‹ La révolution de 1830 et le véritable Parti républicainChapitre 31 sur 131 · PANTHÉON · texte numérisé non relu

PANTHÉON

L'idée de ramener en France celui des grands hommes , de réunir dans un Panthéon français l'image, les cendres et l'ascendant de tous les demi-dieux de la patrie , cette idée noble et féconde de notre immortelle assemblée constituante, souillée dans les dégoûtantes frénésies de la Terreur, avilie sous le bon plaisir d'un despote qui plaçait par un décret au rang des grands hommes tous les membres d'un corps politique élus par un autre décret , proscrite enfin sous le règne de l'invasion, ne pouvait manquer d'être reproduite par un gouvernement national. Mais j'espère qu'elle l'eût été avec cette sagesse sans laquelle il n'y a jamais de dignité, avec cette réserve qui seule laisse aux grandes institutions leur noblesse et leur puissance. Ce n'eût pas été dans nos rangs, je pense, qu'on eût élevé la voix pour demander que dans ce Panthéon où il n'y a encore que deux Français, Voltaire et Jean-Jacques Rousseau, la nation plaçât quatre hommes fort estimables

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sans doute , mais dont aucun n'a mérité un rang élevé dans aucune des carrières de la 'gloire.

Je sais que des citoyens recommandabïes sous tous les rapports ont émis ce vœu ; et pour ne parler ici que du député qui l'a reproduit à la tribune , personne plus que moi ne rend hommage au patriotisme et aux lumières de M. de Salverte. Je sais le distinguer de quelques-uns de ses collègues qu'on place d'ordinaire sur le même rang. Il n'a pas attendu de voir son nom sortir d'une urne électorale pour s'occuper des grands intérêts de la patrie, pour méditer sur le sort et les institutions des peuples. C'est un de ces hommes, aujourd'hui si peu nombreux en France, qui ont passé leur vie à cultiver leur raison ; il s'est même fait connaître par des écrits pleins de mérite, et qui, dans un temps où la littérature était encore florissante , ont obtenu d'honorables distinctions. Mais les meilleurs esprits sont sujets à se tromper. Qui ne connaît l'entraînement des circonstances et de la direction donnée à l'opinion publique? On prépare des succès, on trame des réputations de parti ; et puis , ceux même qui savent le mieux comment ces réputations se sont faites, s'en laissent involontairement éblouir.

Par son nom , par l'inscription si noble et si simple tracée sur ses murs, par la loi qui en fixa la destination nationale, le Panthéon doit être re-

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gardé comme le dernier asile , et en quelque sorte le temple des grands hommes. Les quatre citoyens pour qui on a demandé les honneurs du Panthéon, sont-ils au nombre des grands hommes? Voilà toute la question. Ont-ils montré cette élévation de caractère ou de talent qui justifie un si beau titre ? Personne n'oserait le soutenir. Depuis l'invasion on a employé à tout propos toutes les formules de louange et même d'admiration. Si l'on en croyait les journaux assez complaisans pour insérer toutes les notes qui leur arrivent de toutes les boutiques de libraires , de tous les vestiaires d'avocats, de tous les collèges électoraux, il y aurait aujourd'hui en France des milliers , des armées d'hommes de talent, des centaines, des bataillons de grands hommes; la chose la plus rare serait devenue subitement la plus commune, et la nature ne procéderait plus que par une suite d'actes dont un seul paraissait jusqu'à ce jour une ahomalie dans sa marche habituelle. Mais si un pareil renversement d'idées est partout déplorable, parce qu'il fausse la raison publique et enlève tout ascendant au talent véritable, au véritable génie, il serait surtout scandaleux de le voir servir de base à une loi. Le législateur doit parler sérieusement et ne pas prendre les mots dans une acception si grotesque.

