‹ La révolution de 1830 et le véritable Parti républicainChapitre 30 sur 131 · CXXVJ · texte numérisé non relu

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existence brillante à tout homme qui l'honorerait par un bel ouvrage, soit dans les lettres, soit dans les arts; qu'elle encouragerait tous ceux qui, avec quelques dispositions naturelles, montreraient de sincères et laborieux efforts pour parvenir à faire du bon ; mais que, quant à ceux qui se moquoient assez du public pour chercher effrontément l'horrible et le ridicule, pour parler de faire une révolution dans un art sans s'être même donné la peined'en apprendre le métier, ils pouvaientcompter ne plus toucher un sou du Trésor , quelles que pussent être leurs manœuvres, leurs coteries et leurs protections.

C'est à tort que ne pouvant s'expliquer la rage du mauvais qui s'est répandue dans toutes les carrières où jusqu'à présent on passait sa vie à chercher le bon et le beau, quelques personnes ont cru y voir une influence épidémique qui, depuis quelques années, agissait sur les cerveaux comme le choléra agit sur le sang. Ce qui a donné tant de sectateurs aux apôtres de l'ignorance et de la barbarie, c'est l'espoir d'obtenir de la réputation sans talent, et de la fortune sans travail. Dans tous les arts, les études préliminaires indispensables pour parvenir à faire quelque chose de passable sont extrêmement longues , de quelque talent naturel qu'on soit doué. On peut même dire que plus le talent naturel est grand, plus ces

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études deviennent immenses, car on en mesure mieux toute l'étendue, et on sent plus vivement le besoin de n'en négliger aucune partie.

Quand on n'attache aucun prix à faire bien, quand, pour se dispenser d'étudier l'art qu'on prétend exercer, on commence par poser en principe qu'il n'y a point d'art, on peut au contraire se produire en public en s'élançant des bancs du collège; point de noviciat, point de stage; à l'instant des bravos et des honoraires; point de conseils à demander, de traditions à recueillir; on forme école sans savoir Va b c du métier, on est, comme Dieu, commencement et fin; qu'importe qu'à tout instant on place le foie à gauche et la rate à droite ? on en est quitte pour répondre avec Sganarelle : Nous avons changé tout cela.

En second lieu, les études préliminaires finies, l'exécution d'un bon ouvrage demande des études particulières , des études longues encore et laborieuses. Si c'est un ouvrage de peinture, il exige de plus des frais considérables. Quoi de plus commode qu'une doctrine qui dispense de tout cela ? qu'une doctrine au moyen de laquelle on n'a besoin que de noircir une main de papier ou de badigeonner une toile pour recueillir autant d'acclamations et d'écus que la pauvre dupe de génie qui aura passé plusieurs années sans sommeil et sans distractions, seule avec trois objets toujours

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présens à sa pensée, son ouvrage , les grands modèles et la postérité ?

Voilà, voilà le charme qui attire tant de gens dans la route ouverte par les doctrinaires , dans cette route où s'engloutit incessamment tout ce qui fait la gloire et la raison des peuples , lettres, sciences, beaux arts. Qu'au moment où ils s'y engagent, on leur dise : Vous n'usurperez plus de la réputation en faisant sonner des récompenses du gouvernement; vous n'obtiendrez plus de faveurs du gouvernement en faisant retentir les trompettes des coteries. Le gouvernement sait et veut juger. N'attendez rien de lui. Il possède tous les moyens d'éclairer le public , et il en usera : n'attendez rien du public. Travaillez ou mourez de faim et de honte. On verra comme à l'instant ils changeront de route ! on verra comme cette conviction qu'ils disent si profonde s'évanouira! on verra que de conversions subites dans ces apôtres de la religion de l'ignoble et du monstrueux ! Aucun d'eux ne fera du beau ; quiconque porte une âme capable d'y atteindre, ne se laisse point détourner de la voie qui y conduit, et préfère à la richesse , à l'éclat des réputations usurpées, la pauvreté, l'obscurité même avec le sentiment d'un travail consciencieux, et cette satisfaction intime que donne une nouvelle connaissance acquise, une idée mieux définie , un nouveau de-

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gré de finesse assuré à nos perceptions: peu sans doute feront du bon; mais tous, à coup sûr, tâcheront d'en faire. Le culte du ridicule n'a jamais produit des martyrs.

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