‹ La révolution de 1830 et le véritable Parti républicainChapitre 28 sur 131 · SPECTACLES · texte numérisé non relu

SPECTACLES

Le théâtre, ce grand moyen d'influer sur les idées et les sentimens des peuples , le théâtre qui déjà était devenu une école de dépravation et de barbarie, et qui depuis l'avènement du 9 août a fait de si rapides progrès dans ce funeste enseignement, eût été ramené à ce qu'il doit être chez un peuple éclairé et surtout chez un peuple libre, il fût redevenu une école de patriotisme, de noblesse et de dignité (1). Chose remarquable! Sous un gouvernement absolu nous avons eu un théâtre digne des plus illustres républiques , un théâtre

(1) Je le disais encore dans la Tribune du 3o juillet, mais déjà je ne l'espérais plus. Je voyais que l'engouement pour l'Opposition de la Chambre était trop complet et trop général dans la bourgeoisie pour qu'on pût sans de grands malheurs empêcher celte Opposition de disposer de la France, en supposant même que les ouvriers suivissent les jeunes gens dans ces nouvelles luttes comme dans les premières , et que jusque dans notre association , des hommes qui avaient vaillamment combattu contre MM. de Polignac et de Peyronnet n'hésitassent point à s'avancer contre MM. Laffilte el Pcrier.

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qui a permis à Voltaire de soutenir que les anciens « qui étaient si passionnés pour la liberté , « et qui ont dit si souvent qu'on ne peut penser «avec hauteur que dans les républiques, appren- «draient à parler dignement de la liberté même «dans quelques-unes de nos pièces, tout écrites «qu'elles sont dans le sein d'une monarchie»; et depuis qu'on nous comble de Libertés , depuis que les trompettes libérales ne cessent de vanter notre progrès (i), la scène française est devenue par degrés digne d'occuper les loisirs des laquais et des marmitons de la cour la plus stupide et la plus corrompue du moyen âge.

On dira peut-être qu'un gouvernement ne peut guère influencer le goût , et ne doit pas se mêler des théâtres. L'habitude de voir tant de mauvais gouvernemens, d'éprouver que partout où se porte la main de l'administration, c'est pour corrompre et avilir, a poussé des esprits peu réfléchis à poser en principe que les gouvernemens doivent gouverner le moins possible. On a voulu restreindre leur action sur tous les objets , et dans la question qui nous occupe, par exemple, on est allé jusqu'à soutenir que les théâtres devaient

(i) La manie ou peut-être l'obligation contractée envers l'étranger d'outrager sans cesse notre langue a fait remplacer dans ce mot le pluriel par le singulier, comme clans le mot liberté \e singulier par le pluriel.

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être abandonnés à l'industrie des particuliers. Cette opinion prouve une égale ignorance des arts et de la politique. Jamais un sentiment aussi juste que celui de la funeste influence de nos administrations sur les arts, n'a pu conduire à une maxime plus fausse. Les mots arts et éducation nationale accouplés avec le mot industrie sont une monstruosité. C'est surtout avec ces idées d'industrialisme que les doctrinaires sont parvenus à détruire tout ce qui faisait la gloire de la France. Les théâtres, livrés à des entreprises particulières, seront toujours les plus dangereux ennemis de Fart dramatique. Les auteurs ne seront devant l'entrepreneur que des espèces d'ouvriers , ou , si l'on veut, de courtisans, obligés de suivre les tracés de leur chef d'atelier , ou de complaire aux caprices de leur roi , lequel sera lui-même contraint de se plier à tous les caprices du public; tandis que pour qu'on voie le talent se développer dans toute sa force, il faut que le talent soit lui-même comme une espèce de souverain, disposant, dans l'exécution de ses projets, des vastes ressources nationales. Chez tous les peuples libres les spectacles ont été toujours sous l'inspection des magistrats, et la direction en fut toujours regardée comme une des affaires les plus importantes de la république. Voilà ce qui explique comment les solennités théâtrales ont eu chez les

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Grecs une grandeur dont nos spectacles n'ont jamais pu donner l'idée, quoique nous ayons eu des tragiques supérieurs à leurs poètes, au moins dans l'invention des ressorts, dans la création des plans et des caractères.

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