Un homme sert une opinion politique; on le

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C'est là ce qu'on appelle une tactique habile. Je la trouve funeste, au moins lorsque, comme nous l'avons vu tant de fois , elle passe certaines bornes, et je dirai bientôt les effets qu'elle produit. Mais pour un moment, supposons-la convenable dans ces manifestations éphémères qui peuvent passer pour des actes irréfléchis; sera-ce une raison d'en user dans ces déterminations solennelles où, sous peine du ridicule, une assemblée nationale doit être certaine de voir ses jugemens confirmés par le suffrage de tous les siècles? Est-ce sur un engouement du moment et d'après des considérations tirées des circonstances, qu'on peut décerner à un homme une place qui doit le désigner éternellement à la vénération du

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monde ? Ne serait-ce pas s'exposer à appeler sur ceux qu'on voudrait honorer une sorte de flétrissure, prononcée par l'arrêt de la postérité qui les chasserait de ces autels de la gloire ? Cet arrêt n'aurait-il pas même lieu quelquefois du vivant de leurs contemporains? Voyez ce qui est arrivé à Mirabeau. 11 avait au moins autant de talent que les hommes dont vous proposez de consacrer ainsi les restes, il avait joué un bien plus grand rôle, et quand l'inscription du temple subsistait encore, ses cendres en étaient déjà sorties. Au contraire , même en rendant le temple à son ancienne patronne, la restauration a respecté les cendres de Voltaire et de Rousseau. Des scrupules religieux , des animosités politiques ont pu faire reculer leurs cercueils loin des hommages du public, mais on n'a pas osé les chasser. Pourquoi cette différence ? Parce que , tandis que les sectateurs de Mirabeau eux-mêmes n'étaient pas bien sûrs qu'il fût un grand homme, les prêtres courtisans de Charles X ne pouvaient douter au fond de leur conscience que Voltaire et Rousseau ne méritassent ce nom.

Si vous avez à cœur d'éviter des profanations toujours fâcheuses, écoutez, avant de décerner de tels honneurs, non les acclamations d'un jour, mais le verdict éternel de la postérité. Vous voulez ouvrir le Panthéon ; eh bien , placez-y vos grands

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hommes sur lesquels ce verdict a déjà été prononcé. Vous voulez y faire entrer avec eux quelques-uns de vos contemporains, l'idée est juste, elle est utile; eh bien, placez-y le vainqueur d'Arcole avec cette inscription : Bonaparte, général en chef de V armée d'Italie ( j ). Ne craignez pas que la postérité casse votre arrêt. Elle lira dans toutes les histoires les preuves du génie de Bonaparte; elle lira aussi ses Mémoires, ou plutôt les matériaux préparés pour ses Mémoires, matériaux informes, mais très remarquables, et que vous, ses contemporains , vous qui souvent parlez de lui comme d'un dieu, vous qui vous dites les hommes des études sérieuses , vous avez dédaigné de lire, après avoir épuisé en quelques mois dix-sept éditions de Ynh&uvdefactum intitulé manuscrit venu de Sainte-Hélène , et deux éditions au moins des journaux de tous Ses médecins, chambellans et serviteurs de tout étage (a). Pla-

(i) Cette inscription serait nécessaire pour montrer que la nation réprouve le despotisme de l'Empire , et même la politique du consulat qui , au milieu de beaucoup de mesures utiles, préparait les voies à ce despotisme. Bonaparte serait là comme un grand maitre dans deux des arts les pi us nobles et les plus impor (ans, la politique et la guerre. II s'est servi de l'un et de l'autre dans un intérêt personnel malentendu, il a fait deâ faU les graves contre l'un et l'autre, mais il n'a pas moins montré dans les deux un véritable, un immense talent. Cela suffit.

