CONTRE LA FRANCE
« Le ministère convient , par l'organe de son ajournai du soir; quV/ est évident que la Russie « est fixée dans ses projets de guerre contre nous et « contre la liberté des peuples, et quelle ri attend, « pour commencer la lutte, que d'avoir écrasé la «Pologne. « Il n'y a plus, dit-il dans un autre «article, 4e salut pour to cause des révoltitipns ,
( 121 ) «que dans un immense déploiement de forces « nationales. »
• «Voilà ce que la Tribune ne cesse de répéter « depuis plus de six mois. Au lieu de profiter de «nos avis, au lieu de pourvoir à la défense com- «mune quand il en était encore temps, les dépositaires du pouvoir et les journaux qui s'en «rendaient les organes, ne se sont pas contentés « de tromper la nation par de ridicules assurances «de paix; ils ont encore désigné à la haine des «traîtres et des niais le journal qui avertissait de «la véritable situation des choses, et faisait des «efforts pour prévenir la ruine générale de la «France, et la ruine particulière des citoyens qui, «réglant leurs affaires sur de fausses données, ne « pouvaient que les diriger d'une manière funeste.
«Peut-être, pour se disculper, les trompeurs «du peuple viendront-ils nous dire que les choses «ont changé, et qu'ils avaient raison il y a six « mois.
« Loin de là ! 11 est arrivé depuis plusieurs évé- « nemens qui pouvaient rendre moins évidente la « certitude de la guerre : tels sont l'insurrection «belge, les troubles de l'Allemagne, le change- « ment du ministère anglais , l'insurrection polo- «naise. Mais ces événemens même ne pouvaient «pas empêcher la nouvelle coalition. Il n'y avait *qu'un moyen de la prévenir: c'était, comme
« nous lavons dit , de suivre en France les conseils « de tout ce qu'il y avait de sagement énergique « dans le parti patriotç ; ce qui eût fait éclater, non c plus partiellement y incomplètement et à de longs a intervalles, mais presque simultanément , et avec «une énergie, un ensemble irrésistible, des insurrections qui nous auraient donné pour alliés « tous les peuples , et auraient forcé Nicolas à se « débattre , au-delà du Niémen , contre les sociétés «secrètes de la Russie, si toutefois il n'était pas «tombé lui-même.
«Mais croire fléchir les rois avec des conces- « sions était une étrange folie. Nous avons répété « vingt fois une pensée si simple qu'elle aurait dû « se présenter d'elle-même à tous les esprits. Ce «n'est pas plus ou moins de liberté donnée aux «peuples qui exaspère le plus les rois, c'est l'at- «teinte portée au principe de la légitimité, ou, « si l'on veut , de l'hérédité. L'empereur d'Autriche «ne quitterait pas avec plus de regret son palais «en le cédant à un consul, ou à un usurpateur «étranger, qu'en le cédant à un archiduc; et ses « frères en royauté ne verraient pas cette révolu- « tion avec moins de peine.
« Napoléon , qui connaissait assez bien les rois , « allait même plus loin que nous. Il croyait que, « dans ce dernier cas, leur colère devait être plus « violente. On lit, en effet, lans le Mémorial de
« Sainte-Hélène , décembre i8i5, que la con verce sation étant tombée sur la possibilité pour le « duc d'Orléans d'arriver au trône , Napoléon « prouva qu'à moins que le duc d'Orléans n'y « arrivât par son droit de succession , il était dans « l'intérêt bien entendu de tous les souverains de « l'Europe de le préférer , lui Napoléon , au duc « d'Orléans, Car, ajouta-t-il , que prétend aujour- « d'hui la doctrine des rois contre les événemens « du jour ? Empêcher le renouvellement de l'exem- « pie que j'ai fourni , contre ce qu'ils appellent la «légitimité? Or, l'exemple que j'ai fourni ne se « renouvelle pas dans des siècles. Celui que don* «nerait le duc d'Orléans proche parent du mo- « narque sur le trône, peut, se renouveler chaque « jour, à chaque instant , dans chaque pays. Il n'y a « pas de souverain qui n'ait à quelques pas de lui , « dans son propre palais , des cousins, des neveux, «des frères, quelques parens propres à imiter « facilement celui qui une fois les aurait remplace ces. » Ces réflexions , où il y a du vrai , auraient « du engager les ministres de Louis-Philippe à ne « pas perdre un instant pour se mettre en mesure « de résister à la sainte-alliance , ou au moins à « ne pas traiter d'exagérations séditieuses nos re« « marques, trop modérées peut-être, sur le danger « de la patrie. Elles devraient les porter à ne pas «laisser M* Persil nous poursuivre, perce que
«nous avons accueilli les plaintes du général « Damas, qu'on empêche de donner à la France « vingt mille défenseurs de plus. »
1 er Mars 1831.
