. N. Lb 39 1774 de
a Discours prononcé par le comte d’ ARTE dans la chambre de la noblesse le 11 mai 1789 — s. ]. n. d. B. N. Le 29 2064.