(a) Les Mémoires de Napoléon devaient former environ i4 vol. n-8q* Los libnwes qui avaient donné du manuscrit une somme

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cez-y Girodet; et les Français des siècles les plus reculés, habitués à chercher dans une scène, de déluge et dans X Alala au tombeau les modèles les plus parfaits et les inspirations les plus hautes, diront, en s'approchant avec respect : Nos ancêtres avaient raison; celui-là aussi était un grand homme. Placez-y Parny; et même quand une foule de générations nouvelles auront passé sur ce globe, les Français, qui, après avoir étudié ïibulle et Virgile, étudieront, dans le quatrième livre des élégies et dans le poème d'Jjtnel et Asléga , une teinte particulière de cette sensibilité qui lait le génie poétique, applaudiront à votre choix, car à leurs yeux comme aux vôtres, Parny sera un grand poète. Que vous y placiez aussi Hoche , Desaix, même Marceau, ce sera très bien. Il y avait chez eux quelque chose de grand, de sacré ,

énorme, ont été obligés de suspendre l'impression après la publication du tome 8e, pour ne pas ajouter à la perte de cette somme celle d'une partie des frais d'impression. J'ai réclamé vivement contre cette injustice criante du public dans la Semaine et dans la Revue encyclopédique , mais j'ai été presque seul à réclamer. Puis on se moquera des lecteurs au point d'imprimer tous les jours celle formule devenue en quelque sorte sacramentelle : Nous ne saurions /aire de cet ouvrage un plus bel éloge que d'eu annoncer la 2e ou la 3e ou la 4* édition. A ce compte, les Mémoires de Bonaparte ne valent rien, et les Mémoires deYidocq sont un bon ouvrage, car ils se sont bien vendus. Voilà pourtant à quels grossiers hameçons se laisse prendre aujourd'hui la nation naguère la plus spirituelle Ct la plus éclairée !

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l'héroïsme. Il y avait aussi du talent militaire à un degré très élevé.

Mais si je vous propose d'y placer les restes de Ginguené, vous me répondrez tous que, quel que fût son mérite , il n'a montré ni dans la politique ni daus les lettres un talent assez extraordinaire pour légitimer de tels honneurs. Vous aurez raison. Eh bien, comparez maintenant Ginguené, non plus aux grands génies qui illustrent un siècle et une nation, mais à ces députés pour qui vous demandez vous-mêmes la plus haute des récompenses nationales.

Pour ce qui regarde les connaissances et le talent, il n'y a, vous en conviendrez, nulle comparaison à faire. Benjamin Constant lui-même, si incontestablement supérieur sous ce rapport à ses trois collègues, était loin de la justesse d'esprit , de l'étendue de raison et du goût si sage et si délicat de Ginguené. Quant au courage politique, qu'est-ce, vous demanderai-je, que l'opposition de la Chambre des députés comparée à l'opposition du Tribunat dans laquelle Ginguené brilla au premier rang? Benjamin Constant s'y distinguait aussi, je le sais; mais bientôt il quitta la France , où Ginguené suivit alors une autre carrière d'opposition moins brillante , et par cela même plus méritoire. Ginguené d'ailleurs avait fait aussi une opposition plus dangereuse encore

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qui l'avait conduit dans les cachots et près de la hache des terroristes. Ginguené avait montré le même courage en représentant la république française dans une cour voisine , entouré de dangers et de complots. Enfin quand l'invasion triompha, Ginguené, au lieu de voir dans cette époque funeste une ère de régénération, au lieu de proclamer une partie du symbole des doctrinaires anti-français, Ginguené resta fidèle aux doctrines nationales, sentit son cœur se rompre dans sa poitrine sous le poids de l'humiliation publique , et mourut. — Mais la nation l'a oublié , me dira-t-on. — Et malheur aux nations capables d'oublier les hommes qui les ont servies et honorées ! C'est bien à elles de décerner des récompenses éternelles ! Au bout de dix ans ceux qui sont aujourd'hui ses héros seront à leur tour oubliés, et il faudra bien qu'elle les chasse de son Panthéon pour y nicher ses saints du jour.

— Et l'effet moral contre le pouvoir, l'influence de ces honneurs rendus à des hommes de l'opposition, comptez-vous tout cela pour rien?

