DES ASSOCIATIONS PATRIOTIQUE
«Une nouvelle coalition se forme contre la « France. Toutes les puissances arment à la hâte ,
« le jour où retentira le premier coup de canon « paraît ne devoir pas être éloigné. Un calcul bien «simple a dû se présenter à tous les Français, et « particulièrement aux habitans des provinces les « plus exposées à l'ennemi. Ils ont dû se dire ce que « la Tribune a imprimé il y a déjà plusieurs mois : «autant l'invasion de i8i5 surpassa en massacres, «en outrages, en tributs, en désastres de tout «genre l'invasion de i8i4> autant l'invasion de « i83i surpassera, si on n'y met ordre, l'invasion «de 181 5. En 181 4, l'étranger voulait que la France « fût forte et heureuse; en 18 15, suivant l'exprès* « sion du général autrichien Budna , on ne voulait « pas la tuer , mais seulement la saigner a blanc «pour l'empêcher de remuer à l'avenir. En i83i 9 « comme on a vu que la France refaisait assez vite « du sang , on voudra sans doute non-seulement «renouveler la saignée, mais y ajouter l'amptita- « tion d'un membre , moyen plus sûr de rendre « désormais le mouvement impossible. *
«Certainement la France, sachant user de ses « forces et de son énergie , réunissant tous ses ef- « forts, n'aurait rien à redouter de ses ennemis; « elle ne pourrait attendre de la guerre que des « victoires. Mais, au lieu de diriger ^on action con- « tre l'étranger , l'admini^Jratfon a paru ne voir «d'ennemis que les patriotes, que les auteurs de «la révolution de juillet.
* Alors , à tort ou à raison , les patriotes ont «conçu desalarmes. lisse sont souvenus des trahi- «sons de 1814 et de 181 5. Us ont songé aux « moyens de préserver le pays de semblables mal- « heurs, au cas où le pouvoir négligerait d'y parer. «De là les associations qui ont commencé dans la «Moselle, et qui, grâce à Dieu, vont s'étendre « dans toute la France.
« Ces associations devaient être la pierre de «touche de la capacité du nouveau ministère.
«Elles l'ont été en effet. Il est évident aujourd'hui « pour tout le monde , le Temps, la Gazette et les « Débats exceptés, que M. Casimir Périer a com- « mis une faute énorme , en prononçant contre «ces associations l'anathème publié hier dans le « Moniteur.
« Que devait-il faire , demandera-t-on ? Il n'y «avait pas deux partis à prendre. Il fallait sur-lc- « champ se mettre en tête de cette fédération, « marcher avec elle. Par cette démarche , M. Périer «se serait rendu fort de toute la puissance de «l'opinion qui la provoquait; il se serait montré « homme d'État , ce que personne n'a fait jusqu'à «ce jour au Palais-Royal.
«Maintenant qu'il l'a improuvée, rie peut-il pas « craindre qu'on ne prête au gouvernement des « arrières-pensées, qu'on ne l'accuse non-seulement «d'imprévoyance, mais même de quelque com-
« plicité criminelle , ce qui bien certainement se-» « rait considéré comme une calomnie par les gens a sensés, mais ne laisserait peut-être pas de pn> «duire une très fâcheuse impression sur la masse « du peuple ?
« Le but des associations est la défense de la «patrie. Le gouvernement ne devait donc pas hé- « siter à les adopter. M. Périer n'a pas compris « l'avantage qu'il pouvait .en retirer ; et cette pre- « mière gaucherie l'a déjà convaincu d'inhabileté.
«Le voilà qui menace les fonctionnaires de sa «colère, qui les destitue. Mais qu'y gagnera-t-il? « de l'impopularité. On a déjà rapproché sa circulaire aux préfets de celle de M. Labourdpnnaye, « Comme lui il défend aux fonctionnaires d'avoir « une opinion , sous peine d'être réduits à la mi- « sère ; comme lui il promet les faveurs de la cou- « ronne à l'obéissance passive. Il ne lui manquait « plus que de ressembler au grand Polignac. Celui- «ci s'offensait de la souscription faite pour le « maintien de la Charte ; M. Périer se courrouce « contre ceux qui s'engagent à garantir leurs foyers « de l'invasion des Russes et des Autrichiens. Qui « aurait cru que sept mois après le ag juillet le « patriotisme serait déclaré factieux ! »
28 Mars 1931.