‹ La révolution de 1830 et le véritable Parti républicainChapitre 126 sur 131 · CHAMBRE DES DÉPUTÉS DES DÉPARTÊMENS · texte numérisé non relu

CHAMBRE DES DÉPUTÉS DES DÉPARTÊMENS

«Quarante ou cinquante députés , aujourd'hui « réunis à Paris , ne constituent point la Chambre « élective , et si les citoyens se sont empressés de « chercher des amis et des guides parmi eux , per- « sonne n'est disposé à les reconnaître comme « maîtres absolus des destinées de la France. La «Chambre des députés, nommée pour discuter un «budget et quelques lois, ne saurait imposer un «gouvernement ni octroyer une dynastie quel- « conque aux citoyens français. Cette mission ap- « partiendra sans doute à de nouveaux représentans « qui seront élus dans ce but unique, et qui émet- « tront d'autant mieux l'opinion nationale que ce « ne sera plus une très petite fraction de citoyens, « mais tous les hommes dignes de ce titre qui con- « tribueront à leur nomination.

« Cependant les députés actuels nommés avec « plus d'efforts que de liberté , doivent préparer « les travaux et faciliter l'arrivée de leurs succès-

« seurs. C'est sous €e point de vue qu'ils fixent « surtout l'attention des citoyens qui ont su eux- « mêmes et sans autre secours que leur patriotique « courage, se débarrasser de mauvais ministres et «d'un mauvais roi. Au demeurant, quelques-uns « des élus du peuple se sont montrés bien dignes « d'un si noble titre parleur empressement avenir «au secours de la patrie et à relever le drapeau

« tricolore

« et certes ce n'est point eux qui s'aviseront de «penser qu'ils peuvent disposer à leur gré de ce « drapeau et de cette liberté que le peuple doit à «sa seule valeur. Mais on assure qu'une si coupa- «ble pensée est venue à quelques hommes qui «n'ont pas toujours appartenu à l'opposition, que «la Chambre de 1 81 5 comptait parmi ses héros, « ou qui aiment un peu plus le pouvoir que l'in- « dépendance.

«Hier donc ces quarante députés, au lieu de s'as- « sembler à l'Hôtel-de-Ville , ainsi qu'on l'avait an- « nonce la veille, se sont réunis dans la salle pro- « visoire du palais Bourbon, en comité secret, pour «y causer en famille et de la gravité des conjonc- «tures et de l'issue de la nouvelle révolution

«Ces honorables députés, après quelques ins- « tans de discussion , n'ont pas tardé à décider «qu'une commission de cinq membres serait «nommée pour causer, avec cinq pairs, des af-

( 297 ) «faires publiques, et ramener la paix et la tran- «quillité dans la capitale. On dit qu'un député de «Paris, dont l'énergie s'est manifestée en plus «d'une occasion, a rendu une éclatante justice à « la valeur des citoyens et exprimé leur volonté « de ne plus traiter avec les Bourbons. L'extrême « gauche a appuyé ce discours que le reste de l'as- « semblée a écouté, dit-on, avec défaveur malgré «les efforts du président.

«Un membre s'est alors élevé avec chaleur con- « tre la prétention d'écarter du trône le roi Char- «les X; il a fait tomber sur les ministres de cette «majesté déchue des crimes dont elle a cepen- « dant naguère encore revendiqué sa part ; il a « gémi des désastres arrivés dans la capitale, et les «a en partie attribués à la trop grande vivacité

« des citoyens

« Les cinq membres élus pour causer avec «MM. les pairs, appartiennent, assure-t-on, au « parti du duc d'Orléans, dont le nom n'a cependant «pas été prononcé plus haut dans la Chambre «des députés qu'au milieu des troubles de Paris. « Quel sera le résultat des conférences qui vont «avoir lieu? Traitera-t-on avec Charles X, ou «avec son parent? C'est ce que nous ne pouvons « raisonnablement supposer; car alors qu'une cin- « quantaine de députés s'arrogeraient un pareil « droit , ni le gouvernement provisoire , ni la na-

« tion ne le souffriraient. Nons avons rompu pour «jamais avec un roi que nous avons tant de fois « chassé de France; l'on ne pourrait , sans insulter «aux braves que nous pleurons, songer encore à « nous l'imposer. Cette entreprise est d'ailleurs «au-dessus de toutes les forces humaines, et il « nous restera toujours assez de cartouches pour «faire fuir Charles X. M. le duc d'Orléans a « combattu avec quelque succès dans nos légions «républicaines; mais il y a fort long-temps qu'il « n'a donné aucune nouvelle preuve de sa bra- « votire et de son patriotisme.

«Hier encore, il pouvait avec avantage s'avouer «candidat à la royauté, peut-être aujourd'hui «est-il trop tard. Nous disons peut-être, parce «que, malgré nos opinions patriotiques et notre «amour pour les gouvernemens à bon marché, « nous n'avons pas la prétention d'imposer la ré- « publique à la France, et que nous reconnaissons «aux citoyens le droit de demeurer libres ou de «se laisser faire encore une fois sujets. »

Le 3.) juillet, un nombre considérable de patriotes des divers arrondissemens de Paris se réunirent dans la salle de M. Lointier, et y arrêtèrent la rédaction de la lettre suivante qui parut dans la Tribune du lendemain :

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