DU DÉSARMEMENT DES RÉFUGIÉS PIÉMONTAlS.
« C'est un point arrêté : il faut en subir la honte, « il faudra bientôt en subir les sanglantes et peut- «etre irréparables conséquences* Tous les peu- « pies voisins ne demandaient qu'à devenir nos «alliés; nous les repoussons , nous les désarmons, «nous voulons rester seuls contre l'Europe, nous « voulons que le premier coup de canon se tire « sur le sol de l'ancienne France.
« Les rois épouvantés de la sympathie que leurs « sujets manifestaient pour nous , ont dit à notre « cabinet : « Si vous favorisez le moins du monde « l'insurrection de nos esclaves , nous vous atta- « quons à l'instant ; dans le cas contraire , malgré «votre équipée de mauvais exemple, nous se- «rons amis,» et notre cabinet a donné dans le «piège, et six mois d'armemens extraordinaires « chez toutes les puissances n'ont pu encore l'é- « clairer. L'homme le moins versé dans les opéra* « tions militaires sentait quelle immense différence
« il y aurait à commencer la guerre dans le nord, « en ayant pour nous les places fortes de la Belgi- « que, ou en les ayant contre nous, et notre mi- « nistère a travaillé contre M. de Potter pour le «prince d'Orange. Au sud-ouest, on pouvait ôter « tout espoir aux légitimistes en favorisant une « insurrection au-delà des Pyrénées : notre minis- « tère a fait désarmer, arrêter, interneriez patriotes « espagnols, et la légion d'Henri Y se forme paisi- « blement en Navarre , où elle attend le héros du « Trocadéro. Au sud-est il est aisé de savoir quelle « sera l'audace des carlistes de Provence quand la «guerre commencera sur la ligne du Var; on au- « rait pu facilement , il y a quelques mois, la faire « commencer sur l'Adige ; on pouvait encore es- « pérer de l'y reporter aujourd'hui , et notre mi- « nistère fait disperser, désarmer, poursuivre les «patriotes piémontais et les Français qui leur «prêtaient secours. Voici ce que nous lisons dans « le Messager de ce soir :
lyoic, a6 février. — Plusieurs centaines d'individus avaient été enrôlés ici pour opérer un mouvement en Savoie. Trompant la vigilance des autorités, ils étaient parvenus à sortir de la ville , se dirigeant sur Meximieux. Le rassemblement ne comptait que quatre ou cinq hommes en habits de gardes nationaux , et huit ou dix mauvais fu-
$ils au plus. Un détachement de gendarmerie et de troupes de ligne s'est mis à sa poursuite , et le rassemblement s'est totalement dispersé à Meximieux ; une grande partie des ouvriers qui le composaient est déjà rentrée à Lyon. Le commandant en second, M. Mollard-Lefèvre , a été arrêté. Le commandant en chef de l'entreprise , le général Régis, avait quitté Lyon depuis plusieurs jours.
La proclamation suivante vient d'être publiée tt affichée.
Habitans de Lyon ,
Quelques tentatives d'enrôlemens ont été faites parmi vous. Des hommes que. vous avez accueil- Us dans leurs malheurs, qui ont trouvé chez vous un asile que la patrie leur refusait , ont abusé du droit d'hospitalité , en entraînant quelques-uns d'entre vous dans des démarches qui auraient pour but de mettre la France en état de guerre avec ses voisins , et peut-être avec l'Europe.