Voilà l'une des causes ou l'un des prétextes de presque toutes les fautes du parti libéral, au moins de tout ce qui, dans le parti libéral, n'était pas décidément orléaniste et vendu d'avance à ce qui est. Ignorant ou habile , honnête homme ou fripon , aristocrate ou patriote, tout homme quifai-

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sait un acte d'opposition était sûr d'être aussitôt déclaré un excellent citoyen. Les preuves les plus marquées, les plus honteusement fameuses, de dévouement à tous les despotismes, n'y apportaient aucun obstacle; la nation les avait oubliées comme les vertus de Ginguené, Le plus plat gredin , vînt-il de sortir du bagne , n'aurait eu qu'à mendier une place et puis une destitution , pour être à l'instant désigné à l'estime publique, tandis qu'elle oubliait les hommes assez patriotes pour refuser toute possibilité d'encourir une destitution. Tout Français frappé par le pouvoir devenait par ce fait seul, le modèle de l'honneur dans sa profession, de quelque manière qu'il se fût conduit. Tout pair, tout député qui votait contre un ministre, devenait un des chefs du peuple. Il suffisait même de supplier contre une loi dans une académie pour être transubstanciéen Miltiade.

C'est avec cela qu'on a faussé tous les esprits , c'est pour cela que, dans les journées de juillet, les bras et le cœur du peuple ont eu beau être patriotes et vaillans; la victoire, confiée aux tètes faussées de la bourgeoisie, s'est flétrie sous leur souffle; elle reste languissante et sans fruits.

Rien ne peut compenser le mal produit par une idée fausse jetée dans le public. Il faut le dire pour Ci'tcriiel honneur de la cause populaire , le politique qui la soutient fa(t un fau.v calcul, et$

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même temps qu'il commet un crime , chaque j ois qu'il s'écarte des grands principes de la morale et de la raison.

Le développement de cette maxime, que je tiens de la bouche de Yictorin Fabre, pourrait avoir de l'importance ; mais ce n'est pas le lieu de nous y arrêter. Il me suffit d'avoir montré que, même dans les détails, le véritable parti républicain que tant de gens ont mission de peindre comme prêt à se livrer aux exagérations de tout genre, aurait déployé plus de sagesse et de réserve , que le parti dont toute la recommandation au moment décisif fut son éloignement prétendu de tous les genres d'excès.

Qu'on cesse donc de répandre et d'accueillir d'absurdes calomnies. Ennemis des patriotes, la victoire et le pouvoir sont à vous; laissez-nous l'estime publique; et vous, dupes crédules de leurs insolentes déclamations , reconnaissez enfin que la modération et la sagesse accompagnent la fermeté , que ce n'est pas d'un républicain inflexible qu'on doit attendre des accès de frénésie, et que celui-là n'est pas un ami éclairé de la liberté qui la peint aux nations avec le regard de la colère , la démarche convulsive de l'ivresse , et les mains tachées de sang.

Du reste, comme je le disais tout à l'heure , tous les hommes d'honneur, à quelque parti qu'ils

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se rallient , doivent être d'accord pour désirer une représentation nationale, véritable et sin- , cère , et un système d'instruction publique capable d'affermir la raison au lieu de la fausser.

En effet, le principal argument des hommes de tous les partis est que la masse de la nation partage leurs vœux et leurs idées; s'ils sont sincères dans cette assertion, ils doivent regarder le jour où la France serait complètement représentée comme le moment de leur triomphe ; et d'un autre coté, quelle que soit l'opinion qu'on soutienne, si on la croit sincèrement la meilleure, on doit être persuadé que plus il y aura chez un peuple de bon sens et de véritables lumières, plus cette opinion y trouvera de défenseurs.

Par la même raison que je pense qu'une instruction saine et forte augmenterait beaucoup le nombre des partisans du véritable gouvernement républicain , un royaliste de bonne foi doit compter qu'une telle instruction doublerait le nombre des sectateurs de la royauté.

