CALOMNIES DES COURTISANS CONTRE LES PATRIOTES
« La Chambre des députés a cru convenable de «s'autoriser elle-même à disposer de la France; «elle a repoussé l'appel au peuple, ou à des re- « présentans nommés ad hoc. Au lieu d'une con- « stitution , nous avons une seconde édition de la « Charte. On connaît notre opinion à ce sujet. Ce « n'est pas le moment d'y revenir. Mais on nous « apprend que hier une foule d'excellens citoyens « qui se sont distingués au premier rang dans les «glorieuses journées du mois dernier, ont été «insultés, menacés, maltraités dans les rues et sur «les places publiques, parce qu'ils exprimaient le «désir que le vœu national fût considté. Cela est «déjà fort grave; voici qui l'est mille fois plus « encore. Ces vainqueurs des Suisses ont été traités « d'agens de l'étranger, ces promoteurs de l'insur- « rection contre Charles X ont été traités de par- « tisans du duc de Bordeaux. Sur tous les points «les mêmes calomnies leur ont été adressées.
«On ne peut douter qu'elles ne fussent un mot « d'ordre.
«Certainement ni le prince qu'on appelle au «trône, ni la majorité de la Chambre des dépu- «tés, ni la majorité des ministres n'ont ordonné « rien de pareil. Mais il est des hommes qui por- « tent au patriotisme une haine d'autant plus ar- « dente, qu'ils ont feint long-temps d'aimer la pa- «trie, des hommes qui ne s'étant pas trouvés en «position d'être les ultras de Charles X, veulent «se montrer les ultras de Philippe VII, et qui « méconnaissent assez ce prince pour s'imaginer «que tout attentat contre la liberté sera dans «leurs mains un effet sur le nouveau trésor royal.
«Vendez notre liberté, vendez notre sang, c'est «votre métier, messieurs; opprimez, dénoncez, « mais ne calomniez pas. Au lieu de fournir quel- «ques secours à nos blessés, aux veuves de nos « morts , payez des bandits pour assommer les « frères de ces héros ; mais ne dites pas que les « amis de la liberté sont les agens de l'étranger ; «ne donnez pas un pareil mot d'ordre à vos si- « caires : cela surpasserait en infamie et en impru- « dence tout ce qu'à pu tenter le gouvernement « déchu.
«Vous devriez, ce me semble, un peu plus de « ménagement à ceux qui, en renversant une cour « où toutes les places étaient prises , vous ont per-
( 173 ) « mis d'en élever une où toutes les places sont «à prendre. Successeurs des émigrés, élancez- « vous comme eux à la curée de la France, dévo- « rez le milliard; mais n'outragez pas ceux qui n'ont « voulu pour eux que les périls. Ah! si le 29 juillet « nous avions établi une liberté définitive au lieu « d'une liberté provisoire ; si nous nous étions ré- « serve le droit de distribuer les ministères, les «préfectures, les grades , vous seriez aujourd'hui «des patriotes forcenés, vous viendriez nous fa- « tiguer de plans d'assassinat contre les royalistes « sans défense. Tout homme qui parlerait du main- « tien de l'ordre serait un agent de guerre civile , « comme nous le sommes aujourd'hui.
«Nous, agens de guerre civile! nous qui, maî- « très de tout faire , en avons appelé à la décision «de la majorité des Français, nous à qui quel- « ques-uns des misérables qui propagent une pa- «reille pensée doivent la vie, quoiqu'ils eussent « mérité la mort ! Ah ! Messieurs, ne jugez pas du «cœur d'un honnête homme par le vôtre, cela « vous entraînerait à de trop lourdes bévues. Sa- « vez-vous ce qui arriverait si certains de ceux que « vous outragez ainsi pensaient un seul moment « que vos reproches peuvent les atteindre ?
«Heureusement pour vous, ils ont trop bien «fait leurs preuves. Des hommes qui, depuis «vingt-six ans, ont refusé toute espèce de places,
«parce que, depuis vingt-six ans, il n'y a plus en « France de liberté ; des hommes qui , depuis six « mois, préparaient , avec l'élite des grandes écoles, « une insurrection pour la liberté ; ces intrépides «jeunes gens qu'on a vus partout les premiers au « feu ; ces braves ouvriers qui ont attaqué presque sans armes les janissaires de la dernière cour, savent bien qu'on ne les prendra ni pour des agens de l'étranger ni pour des promoteurs de la guerre civile. L'absurdité de votre accusation en protège l'infamie : vous pouvez dormir en paix.
