SUR LA LETTRE DE LAFAYETTE AUX GARDES NATIONALES
«Lafayette, forcé de s'écarter d'un gouverne- « ment auquel il a sacrifié, en juillet , sa puissance, «les vœux de ses amis et l'attente du monde; La- « fayette , redevenu simple citoyen, a fait entendre «sa noble voix, qui reprend désormais tout son « empire. Sa lettre aux gardes nationales de «France sera l'un des plus beaux documens de « notre histoire. On n'y trouve qu'un seul défaut, « le seul défaut de Lafayette , trop de générosité :
« l'abnégation de soi-même cesse d'être une vertu « chez un homme qui représente le parti de l'hon- « neur et de la raison. Mais il paraît décidé que «Lafayette n'en perdra pas l'habitude. Aucune « ingratitude , aucun mécompte ne l'en corrigera. «Au reste, messieurs les doctrinaires quicompotaient sur les départemens, qui nous les repré- « sentaient comme assez stnpides pour venir mettre «Paris à feu et à sang, afin de venger l'honneur «de MM. Dupin et Guizot; messieurs les doctri- « naires , qui choyaient depuis cinq mois cette « idée si chère d'une guerre civile , n'avaient sans «doute pas calculé l'effet que devait produire, «dans les provinces, la démission du grand ci- « toyen. Il a été cent fois plus marqué qu'à Paris. «Éloignés du foyer des intrigues, les habitans des «départemens peuvent être plus facilement et « surtout plus long-temps trompés. Ils s'obstinaient « à croire aux bonnes intentions de bien des gens « que les Parisiens ont appris à connaître depuis « plusieurs mois ; mais à la nouvelle de la démis- «sion de Lafayette, le voile est tombé de leurs «yeux. Nous avons reçu aujourd'hui dix lettres, « toutes plus énergiques que celle de notre corres- « pondant du Haut-Rhin, toutes si énergiques « qu'il n'y avait pas moyen de les publier.
5 Janvier 1831.