‹ La révolution de 1830 et le véritable Parti républicainChapitre 78 sur 131 · LA COTERIE ET I. OPINION · texte numérisé non relu

LA COTERIE ET I. OPINION

«Les orateurs et les journaux de la faction, ou «plutôt de la coterie, car le mot de faction est «trop noble pour être appliqué à dépareilles mi- « aères , s'évertuent à nous prouver que les mou- « vemens de ces jours derniers n'étaient nullement «le symptôme d'un profond mécontentement de «la nation. C'était un petit complot, tantôt car- « liste, tantôt républicain, tantôt bonapartiste, « ad libitum , et qui change de nature suivant le «besoin de la phrase, comme les figures changent « de couleur dans une fantasmagorie. Excepté «quelques prêtres fanatiques, et quelques ma- «niaques altérés de sang ministériel, tout le «monde est content de la marche des affaires, « plus content des ministres , encore plus content « des Chambres. L'école polythecnique en est ra- «vie, l'école de médecine enchantée, l'école de «droit émerveillée, la garde nationale en extase. «Voilà tout à coup l'école polythecnique qui «repousse les remercùnens ; voilà les étudians de «juillet, les jeunes héros des barricades et du «Louvre, qui déclarent que ces remercîmens ne

( «54 ) «peuvent en aucune façon les atteindre; voilà les « étudians signataires de la proclamation qui exce pliquent comment ils ont pu les encourir ; voilà «la garde nationale qui déclare au roi que les « sentimens du peuple sont les siens.

«La coterie qui, déjà triomphante, appelait, « à grands cris , les foudres des réquisitoires et la « hache des bourreaux sur la tète des patriotes et « des royalistes assez honnêtes gens pour ne lui « avoir pas vendu leur conscience, la coterie qui, « après avoir voulu abolir la peine de mort pour « sauver des coupables qu'elle a sauvés sans cela , « s'applaudissait qu'on eût empêché cette abolition «pour avoir le doux plaisir de voir couler le sang « des hommes fidèles à la légitimité ou à la sou- « veraineté nationale , la coterie qui reportait « déjà au pouvoir les chefs de sa doctrine et « changeait tout le ministère , trop patriote à son «avis, se trouve un peu étourdie de cette unani- « mité de réprobation qui se prononce contre elle. «Elle croyait avoir vaincu ou trompé toute la « nation , et n'avoir plus à compter qu'avec les «Cosaques, ce qui n'est jamais embarrassant pour «les ennemis de la France : elle sent que sa vic- «toire s'est en allée en fumée comme le suif de «ses lampions.

«Cependant elle ne se tient point pour battue. «Ne pouvant tromper le peuple, elle cherche à

(65) «tromper le roi. Ces proclamations, ces protestations, ces pétitions n'expriment point la pen- «sée des écoles et de la garde nationale; ce sont « des ministres, des administrateurs qui les dictent, «qui les inspirent. Il faut ôter la préfecture de la «Seine à M. Barrot, la justice à M. Dupont, l'in- «struction publique à M. Mérilhou, peut-être les

«finances à M. Laffitte; il faut ils n'osent pas

«achever; mais du Palais-Royal ils courent au «Palais-Bourbon. Là, on peut tout oser; et là, ils « destituent Lafayette. Il y a trois jours , ils étaient «à ses pieds; dans leur frisson, ils l'imploraient «comme un dieu sauveur; aujourd'hui, ils ne se « souviennent plus de leurs prières,

Semblables à ces vœux dans l'orage formés, Qu'efface un prompt oubli quand les flots sont calmés.

«Cela est un peu fort, mais c'est heureux. Dé- « sonnais devient impossible l'adoption de cette «loi qui détruisait pièce à pièce, à coups d'amen- « démens, notre garde nationale, la seule ins- « titution basée sur les lois de 91 , et la seule aussi « quiait pu réussir. Certainement le roi ne saurait «être assez circonvenu parla coterie pour ne pas « rappeler Lafayette, et Lafayette ne peut repren- « dre son épée de commandement qu'en obtenant « pouf la France les institutions patriotiques qu'elle « demande avec. Ini. >*

26 Décembre 1830.

Page 1