«Si nous voulions user de représailles, nous vous dirions que c'est vous qui, en exaspérant la partie la plus honorable et la plus énergique de la nation , provoquez la guerre civile ; que c'est vous qui , en dégoûtant de la chose publique tous ceux qui auraient donné des volontaires à la patrie, travaillez pour l'étranger. Mais l'indignation ne nous rendra pas injustes. Ce n'est ni la guerre civile ni l'invasion étrangère que vous voulez. Vous ne voulez que de l'argent , ou ce que vous appelez des honneurs. Eh bien ! aucun patriote ne vous dispute ni les honneurs ni les salaires. Chamarrez-vous, enrichissez-vous; mais ne calomniez pas. »
12 Août 1830.
NÉCESSITÉ DE NOUVELLES ÉLECTIONS. — MANIÈRE d'y PROCÉDER.
« Une nouvelle royauté commence ; le trône des «Bourbons, trois fois renversé par la volonté «nationale, se relève une troisième fois. Aujour- « d'hui, du moins, ce n'est pas en s'appuyant sur les «baïonnettes étrangères. Nous avons reconquis « notre indépendance; aurons-nous acquis un peu «de liberté? Quelques personnes l'espèrent. Je «ne parle pas de ces hommes qui, maintenant « comme en 1 8 1 4 et en 1 8 1 5 , remplissent les anti- « chambres de leurs exclamations, les places pu- «bliques de leurs vivat l et tous les murs de la «capitale de leurs adulations imprimées. Ces «honnêtes gens feraient de même pour le dey «d'Alger ou pour un nouveau Robespierre, s'il « plaisait à une Chambre de donner la couronne « au premier , ou à une Convention d'appeler le «second au comité de salut public. Mendians et «valets par nature, ils demandent l'aumùne à tout « venant , ils recherchent toutes les conditions ; et «le nouveau roi lui-même ne peut s'y laisser « tromper ; il a trop vu ce que c'c6t qu'une révo-
u lution pour faire le moindre fonds sur ces louan- « ges serviles, sur cette allégresse à gros intérêts. « Mais des hommes sages, et à la sincérité desquels «on peut croire, puisqu'ils ne demandent rien, « attendent beaucoup de l'éducation du prince, de « son caractère , et de la leçon que le peuple vient «de donner aux janissaires et aux courtisans.
c< !Nous crovons , par exemple , que nous n'avons a plus à craindre l'influence anti-religieuse de cera tains ministres de la religion sur le chef de l'é-
• tat. C'est là le point le plus incontestablement i< gagné. Quant aux courtisans , voyez comme
■ ils profitent de la leçon ! Le sang de la garde « royale n'est pas encore effacé de toutes les « rues de Paris , et déjà ils bravent le vœu natio- « nal , ils interdisent à la nation l'examen de la « constitution qui doit la régir , ils disposent de la « France comme de leur patrimoine.
« Dans la hâte de leur servilité , ils choquent le c< plus simple bon sens jusqu'à se faire un titre .
• pour remplacer Charles X, de la Charte qui établissait ses droits; dans leur aveugle mépris pour «les citoyens, ils préfèrent fonder le pouvoir ^nouveau sur un acte émané de l'invasion, it lui « donner pour base la souveraineté nationale. On « leur parle des droits du peuple , et ils sourient a aussi insolemment et plus sottement que
■ M. de Peyronnet ; car le fondement du pouvoir
( 177 ) « de son maître était, clans sa bouche, la légitimité, «clans sa pensée, la Sainte-Alliance : mais eux, ils « seraient bien embarrassés de nous dire où peut « être le fondement du pouvoir de leur maître , «du moment où ils récusent l'assentiment de la « nation.
