‹ La révolution de 1830 et le véritable Parti républicainChapitre 56 sur 131 · IH · texte numérisé non relu

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«députés ont cru entendre la patrie qui leur « criait : Veillez a ce que la chose publique ne souf- « f're aucun dommage , et ils se sont investis de la « dictature. Quelques Français ont trouvé que c'é- « tait le 2.6 juillet, et non le 3i , que c'était contre «Charles X, et non contre le gouvernement pro- « visoire, contre la garde royale, et non contre les «libérateurs de Paris, qu'il aurait fallu invoquer « le caveantconsules, et que si c'était réellement des « dangers de la patrie que nos députés avaient été «frappés , le coup avait fait long feu. Parmi les ci- « toyens les plus recommandables, il en est qui «pensent que ces Français se trompaient, que la « dictature était nécessaire, et le provisoire dange- «reux. A la bonne heure. Mais aujourd'hui il n'y « a plus de provisoire. Le lieutenant-général est roi, «les ministres sont définitivement nommés, tous « les fonctionnaires publics ont prêté ou prêtent «serment, tous les rouages de la machine admi- «nistrative sont en pleine activité. Il semblerait « que le moment est venu où nos dictateurs doi- « vent déposer leur manteau et rentrer dans les « rangs des citoyens.

«Telle, cependant, ne paraît pas être leur vo- «lonté, puisqu'ils vont s'occuper d'un projet de «loi destiné à remplir les vides causés au milieu « d'eux par de nombreuses démissions. Avant l'é- « poque où les représentans nommés d'après cette

« nouvelle loi pourront siéger à la Chambre , la « Chambre aurait pu facilement terminer tous les « travaux d'urgence , et laisser toutes les autres « décisions à une assemblée qui n'eût pas besoin « d'invoquer les circonstances pour se donner un « mandat. La discussion d'une loi électorale pro- « visoire n'aurait pas demandé plus de temps que «l'examen du projet de M. Guizot. Depuis quarante ans, toutes ces questions ont été tellement « débattues , que tout Français instruit a son opi- « nion arrêtée sur les différens modes essayés ou « proposés. D'ailleurs, quelle que fût la forme adoptée, il n'aurait pu en naître de graves inconvé- «niens, puisqu'elle aurait été soumise à la révi- « sion de la nouvelle assemblée. »

16 Août 1830.

l'occasion est favorable pour les partisans du gouvernement monarchique-représentatif. — ce dont le nouveau roi doit le plus se defier, c'est l'influence des deputes. la plupart jouent a son égard le rôle que les émigrés jouaient en 181 4, A l'égard de LOUIS XVIII.

«Jamais les partisans du gouvernement monar- ■ chique-représentatif n'eurent une si belle occa- « sion de confirmer par la pratique leurs subtiles

«théories, qu'aucun exemple n'est encore venu « confirmer; car le gouvernement anglais est suratout aristocratique, et c'est d'ailleurs le plus « oppressif de tous pour Ja masse de la popula- « tion.

«Nous avons un prince qui a fait ses premières «armes sous les drapeaux de la république, qui «a vu un roi mourir sur l'échafaud, un empereur « deux fois déchu , un autre roi chassé dans trois «jours; un prince que ses sentimens, d'accord « avec sa raison , portent , assure-t-on , à profiter «de cette expérience, et que sa famille ne con- «trarie point dans ses louables résolutions.

«Nous avons une population héroïque, mais «peu exigeante, qui ne comprend pas bien les « raisonnemens alambiqués des publicistes métis , « mais qui laisse patiemment expérimenter, et ne « se fâcherait sans doute de nouveau que dans le « cas où l'expérience serait trop douloureuse.

« Nous n'avons point de cour proprement dite. «Le prince avait autour de lui plutôt des ambi- « tieux subalternes , des espèces de Figaros poli- « tiques que des courtisans enrégimentés et in- « struits à former méthodiquement, autour du «trône, une chaîne de postes fermant tout accès « à la vérité. Ces vieux débris de l'ancien régime, «qui ont nui si fort à Charles X, n'entravent point « la marche de Louis-Philippe.

« Mais il existe d'autres débris qui , placés sur « la route de ce prince, pourraient lui faire faire « quelque faux pas. Ce sont, à d'éclatantes excep- « tions près, ces diverses législatures de l'invasion, « habituées à voir le bonheur suprême dans l'exé- « cution de la Charte octroyée , la nation tout en- « tière dans quatre-vingt mille hommes, l'excès du « courage dans une démission, et le jacobinisme «dans le mot patriote. Ce sont ces coteries où l'intri- « gue préparait des réputations à la sottise, du pouce voir à la nullité , des couronnes civiques à « l'égoïsme. Ce sont ces hommes dès long-temps « associés pour fabriquer du faux patriotisme , de « la fausse gloire , et qui se montrent surtout ence nemis du parti de la liberté , parce que dans ce <c parti se trouvent les talens et les nobles carac- « tères qu'ils ont mis sous l'éteignoir, et qu'ils ce craignent de n'y pouvoir plus retenir.

ce Voilà les vrais ennemis du nouveau roi; voilà ce ses émigrés et ses congréganistes. C'est là, s'il <e n'y prend garde , qu'il pourra trouver , d'abord ce ses Villèle, et ensuite ses Polignac.

