LA COTERIE ET I. OPINION
«Les orateurs et les journaux de la faction, ou «plutôt de la coterie, car le mot de faction est «trop noble pour être appliqué à dépareilles mi- « aères , s'évertuent à nous prouver que les mou- « vemens de ces jours derniers n'étaient nullement «le symptôme d'un profond mécontentement de «la nation. C'était un petit complot, tantôt car- « liste, tantôt républicain, tantôt bonapartiste, « ad libitum , et qui change de nature suivant le «besoin de la phrase, comme les figures changent « de couleur dans une fantasmagorie. Excepté «quelques prêtres fanatiques, et quelques ma- «niaques altérés de sang ministériel, tout le «monde est content de la marche des affaires, « plus content des ministres , encore plus content « des Chambres. L'école polythecnique en est ra- «vie, l'école de médecine enchantée, l'école de «droit émerveillée, la garde nationale en extase. «Voilà tout à coup l'école polythecnique qui «repousse les remercùnens ; voilà les étudians de «juillet, les jeunes héros des barricades et du «Louvre, qui déclarent que ces remercîmens ne
( «54 ) «peuvent en aucune façon les atteindre; voilà les « étudians signataires de la proclamation qui exce pliquent comment ils ont pu les encourir ; voilà «la garde nationale qui déclare au roi que les « sentimens du peuple sont les siens.
«La coterie qui, déjà triomphante, appelait, « à grands cris , les foudres des réquisitoires et la « hache des bourreaux sur la tète des patriotes et « des royalistes assez honnêtes gens pour ne lui « avoir pas vendu leur conscience, la coterie qui, « après avoir voulu abolir la peine de mort pour « sauver des coupables qu'elle a sauvés sans cela , « s'applaudissait qu'on eût empêché cette abolition «pour avoir le doux plaisir de voir couler le sang « des hommes fidèles à la légitimité ou à la sou- « veraineté nationale , la coterie qui reportait « déjà au pouvoir les chefs de sa doctrine et « changeait tout le ministère , trop patriote à son «avis, se trouve un peu étourdie de cette unani- « mité de réprobation qui se prononce contre elle. «Elle croyait avoir vaincu ou trompé toute la « nation , et n'avoir plus à compter qu'avec les «Cosaques, ce qui n'est jamais embarrassant pour «les ennemis de la France : elle sent que sa vic- «toire s'est en allée en fumée comme le suif de «ses lampions.
«Cependant elle ne se tient point pour battue. «Ne pouvant tromper le peuple, elle cherche à
(65) «tromper le roi. Ces proclamations, ces protestations, ces pétitions n'expriment point la pen- «sée des écoles et de la garde nationale; ce sont « des ministres, des administrateurs qui les dictent, «qui les inspirent. Il faut ôter la préfecture de la «Seine à M. Barrot, la justice à M. Dupont, l'in- «struction publique à M. Mérilhou, peut-être les
«finances à M. Laffitte; il faut ils n'osent pas
«achever; mais du Palais-Royal ils courent au «Palais-Bourbon. Là, on peut tout oser; et là, ils « destituent Lafayette. Il y a trois jours , ils étaient «à ses pieds; dans leur frisson, ils l'imploraient «comme un dieu sauveur; aujourd'hui, ils ne se « souviennent plus de leurs prières,
Semblables à ces vœux dans l'orage formés, Qu'efface un prompt oubli quand les flots sont calmés.
«Cela est un peu fort, mais c'est heureux. Dé- « sonnais devient impossible l'adoption de cette «loi qui détruisait pièce à pièce, à coups d'amen- « démens, notre garde nationale, la seule ins- « titution basée sur les lois de 91 , et la seule aussi « quiait pu réussir. Certainement le roi ne saurait «être assez circonvenu parla coterie pour ne pas « rappeler Lafayette, et Lafayette ne peut repren- « dre son épée de commandement qu'en obtenant « pouf la France les institutions patriotiques qu'elle « demande avec. Ini. >*
26 Décembre 1830.