« Nous persistons à penser que cette précipita- « tion a été une grande faute , qu'on s'est au moins « beaucoup trop hâté de faire retentir de nouveau « dans Paris le même cri que poussait la garde « royale en mitraillant les citoyens. Lorsque le « peuple va voir rétablir tous les insignes de la « royauté qu'il vient de détruire , lorsqu'il enten- « dra parler de séances royales et de nouvelles de «la cour, ne doit-on pas craindre qu'il ne pense «que tout son ouvrage est renversé, que tout «rentre dans l'ancien ordre; ne doit -on pas « craindre que chaque citoyen qui a perdu un « parent ou un ami dans les combats contre la « royauté, ne dise, rappelant un mot de Sahuguet «à Bonaparte : «Oui, tout est comme il y a un « mois , excepté des milliers de Français morts «pour la liberté, et qu'on ne peut faire revivre. »
«Ces plaintes seraient injustes, dira-t-on. Je «veux le croire; mais pourquoi y donner sujet, « ou, si l'on veut, prétexte? Pourquoi ne pas faire « sentir au peuple, et par cette expression je n'en- « tends pas seulement la classe des ouvriers qui
«s'est si vaillamment et si noblement conduite, «j'entends la masse de la population; pourquoi, « dis-je, ne pas faire sentir au peuple que son sang « n'est pas stérile ? Pourquoi ne pas l'affranchir de « cet ilotisme politique qui ne lui permet d'inter- « venir dans le gouvernement que par des coups « de fusil ?
«Les députés eussent-ils reçu un mandat d'as- « semblée constituante , par cela seul que leur « mandat n'était émané que d'une aristocratie « électorale , ils auraient dû le résigner après la « victoire du peuple. La reconnaissance , la jus- «tice, l'intérêt du prince qu'ils ont choisi, leur « propre intérêt, leur en auraient fait également un « devoir. Us ont craint peut-être de n'être pas ré- « élus et de perdre l'heureuse et profitable occau sion de faire un roi. Us se sont trompés. S'ils eus- « sent reconnu que leur mandat était périmé , s'ils « eussent seulement appelé la nation à élire des «mandataires chargés de ses pleins pouvoirs, un « grand nombre d'entre eux auraient été nommés « de nouveau. S'ils ont pensé que les collègues qui «leur seraient adjoints formeraient une majorité «contraire à leurs projets, alors ils ont commis « un crime en proclamant ce qu'ils croyaient op- « posé au vœu national.
« Rien ne leur était si aisé que de régler de noua velles élections sans aucune usurpation de pou-
( 179 ) « voir. Ils n'avaient qu'à adopter les bases posées « dans l'une des constitutions librement et authen- «tiquement sanctionnées par le peuple français, « comme , par exemple, la constitution de l'an 1 1 1 «ou celle de 1791. Alors, la nation aurait dit : Je «puis mettre la main à mes affaires, on ne les «mènera plus si mal : à l'avenir je n'aurai besoin « de fusils que contre l'étranger.
«Il faudra qu'on y vienne; il le faudra surtout « dans l'intérêt de la royauté. Pourquoi la monar- «chie mitigée ne peut-elle, selon Montesquieu, «durer long-temps? pourquoi est-elle obligée né- « cessairement, selon ce grand publiciste, de se « changer en république ou de dégénérer en des- « potisme ? Le voici. Les rois, excités par leurs cour- « tisans tendent sans cesse à accroître leur pou- « voir. Les nations inquiètes s'agitent. Les craintes « que ces agitations inspirent aux rois les entraî- « ncnt à tenter, pour se soutenir, de nouveaux « empiétemens. De là, inquiétudes et agitations «plus fortes, amenant des empiétemens plus « forts. On finit par en venir à des ordonnances du « a5 juillet. S'il n'y a pour s'y opposer que des 221 , «le despotisme s'établit; s'il se trouve de géné- « reux étudians , des écrivains patriotes et des ou- « vriers héroïques , le trône s'écroule et le despote « s'enfuit.
«En supposant que le gouvernement monar-
« chique-représentatif, lorsqu'il n'a point pour «base, comme en Angleterre, une aristocratie ance cienne et oppressive , ne soit pas une utopie im- « possible à réaliser, ainsi que l'expérience de tous «les peuples semble le prouver encore, le seul « moyen de l'établir sur des bases durables , est « d'empêcher cette action et cette réaction de « craintes réciproques , en donnant à la nation «des garanties telles, que, n'étant plus inquiète, a elle n'inquiète plus. Alors peut-être les républi- « cains se rangeront-ils franchement du parti de « cette monarchie ; car c'est parmi eux qu'on trouve «des hommes capables de renoncer à leurs espé- «rances, à leur avantage personnel.