Le gouvernement de Louis-Philippe, qui respecte le droit sacré de non-intervention, comme il le fait respecter à son égard et à celui des autres nations, ne peut tolérer sur son territoire l'organisation de corps ou bandes qui se dirigeraient sur les frontières , pour les franchir à main armée.
Les étrangers qui se sont fixés en France n'ignorent pas qu'ils sont soumis , comme les Français, aux lois de police et de sûreté générale, çt passibles des peines les plus graves, s'ils se rendent coupables d'actions hostiles qui pourraient exposer l'État à une déclaration de guerre.
Ils n'ignorent pas non plus que la loi punit de la peine capitale ceux qui auront levé des troupes, engagé ou enrôlé des soldats sans autorisation.
Des poursuites sont dirigées contre les auteurs des enrôlemens qui ont eu lieu ; la justice les atteindra. • >
La garde nationale et la troupe de ligne ont reçu l'ordre de dissiper toutes les bandes qui se dirigeraient sur la frontière , et d'arrêter les individus qui en feraient partie.
Lyonnais! vous fermerez l'oreille à de perfides insinuations, auxquelles applaudissent les ennemis éternels de notre repos , qui , n'ayant d'espérance que dans l'appui de l'étranger et dans une nouvelle invasion, cherchent à nous présenter comme les ennemis de tous les gouvernemens.
Seuls , et sans aucun secours étranger, nous avons conquis nos franchises dans la grande semaine : laissons les peuples voisins régler comme ils l'entendront leurs intérêts avec leurs gouvernemens.
11 s ne seraient pas dignes de la liberté s'ils ne bavaient la conquérir.
Lyon, le a 5 février i83r.
Pour le préfet du Rhône en tournée,
Le conseiller de préfecture délégué ,
Faye.
Par le préfet : Le secrétaire général ,
Alexandre.
c Quel aveuglement ! et ce qui rend cet aveu- «glement plus inexplicable encore, c'est que le «même journal qui rapporte cette pièce donne, « quelques lignes plus loin , l'article suivant :
Une personne bien placée pour observer les hommes et les choses, nous écrit de Hanau, lest 5 février, où elle est de retour après une course de plusieurs jours. Nous extrayons de sa lettre les lignes suivantes : a
« La diète de Francfort a reçu l'avis d'une réso-i lution prise par le conseil suprême de la guerre,' portant «qu'il n'y a pas lieu de maintenir le prm-> « cipe de la non-intervention , et que le temps était «venu de prêter main-forte a tout souverain me-- « nagé. » Le 22, des estafettes partirent dans toutes' les directions pour hâter la levée et l'organisation des contingens.
* La ville de Francfort fournit 700 hommes pout* les compléter. On avait formé une compagnie suisse et Ton voulait en former une seconde ; mais le roi de Hollande a placé des recruteurs partout, et accorde en outre une prime considérable, 5oo florins, à chaque soldat, après trois ans et demi de service. Le roi de Hollande a également fait acheter toutes les armes blanches qui se trouvaient à Sohlingen , Elberfeld, etc., de manière que M. P. N.....,de Sarrebruch, qui voulait faire cette spéculation pour la France, n'a plus rien trouvé.
«Un renfort de ?,5oo hommes est attendu à Coblentz, de sorte que Ta garnison de cette place sera de 9,000 hommes d'infanterie, 800 de cavalerie; il y à en outre trois bataillons d'artillerie. 60 bataillons de landwher viennent d'être déclarés sur le pied de guerre. Les renforts arrivent par détachemens de douze à quinze hommes. On évite tout ce qui peut fixer l'attention ; toutefois la conscription de l'an prochain est ordonnée.
« Les approvisionnerons continuent à Cologne et à Juliers. Les fortifications ont reçu d'importans accroisSemens. Tous les militaires en congé ont rejoint. Plus de congé sous aucun prétexte. A Cassel , le gouvernement craint une nouvelle émeute. Six canons sont braqués sur la route de Zwirleiz, d'où l'on attend les paysans insurgés qui