‹ La révolution de 1830 et le véritable Parti républicainChapitre 32 sur 131 · DES VÉRITABLES DANGERS I>F LA PATRIE · texte numérisé non relu

DES VÉRITABLES DANGERS I>F LA PATRIE

« Une inquiétude profonde, agite tous les esprits, a "Est-elle fondée ? Oui. Mais ce n'est point parce « que M, de Polignac occupe l'hôtel de la rue des

(3) « Capucines. Les principes qu'il professe ont tou- « jours été ceux de la cour. La fièvre contre-révo- « lutionnaire est continue : on peut tout au plus « regarder ce que nous voyons comme le symp- « tome d'un paroxisnie; et c'est dans les jours de « crise que se guérissent les maladies. Dès l'ap- « parition du ministère du 8 août, la Tribune dé- « clara qu'elle préférait ce ministère à celui de « M. de Martignac. Nous persistons dans cette pré» « férence, et la raison en est bien simple. Si l'on « veut m'enchaîner, j'aime mieux l'homme qui « me criera : Tendez vos mains aux fers, que celui « qui viendra doucereusement me dire : Prenez, « prenez; ce ne sont pas des menottes; c'est un « nouvel instrument dû aux progrès de la civilicc sation ; vos mouvemens n'en seront que plus « libres. Sî l'on doit me ravir mes droits , j'aime « mieux qu'on me les arrache de force que si l'on « m'oblige à paraître les céder. Enfin, cela peut « sembler fort bizarre, mais j'aimerais mieux les « taxes par ordonnances que les milliards par « députés : il n'y a point contre ceux-ci cFassocia- « tion bretonne.

«Le véritable danger est dans les idées fausses « qu'on a répandues parmi nous, dans la direction vi- <* rieuse qu'on a donnée aux efforts et à l'attention « du peuple. Au moment où la France avait à subir «les humiliantes douleurs que la défaite traîne

« toujours à sa suite, on lui a dit, de toutes parts, « qu'elle commençait une ère nouvelle de gloire et « de félicité. Quelques hommes lui ont promis, au « nom de la Charte , autant de bonheur que d'au- « très lui en présageaient au nom de la légitimité. « On lui criait de la Droite : « Que les ministères «nous soient confiés, et nous ramènerons l'âge « d'or. » On répondait de la Gauche : « Le Paradis « terrestre est devant vous ; procurez-nous des « Portefeuilles, et nous vous en ouvrirons la porte. » «Et les deux chœurs confondaient leurs voix, et « répétaient à l'envi : « Amis de l'ancien régime , «amis de la liberté, abjurez vos vieilles doctri- «nes; il ne s'agit que d'avoir un bon ministère. » «Et les compagnies en concurrence pour l'exploi- «tation du budget, secondées par les affidés qui «devaient prendre part aux bénéfices, faisaient «si grand bruit, parlaient si haut, imprimaient « tant et si bien, que la nation finit par les croire , «et ne songea plus qu'à leurs rivalités. Et cepen- « dant les Portefeuilles sont passés de la Droite au « Centre gauche, du Centre gauche à la Droite, et « nous n'avons vu ni âge d'or ni paradis terrestre.

«Bien loin de là, la France, réduite à ses an- « ciennes limites, paie, en pleine paix, près du «double des subsides qui lui suffisaient, il y a «trente ans, lorsque, agrandie d'un tiers par la «victoire, elle luttait encore contre tous les rois

de l'Europe (i); et son budget s'accroît chaque année. Ses ministres ont épuisé , pour nous servir des expressions si heureuses d'un écrivain philosophe, tous les remèdes héroïques employés par les gouvememens pour purger les sujets de leurs richesses surabondantes ; ils ont abusé de ce crédit qui, suivant l'expression non moins énergique de Turgot, soutient l'Etat comme la corde soutient le pendu. Le peuple , qui sentait que , fût-il créé et mis au monde uniquement pour payer l'impôt, il devait, afin de le payer long-temps, gagner, outre le principal et les centimes additionnels, quelques centimes encore pour pourvoir à sa subsistance, s'est lancé dans toutes les carrières de l'industrie : encouragé par les déclamations et les faux calculs des optimistes, il a essayé de toutes les entreprises. Ce mouvement des hommes et des capitaux a fait un moment illusion ; mais tout se termine par la misère. Tandis que tous nos moyens de richesse, agriculture, commerce, industrie, s'affaiblissent graduellement, la philosophie, la littérature et les arts, sources de notre gloire, se corrompent chaque jour par l'impur mélange que s'efforce d'y introduire un servile engouement pour l'étranger, et nos doctrines

(r) Le budget s'élevait, en l'an VII et en l'an VIII, à 600 millions ; en l'an IX , à 545 ; en l'an X, à 5oo.