«Les garanties du peuple ne peuvent se trouver «que dans une représentation réelle des vœux, « des idées de la majorité de la nation. C'est un «point reconnu. Mais comment arriver à cette représentation réelle?
« Le premier moyen à prendre pour y parvenir , « c'est de songer à ce que c'est qu'un représentant; «car, par une idée nette de ce mot, on sera con- «duit nécessairement à rejeter toutes les condi- « tions d'éligibilité. Demandez si vous voulez des «garanties aux électeurs. Quant à l'élu, il n'est «plus lui-même, il est le procureur fondé des « électeurs, il est revêtu de toutes leurs garanties, « ils vous le donnent pour leur équivalent : vous
( 181 ) « devez le prendre comme tel. Le simple bon sens « démontre cette vérité. Toute condition exigée de «l'élu, est un outrage aux électeurs, un empiéte- « ment sur leurs droits.
«Examinons maintenant à qui il importe de «confier le droit d'élire. On a voulu le baser « uniquement sur la propriété. On a soutenu ce «privilège exclusif sur ce que la société a elle- « même pour base la propriété. C'est, dit-on, le « propriétaire seul qui a intérêt à la conservation « de l'Etat. Sans chercher si ces raisounemens, un « peu forcés, sont applicables à la politique , je de- « manderai si l'avocat, l'artiste, le médecin, le «militaire, lors même qu'il n'aurait pas de pro- «priété, n'est pas intéressé à une bonne adminis- «tration, et si l'objection qu'il peut partir et « exercer son art hors du royaume tout aussi «bien qu'à l'intérieur, bonne pour un individu, « n'est pas pitoyable appliquée à la masse d'hom- « mes qui exerce une profession et qui certaine- « ment ne s'exilera pas en bloc.
«11 serait donc convenable de laisser aux gran- « des facultés et au corps d'officiers de gardes «nationales, choisis par le peuple, la nomination « d'un certain nombre de députés. Mais ce serait «compliquer la machine; et, en politique sur- «tout, il n'y a de bon que ce qui est simple. Je
« me range donc parmi les partisans des deux de- « grés d'élection. On évite par là le danger de face voriser la démoralisation en donnant tous les «droits à la richesse, puisqu'une imposition très « faible suffira pour être électeur , et on obtient « l'avantage de faire concourir à la composition « d'une assemblée les intérêts des diverses profes- «sions, pourvu qu'on déclare électeur tout France çais majeur qui paiera par lui-même ou par ses « parens l'imposition exigée. Ce dernier point est «de rigueur; car les quatre fils d'un père qui paie « cinq fois la somme demandée, ont autant d'inté- « rêt à la chose publique que celui qui paie une « fois cette somme. Or, l'envie d'interdire tous les « droits politiques à la partie la plus généreuse et «la plus active de la population, est la preuve ou «d'une ineptie étrange ou d'une lâche perfidie. « Toutes les fois qu'un gouvernement vous pro- « met la liberté et repousse les jeunes gens, soyez « sûr qu'il vous trompe.
«Si c'est vrai toujours, ce serait surtout évi- « dent aujourd'hui, après le courage et la sagesse « qu'a montrés la noble jeunesse réunie dans Paris. « Ce ne sont pas des décorations que demandent «les vainqueurs des Suisses, mais la permission « de servir la patrie par leurs votes, comme ils l'ont « servie par leurs armes.
« Ainsi , d'abord , des assemblées primaires où « tous les citoyens actifs soient admis à nommer « des électeurs.
« En second lieu , que tout citoyen qui paiera « par lui-même ou par son père l'imposition exigée « par la Constitution de j 791 puisse être électeur.
« Enfin, que tout citoyen français qui possédera « la confiance des électeurs puisse être député. »
13 Août 1830.
DÉMISSION DE PLUSIEURS DÉPUTÉS. — NÉCESSITÉ QUE LA CHAMBRE PROLONGE LE MOINS POSSIBLE LE MANDAT QU'ELLE S'EST DONNÉ. — SEULS OBJETS DONT ELLE DOIVE S'OCCUPER.