D'ailleurs, quel est l'homme véridique dans ses protestations de zèle pour le pays, qui prétende faire triompher ses opinions lors même que la majorité, loyalement consultée, déclarerait y être opposée ?

Quel est le royaliste honnête homme qui ne préférerait pas vivre sous le régime républicain ,

( cxlj ) au milieu de compatriotes instruits et probes , à se trouver, sous un monarque , entouré d'imbéciles et de fripons?

Quel est le républicain loyal et sensé qui n'aimerait pas mille fois mieux passer ses jours même sous le despotisme, au sein d'une nation éclairée et généreuse , que de subir cette effroyable parodie de république seule possible chez des peuples avilis et abrutis?

Ainsi , dans tous les partis , tous les cœurs honnêtes doivent regarder le redressement de la raison publique, d'abord comme leur plus puissant auxiliaire, en second lieu comme préférable, lors même qu'il amènerait leur défaite, à leur victoire obtenue par l'abrutissement de leurs concitoyens. Dans tous les partis , tous les hommes d'honneur et de sens doivent voir leurs plus dangereux et leurs plus méprisables ennemis dans ceux dont l'audacieuse impudence a entrepris de détruire parmi nous toutes les idées justes et tous les sentimens élevés, tous ces nobles développemens de notre être intellectuel et moral qui, par leur influence sur les habitudes des peuples, constituent toute la différence entre la civilisation et la barbarie, entre les dégoûtantes horreurs du moyen âge, et l'éclat des siècles dePériclès, ou de Louis XIV, ou de Voltaire.

LA

ET LE

§. I. Mémorial du l'j Avril au i Juillet i83o.

Enthousiasme du public pour les 221 députés qui viennent de voter l'adresse. — Véritables dangers de la patrie : fausse direcrection donnée à l'opinion publique. — Menaces de coups-d'état.

— De la dictature et du pouvoir constituant. — Heureux effets produits par les forfanteries du ministère , et détruits par les petites mesures de l'Opposition. — Elle persiste à ne voir dans les élections qu'une question de Portefeuilles. — On propose de toutes parts de porter à la nouvelle Chambre les fonctionnaires publics destitués. — Dangers de ces élections par reconnaissance.

— Nécessité d'une barrière entre la législature et l'administra» tion. — Tentatives pour engager les électeurs à choisir des députés capables de se trouver à la hauteur des circonstances qui se préparent. — Caractère du mouvement électoral. — Premiers résultats des élections. — Manœuvres dans les lignes des absolutistes.

27 Avril 1830.

La Chambre venait d'être dissoute, parce que, dans une adresse où elle protestait de son dévouement au trône et à la Charte de 1814, elle avait osé blâmer le ministère Polignac. Les noms des

deux cent vingt-un députés qui avaient voté pour cette adresse étaient dans toutes les bouches. Dans les banquets on entourait ces noms de couronnes civiques ; on préparait des médailles pour les inscrire sur l'airain. Journaux, brochures, salons, estaminets, étaient constamment remplis de l'éloge de ces grands citoyens illustrés par une boule blanche. Les réélire tous, les renvoyer tous en masse sur les bancs du Palais-Bourbon, devait être le seul vœu, la seule affaire d'une grande nation. La France ne pouvait avoir qu'un ennemi, Polignac; qu'une bannière, la charte ; qu'un champ de bataille, la Chambre; qu'un prix digne de sa victoire, un ministère Périer.

. Tel était le cadre étroit et misérabls dans lequel on voulait renfermer les destinées de la patrie. L'aveuglement était si général qu'il devenait aussi difficile de s'en défendre que d'échapper à l'épidémie la plus contagieuse. Il semblait bien plus difficile encore de faire écouter d'autres idées, de [faire entrevoir un autre but. Ce fut dans ces circonstances que parut l'article suivant.

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