(6' «politiques, dernier instrument de salut, s'altèrent sous la même influence.

« La nation commenceà ouvrir les yeux; mais elle « conserve encore des illusions : il lui est difficile « de rompre le réseau dont on a mis quinze ans à « l'envelopper. A côté du monopole du tabac et «des jeux publics, il s'est élevé un monopole de « popularité et d'illustration. Les habitans les plus «éclairés des provinces ont été, pour ainsi dire, « réduits au rôle de ces Alliés de Rome qui de- « vaient obéir aux délibérations des Citoyens, mais « n'avaient point de vote à jeter dans l'urne d'où « sortaientleurs destinées. AParismême,lapremière « condition pour être désigné à l'estime publique «a été d'abjurer sa propre estime en se mettant « aveuglément à la suite d'un grand seigneur ou «d'un de ces individus qu'on a si grotesquement «affublés du nom barbare de notabilités ban- « (juièrcs. Les hommes même dont la renommée «avait eu le plus d'éclat avant l'invasion, ont été « mis sous l'éteignoir, uniquement parce qu'ils « étaient restés fidèles à la patrie. Des valets racol- « leurs de valets sont devenus, par leur haut pa- « tronage , les arbitres des réputations , et par « conséquent des services que le courage et le « talent ne peuvent rendre à la patrie qu'alors < qu'ils en sont connus. Tout s'est fait par des '•coteries, et les coteries, quelles qu'elles soient,

«ne tardent pas a devenir des congrégations.

« En de telles circonstances , quelle est la tâche «d'un journal véritablement patriotique? Ne «s'occupera-t-il, comme tant d'autres , qu'à com- « battre des ministres? Non; ce serait le moyen «d'avoir toujours de mauvais ministres à com- « battre.

«Il est temps enfin de nous dire que les minis- « très rogneront toujours des droits du peuple « tout ce que le peuple leur permettra d'en rogner, « et que , par conséquent , c'est sur le peuple qu'il « faut agir, c'est le peuple qu'il faut éclairer , qu'il «faut préserver des mystifications qu'on lui pré- « pare encore. Notre premier devoir envers lui est « de lui dire , sur les hommes et sur les choses, la « vérité que lui cachent les coteries; de lui rappe- « 1er les véritables doctrines de la liberté, qu'on ne « se fait aucun scrupule de travestir selon le besoin «de l'amour-propre et de l'intérêt personnel; de « lui faire connaître les vues des citoyens qui , sur « les divers points de la France, ne s'occupent de la «chose publique que dans l'intérêt public, et qui «formeront, dans la Tribune , une sorte d'alliance «contre toutes les congrégations, seul moyen « d'empêcher enfin les hommes d'honneur et de « caractère d'être toujours vaincus quoique pos- « sédant tout ce qu'il faut pour la victoire. »

Dans le nombre de ces mvstifi cation s contre

lesquelles il était urgent de prévenir le public , figuraient ces prétendus progrès que l'opinion nationale devait, disait-on, à la monarchie constitutionnelle octroyée par Louis XVIII. Dans le même numéro du 27 se trouvaient deux petites notes destinées à combattre une idée si évidemment fausse et pourtant si répandue.

1789 et 1830.

« On nous assure que quelques bonnes gens ont « dit au sujet de la Tribune : Mon Dieu ! pourquoi «rappeler sans cesse les principes de 89, le mou- « vement de 89 ! C'est rester bien en arrière. Il y a « quarante ans de 89 à 1829, et pendant quarante « ans le genre humain en marche s'est porté bien en « avant. Oui , on a marché en avant même après 89 ; « mais ensuite un homme est venu, il a crié : En « arrière , marche! et l'on a obéi au commande- « ment; mais, après cet homme, sont venues deux «invasions, et ce n'est pas en avant marche que « les vainqueurs ont l'habitude de commander aux «vaincus. Pour juger si nous sommes en avant ou « en arrière de la ligne de 89 , il faut tâcher de la « reconnaître. Cela ne sera pas difficile ; elle est «tracée par des jalons assez remarquables: i° le « pouvoir législatif établi dans une seule Chambre; « 20 le veto du roi purement suspensif; Z° la sup-

« pression de la noblesse héréditaire, des titres , « des ordres , des armoiries et de toute espèce de «distinctions. Nous pourrions indiquer encore «bien d'autres jalons; mais ceux-ci doivent suf- « fire. La France est-elle en avant ou en arrière de a cette ligne ? Et remarquez que nous n'examinons « point s'il n'est pas plus sage de se tenir en ar- « rière ; nous posons seulement une question de « fait. »

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