NÉCESSITÉ DES ÉLECTIONS A DEUX DEGRÉS
« Ils ont bâti sur le sable , et leur édifice s'est «écroulé, et ils ont été ensevelis sous ses ruines. « Vous venez, à la même place, reconstruire , avec «les débris encore sanglans, le même édifice; et, « comme eux , c'est sur le sable que vous voulez « bâtir. Et si quelqu'un vous dit : N'imitez pas leur «imprudence, creusez dans le sol pour asseoir vos «fondemens, ne les posez que sur le roc, cet « homme est à vos yeux un brouillon , un rêveur. — «A quels fous parlez-vous là? me dit un de nos «hommes politiques , une de nos capacités administratives.— À vous, monsieur, et à tous vos cama- « rades ; à vous tous, grands hommes d'état formés à « l'école des abbés de Montesquiou et des abbés de «Talleyrand; à vous tous, qui parlez d'anarchie « comme un habitué des antichambres deCoblentz, «qui dédaignez l'opinion publique, comme si les « douze cent mille baïonnettes de la Sainte- Alliance «étaient là, derrière vous, prêtes à faire justice « des factieux !
« Les élections sont la base du gouvernement
«représentatif; si, comme Louis XVIII, vous ne «les appuyez que sur quatre-vingt, cent, même « cent cinquante mille citoyens, vous bâtissez à la «surface du sol, sans fondemens, et, par consé- « quent , sans solidité. Faites pénétrer vos institu- «tions dans tous les rangs du peuple qui, seul, «peut les défendre; faites qu'il y prenne part « pour qu'il les aime.
« Après la glorieuse révolution par laquelle le « peuple français qu'on avait réduit à la condition « d'ilote , est rentré dans la politique pour sauver «la France, revenir aux lois électorales rendues « sous le gouvernement de l'étranger , ce serait «tenter une véritable contre-révolution.
« Qu'auriez-vous fait avec vos électeurs contre les « troupes de Charles X? La masse de la population «pouvait seule résister. Elle a eu tous les dangers, « tous les honneurs du combat : qu'elle partage les « fruits de la victoire. Il convenait à un gouverne- « ment anti-national de n'avoir qu'un simulacre «d'élections; mais il nous faut maintenant une vé- « ritable représentation nationale. Or, il n'y a de «véritable représentation nationale que là où tous « les citoyens concourent à la nomination des dé- « pûtes. D'un autre coté, il serait presque impos- «sible de faire nommer directement nos repré- « sentans par les assemblées primaires. Il n'y a donc «qu'un parti à prendre, celui de rétablir les deux
( 234 ) «degrés d'élection, prescrits par les lois de 1791. « Nous ne cesserons de le redire , et on finira par « convenir que nous avons raison.
« Mais il serait très fâcheux que l'esprit contreci révolutionnaire auquel on doit déjà tant de faute tes, retardât encore une mesure si importante. Il « est urgent pour la tranquillité intérieure de monte trer au peuple qu'il n'aura pas versé tant de sang « et prodigué tant d'héroïsme uniquement pour « sauver les privilèges de 80 mille Français. Il est « urgent pour la sécurité de nos frontières de faire « voir à l'Europe que la nation tout entière entre « dans le gouvernement nouveau. »
§ VII. Du 17 Septembre au 6 Octobre.
Calomnies répandues contre les patriotes. Leur défense. — Tous les heureux effets que promettait la révolution compromis par quelques intrigans. — Ceux des membres du conseil qui ont des intentions patriotiques se flattent de pouvoir toujours arrêter le mouvement contre-révolutionnaire. Mais ils se trompent; s'ils ne se hâtent pas de déjouer les manœuvres des doctrinaires, ils seront bientôt renvoyés eux-mêmes et disgraciés. — Levée de cent huit mille conscrits. Peu de portée de cette mesure. Quel est le véritable moyen de rendre impossible une troisième invasion. — Position du gouvernement à l'égard de la Chambre. Comment il peut en sortir.
17 Septembre 1830.