‹ La révolution de 1830 et le véritable Parti républicainChapitre 79 sur 131 · ÉTAT DE PARIS. — BRUITS DE LA SOIRÉE · texte numérisé non relu

ÉTAT DE PARIS. — BRUITS DE LA SOIRÉE

«Notre Chambre est, dit-elle, passionnée pour «l'ordre public; mais il faut convenir que c'est «une passion bien malheureuse. Il y a trois mois, «personne ne songeait plus aux ex-ministres, les «Excellences du moment les avaient remplacés «dans nos affections comme dans le conseil. Voilà «tout à coup la Chambre qui s'apitoie sur les « mitrailleurs de juillet; et e© affichant l'intention «de renverser, pour les sauver, toute notre lé- « gislation criminelle , elle produit les troubles « d'octobre et prépare les troubles de décembre, a Si ces troubles avaient amené sa dissolution, elle «aurait pu se dire comme Georges Dandin : Tu « Vas voulu. Mais point ; l'illustre général Lafayette, «toute la garde nationale, une fraction des écoles «se mettent en mouvement pour garantir la sé- «curité du Palais-Bourbon, l'ordre se rétablit; et «aussitôt, dans ce même Palais-Bourbon, on porte «à la garde nationale et aux écoles le coup le plus « sensible , en destituant le grand citoyen qui seul «avait pu les engager à défendre ceux qu'elles «n'aimaient pas; on demande itne enquête pour

« savoir si on a été sauvé dans toutes les formes « de l'étiquette ; on fait mettre aux arrêts l'école «polytechnique; on renvoie les étudians à leur « code, et les gardes nationaux à leurs patrouilles. «Soudain une agitation, moins vive sans doute «que celle de ces jours derniers, mais à coup- «sûr plus générale, et peut-être plus profonde, « se manifeste de toutes parts. Tous les citoyens « blessés à la fois unissent leurs plaintes. L'appa- « rence de scission que des manœuvres perfides «avaient amenée entre la garde nationale et le « peuple , s'efface de moment en moment. Le «faubourien, rencontrant le chef de bataillon ou «le capitaine qui vient de donner sa démission, « le regarde d'un air étonné et lui dit : Vous n'ai- « mez donc pas bien fort les pairs et les députés ? « — Pas plus que vous. — Pourquoi donc croiser «sur nous la baïonnette? — Vous vouliez piller, «incendier. — Pas plus que vous. — -Cependant

«quelques cris sortis de vos rangs — Lesavez-

« vous entendus? — Non; mais on l'a dit. — Vrai- « ment, ceux qui pompent tout notre argent trou- «vent sans peine des gens qui disent, et même « des gens qui se mettent avec nous pour hurler. «D'ailleurs, supposez quelques bandits dans la «foule; qu'importé! le premier qui se serait mis « à l'oeuvre, nous l'eussions fusillé comme en juillet. « — Que vouliez-vous donc? — Un peu de liberté.

( 68 ) « N'en voulez-vous point ? — Autant que vous ; et « on se serre la main comme sur les barricades de « juillet ; et on sent qu'on n'a qu'un même ennemi, « l'aristocratie ; qu'un même drapeau , l'égalité. « On se demande si l'ami de Washington , qui a a eu assez de condescendance pour ne pas vouloir en devenir l'émule, a déjà quitté l'hôtel de « l'état-major ; on se dit , ce que tout le monde «savait d'avance, que l'état-major en sortira avec « lui. On accueille avec avidité tous" lès bruits sur « les intentions du gouvernement.

Plusieurs partis ont été , dit-on , agités au Pa- « lais-Royal. Les hommes qui ont du sens et de la « prévoyance conseillent vivement de calmer l'ir- « ritation en convoquant une véritable assemblée «nationale. Ils soutiennent que, pour rétablir l'or- «dre d'une manière durable, il faut aller à la « cause du mal , qui ne peut se trouver que dans « une fausse représentation des sentimens et des « idées de la nation. D'autres prétendent qu'en dé- « clarant immédiatement la guerre , on pourra , « comme sous l'empire , faire oublier la liberté « dans le fracas des batailles. Enfin les doctrinaires, «toujours hardis quand ils ne voient pas dans la « rue un attroupement de plus de deux personnes, «veulent qu'on compose un ministère du centre, « livrant toutes les affaires publiques aux enner mis de la presse, de la garde nationale, des éco-

( 69) « les et des ouvriers. La démission de Lafayette « ne saurait les effrayer ; n'ont-ils pas pour eux le « grand Dupin ? Si rien n'est décidé ce soir , la « séance de demain sera intéressante. On annonce « que MM. Laffitte et Montalivet se proposent d'of- « frir leur démission comme MM. Dupont de l'Eure «et Mérilhou, à l'issue de cette séance, si la fac- « tion contre-révolutionnaire y triomphe. Le gé- «néral Fabvier s'est déjà démis, à ce qu'on as- « sure , du commandement de Paris. »

29 Décembre 1830.

L'Italie'était disposée pour une insurrection générale. Des lettres de Marseille et de Lyon annonçaient que cette insurrection venait d'éclater. Un ami qui avait ces lettres m'apporta, en me les communiquant, un petit article que j'insérai. Mais connaissant les fausses données qui , un mois plus tard, firent morceler l'insurrection, je craignis que ce qu'on annonçait comme la régénération de l'Italie ne fût que la source de malheurs inutiles ; et j'ajoutai à l'article les réflexions suivantes :

« La régénération ? peut-être sera-ce la ruine « du plus beau pays de l'Europe ; peut-être les pa-

« triotes italiens vont-ils tomber sous les coups des «cohortes autrichiennes, tandis que le gouverne- « ment français passera son temps à combattre les «proclamations des écoles et les pétitions de la «garde nationale; peut-être au moment où je « parle, les hordes russes inondent-elles de sang les «impuissantes barricades de Varsovie; peut-être « verrons-nous, dans quelques mois, les soldats de «la Sainte-Alliance, gorgés des dépouilles del'Ita- «lie et de la Pologne, se réunir pour ravager la «France, ou pour y mourir, au nombre d'un «million, dans le sang d'un million de Français. « Voilà la perspective heureuse et tranquille que « nous ont faite la prudence et l'habileté des pré- « tendus amis de l'ordre.

« Si dès les premiers jours de notre seconde ré- «volution, les conseils du parti patriote avaient « été suivis, on aurait vu bientôt éclater presqu'en «même temps, aux extrémités de l'Europe, la «révolution belge, la révolution anglaise, la ré- « volution italienne, la révolution polonaise, peut- Hêtre la révolution espagnole, et s'élever, au mi- « lieu de ces peuples affranchis, l'immense Tcutonia « de Sand. Alors toute guerre eût été impossible, « nous n'aurions plus eu d'ennemis. Nous le sa- «vions; nous l'avons dit, et parce que nous de- « mandions, au nom de l'humanité, d'épargner «tout le sang que l'année 1 83 1 verra sans doute

( 71 « répandre , on a dit que nous étions ennemis do «la paix publique, peut-être même que nous ai- « niions la guerre et le sang î

O mentes hominum ! o pectora cceca !

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