« Si plusieurs députés ont donné leur démission «par attachement pour le roi déchu, d'autres la « donnent par scrupule patriotique. Ils craignent « d'usurper les droits de la nation , et, comme dit «M. de Cormenin , n'ayant pas reçu du peuple un « mandai constituant, ils ne se croient pas le pouvoir «défaire un roi, une Charte, un serment. Ces no- « blés scrupules doivent avertir la majorité de prolonger le moins possible le mandat qu'elle s'est « fait donner par les circonstances.
« On désire généralement qu'elle borne ses traie vaux à trois objets. Le plus important de tous « est une loi provisoire sur les élections qui doivent «amener une véritable assemblée constituante,
( 184 ) « munie de pouvoirs suffisans et donnés avec connaissance de cause. Nous avons indiqué hier les «bases de cette loi qui plairaient le plus à la na- « tion, d'abord parce que ce sont les plus justes, en- « suite parce que ce sont les seules que la nation « sincèrement consultée ait volontairement ad- « mises. Si les mandataires de l'aristocratie électo- « raie créée par l'invasion les trouvent trop favo- « râbles à la liberté , ils peuvent les resserrer sur « quelques points. Ils peuvent, sans trop d'impru- «dence, élever un peu le cens que l'assemblée «constituante jugea suffisant pour être électeur. « Mais ils commettraient une faute peut - être «irréparable s'ils conservaient la moindre con- «dition d'éligibilité, s'ils interdisaient toute in- « fluence parlementaire à tous ceux qui ont eu «assez d'influence insurrectionnelle pour renver- «ser Charles X; et ce qui ne pourrait être quali- « fié par aucune expression , ce serait la seule idée « de maintenir les Collèges électoraux tels que les « ont faits l'invasion et la Chambre déplorable. On «avait voulu retenir en dehors du mouvement «politique la nation presque tout entière; il a «bien fallu qu'elle y rentrât : toutes les voies lé- « gales lui étant fermées, elle a fait irruption les «armes à la main. Elle a tiré les marrons du feu, « et le feu était ardent ; d'autres les croquent, c'est « fort bien ; mais qu'ils lui en laissent au moins
( «8-5 ) « quelques miettes. Après un mois de juillet beauci coup moins beau que le nôtre , après un raouve- « ment presque sans danger, et où le peuple ne « demandait que le rappel d'un ministre , l'assem- « blée nationale donna au peuple une véritable «participation aux affaires publiques : après des «prodiges exécutés par le peuple pour obtenir la «liberté entière, la Chambre des députés oserait- « elle concevoir la pensée de le remettre au même « point où l'invasion l'avait réduit ?
«Le second objet dont les députés des Collèges «de Louis XVIII ont à s'occuper, est la mise en «accusation des ministres. Sans doute, si les au- « teurs des ordonnances du 2 5 juillet étaient en li- «berté, nous ne provoquerions pas leur juge- « ment. Ce ne sont pas eux que, dans ce moment, « la cause nationale peut regarder comme de dan- « gereux ennemis. C'étaient MM. Villèle et Cor- « bières qu'il fallait accuser et faire punir en 1828, « quand leur parti était encore au pouvoir , quand «leur impunité devait amener Poliçnac au con- «seil. Mais plusieurs des derniers ministres sont «arrêtés; on ne peut guère les retenir en prison «jusqu'à ce qu'une nouvelle assemblée soit réunie.
«Enfin, pour assurer les services publics, un «budget doit être voté. La Chambre des circon- « stances devant se presser de céder la place à une «Chambre légale, elle ne peut essayer de faire à
« notre système financier tontes les améliorations «désirables. Mais il est cependant des économies « tellement urgentes , et dont la nécessité a été si «bien discutée déjà, qu'on serait impardonnable « de les négliger. Le peuple souffre : il a besoin « d'être secouru.
« Qu'on n'oublie pas toutefois que c'est surtout « de liberté qu'il est avide , qu'on n'oublie pas que « le 28 et le 9.9 juillet, lorsque des soldats tombaient «sous ses coups, il laissait leur argent dans leur « poche et ne prenait que leurs cartouches. »
15 Août 1830.