« Le rôle de ces hommes devrait être fini. Ils ce ont adhéré de toutes leurs forces au goûverc nement de l'invasion, à l'acte honteux dont ce l'octroiement fut protégé contre l'indignation ce publique par cinq cent mille baïonnettes c< étrangères. Ce qu'ils appellent leurs luttes pour

« la liberté n'étaient que des querelles de valets « qui voulaient se supplanter entre eux. Ils ne « pourraient plus soutenir une opinion favorable « et agréable au peuple , sans démentir leurs doc- « trines de quinze ans ; ils ne sauraient rien este pérer qu'en perpétuant le système de l'invasion , «comme les émigrés ne pouvaient être quelque «chose qu'en réveillant les idées de Coblentz. «Aussi voyez comme ils se cramponnent à cette «Charte qui fit hausser les épaules, même à l'au- « tocrate de toutes les Russies , et dont l'accepta - « tion tacite fit dire à ce despote que les Français, « le premier de tous les peuples sur le champ de « bataille, étaient le dernier dans le conseil. Voyez «avec quelle obstination, au lieu de refaire, ils « s'efforcent de continuer , et de renouer la chaîne «des temps , comme on disait au retour d'Artwel. « Ils voudraient pouvoir effacer du calendrier les «trois grandes journées de juillet i83o, comme « les émigrés tenaient pour non-avenues les douze a années de la république et les dix années de « l'empire; et, il faut en convenir , ils ont quelce ques raisons pour cela; car leur aristocratie n'a « guère plus brillé dans nos rues sanglantes que « l'aristocratie féodale dans les champs de Jem- « mapes , d'Arcole ou de la Moscova.

« Leur conduite à l'égard du nouveau roi est ab-

«solument la même que celle des émigrés auprès « de Louis XVIII , en 1814. Louis XY1I1 avait Je « bon sens de ne pas répugner à prendre la co- « carde tricolore; il répondait à ces féaux-conseillers «qu'il l'avait portée autrefois, et qu'elle ne lui « avait jamais donné mal de tête. Ils firent tant « qu'il la proscrivit , et laissa au 1 er mars 1 8 1 5 et «au 28 juillet i83o un signe de ralliement si « dangereux pour lui et pour sa famille. Derniè- « rement, le citoyen des deux mondes avait fait « inscrire sur les drapeaux de la garde parisienne : «Liberté, Egalité, Ordre public. Le lendemain, « légalité avait disparu. Certainement ce n'est pas « le soldat de Jemmapes qui a voulu qu'on effa- « çàt ce mot; il ne postule point une place à « la Chambre des pairs ou un titre de marquis; il « n'aura fait que céder à ses émigrés tricolores.

«En i8i#4? l'émigration poussait les hauts cris « contre ce simulacre de représentation nationale «que la Charte nous permettait; en i83o, les « coteries s'insurgent toutes contre l'idée d'r.ne « véritable représentation nationale.

«Sur ce point, Louis X.VI1I résista, et il est « mort sur le trône. Croyons que Louis-Philippe « saura résister aussi. Les coteries veulent main- « tenir la chambre qu'elles ont formée. Les déu pûtes se croient le privilège de représenter la

( 193 ) «France pendant cinq ans, c'est-à-dire de faire « que, pendant cinq ans encore, il n'y ait en France « que quatre-vingt mille citoyens.

« Ils parlent de l'intérêt de la royauté, comme «l'émigration en parlait en 1814, comme Police gnac en parlait en i83o. L'intérêt de la royauté « est surtout de ne pas associer sa cause à une « cause décidément perdue dans l'opinion. Exa- « minez la fin de toutes les dynasties, vous verrez « toujours des hommes ou des réunions d'hom- « mes réprouvés par le peuple, se glisser en ram- « pant jusqu'aux pieds du prince, l'entourer sous « prétexte de lui faire un rempart de leurs corps , «s'attacher à lui, et bientôt, saisis par la main «du peuple , tomber, et entraîner le prince dans « leur chute.

«Tant qu'une opinion n'est pas généralement «adoptée, on peut espérer de la vaincre. Ainsi, « sur la question entre la république et la monar- « chie , il y a divergence. Il n'y en a aucune sur la «nécessité d'une assemblée choisie, non plus par «80 mille privilégiés, mais par le peuple fran- «çais, non plus pour concourir avec Charles X, « mais pour concourir avec le nouveau gouver- «nement. Il n'y a également aucune divergence « sur la question de l'aristocratie.

«Aussi, je ne crains point de le dire, qui que « ce soit qui ait donné, et je l'ignore complètement,

« l'avis d'effacer sur nos drapeaux le mot égalité, « le roi ferait sagement de lui interdire à toujours «l'entrée du conseil; aussi, quelques prétextes « qu'on puisse mettre en avant pour soutenir la « Chambre actuelle , le roi ferait sagement de l'en- « gager à se retirer, et, si elle résistait, de se ren- « dre l'exécuteur de la volonté nationale , en pro- « clamant la dissolution.

« Si l'on croit utile de ne pas laisser la salle des « séances vide , qu'on tienne les anciens députés w en session jusqu'à l'arrivée des nouveaux repré- « sentans. Alors la Chambre verra clairement « quelle ne peut faire que du provisoire , et son « zèle pour constituer ne sera plus dangereux.;»

§ VI. Du 19 Août au 16 Septembre i83o.

Fautes de l'administration. — Audace rendue aux légitimistes par la conduite du'ministère. Comment ils travestissent les sentimens du peuple dans les Trois-Jours. - — Nouveau conseil-d'État. La congrégation doctrinaire remplace la congrégation jésuitique. — Changement dans l'opinion des provinces. — Insurrection de Bruxelles. Effet de cette nouvelle à Paris. — Projet d'une proclamation royale à l'effet de rétablir provisoirement les lois électorales de 1791. — Rassemblemens des ouvriers imprimeurs. — Nécessité des élections à deux degrés.

19 Août 1830.

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