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CHAPITRE V

La liquidation de l'ancien régime

1. Répercussion dans le Vivarais des premiers débats aux Etats-Généraux et à l’Assemblée nationale. L’hostilité contre les aristocrates.

2. La grande peur. Origine et propagation. L'affolement dans le bas Vivarais. La résistance : levée et armement des paysans. Ees conséquences.

3. La Jacquerie et la lutte contre le régime féodal. Incendie et destruction d'archives. Excès contre les personnes et les propriétés. Agitation agraire. Refus de paiement des impôts et surtout de la dîme et des droits féodaux.

4. Les Comités permanents. Leur organisation et leurs rapports avec les corps municipaux. Leur transformation progressive.

5. Les gardes nationales. Les étapes de leur formation. Evolution de l'esprit public et regain d'influence des aristocrates. Les fédérations. Manifestations inquiétantes pour les patriotes. La situation au début de 1790.

A l’ardent enthousiasme, aux naïves illusions ou aux défiances mal dissimulées qui caractérisent lesélections aux Etats-(Grénéraux, succède une période assez confuse,faite d’attenteet de vagues préoccupations, où les esprits sont à la merci des moindres impressions venues du dehors. L’inaction des Etats, les difficultés qui surgissent entre les ordres étonnent, froissent et créent un état général de malaise et de suspicion. La prise de la Bastille, la révolution de Paris et surtout l'annonce soudaine de l’arrivée des brigands, en semant partout la crainte et l’effroi, fournissent aux patriotes l'occasion de constituer une force armée au service de leurs idées. Les troubles matériels et l'anarchie qui en résulte font surgir spontanément une organisation de circonstance, qui hâte la fin d’un régime impuissant à remonter le courant révolutionnaire et prépare l’avénement d'une société nouvelle.

Les électeurs des sénéchaussées, pour garder le contact avec leurs mandataires, avaient décidé ! que la Commission des trois ordres, établie à la fin de 1788, entretiendrait une correspondance suivie avec les députés du pays aux Etats-Généraux. Pour mener à bien cette tâche que rendaient difficile leur dispersion et leur éloi-

1. Procès-verbal de l'assemblée des 3 ordres de Villeneuve-de-Berg. Séance du 4 avril et cahier de la noblesse d’Annonay, arch. Ard. B 141 et 145.

gnement, les divers commissaires ne tardèrent pas à s’adjoindre dans les villes de leur résidence quelques personnages influents, nobles, curés ou bourgeois et constituèrent ainsi de véritables bureaux de correspondance dans les principaux centres! du Vivarais.

Le pays, qui attend avec impatience les transformations promises, lit avec avidité les nouvelles venues de Versailles. Mais bientôt les patriotes ardents, les Delichères, les St-Martin, les Sabathier, commencent à s'inquiéter ? des maigres résultats de plusieurs semaines de délibération. Malgré l'enthousiasme de commande qui remplit la correspondance des députés, malgré les efforts qu'ils font pour voiler les fissures qui ont désagrégé leur bloc, la vérité filtre peu à peu, et la surprise est grande d'apprendre que les représentauts des trois ordres du Vivarais n’agissent plus de concert. Si le tiers reste uni dans ses revendications, la noblesse et le clergé se tiennent à l'écart, et, au lieu d'élaborer rapidement cette glorieuse constitution qui doit régénérer le pays, les Etats-Généraux éternisent inutilement la discussion sur des points qui depuis longtemps paraissaient acquis.

Les députés du Vivarais d’ailleurs passent bien inaperçus dans cetle masse confuse et tumultueuse qui s'agite à Versailles. Si Boissy d'Anglas se prononce en faveur de la motion Rabaud St Etienne sur la réunion des trois ordres, le vote par tête, l’indivisibilité des Etats-Généraux et la constitution en Assemblée nationale, * Espic, naguère si entreprenant et si actif,est dépaysé et perdu. Il se borne à suivre passivement l'impulsion donnée, mais sa confiance dans l'avenir est déjà bien atteinte. Dubois Maurin et Defrances, moins en vue que lui, plus timides encore, sont, eux aussi, les témoins muets des graves transformations auxquelles ils assistent et prêtent leur concours, sans peut-être en saisir toute la portée. Madier de Montjau, plus personnel, intervient parfois dans les discussions, mais, impuissant à arrêter le cours des évènements, il abandonne bien vite Ja lutte. # Il en est de même de Monneron.Son

1. Surtout à Annonay, Aubenas, Villeneuve-de-Berg, cf) fragments épars de cette correspondance. Fonds Mazon.

2. La « délibération des trois ordres de la sénéchaussée du haut Vivarais le 20 juillet 1789 » parle des «inquiétudes mortelles qui avaient frappé depuis quelque temps les Français, » impr. in-8, s. 1. 8 p. Fonds Mazon chr. 12. plusieurs centaines de signatures.

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