NOUVELLE SAISIE DE LA TRIBUNE
« En rentrant du tribunal , où la justice du jury a venait de nous rendre nos exemplaires saisis le «^4 mars, nous avons trouvé dans nos bureaux «un commissaire de police envoyé par la justice «de M. Persil, pour saisir nos exemplaires du 2 3 « mai.
*« Cette fois, on a bien voulu nous dénoncer nos «"crimes. Les causes de ce bienveillant message « sont vraiment curieuses ; les voici :
« i° Nous sommes accusés d 'offense envers la « personne du roi. Pourquoi? Pour un passage de «notre article: Voyage du roi. — Élections, dans « lequel nous ne nous sommes permis quelques observations sur un discours de sa majesté, et sur «celui d'un commandant de gardes nationales, «observations qui d'ailleurs n'ont rien d'offensant, « qu'après avoir démontré que tous ces discours of- « ficiéls ne pouvaient être imputés, et constitution- «nellejnent et franchement parlant, qu'aux mi- «nistres. Il faut convenir que le parquet de M. de « Polignac entendait mieux les doctrines constita- « tionnelles que ne les entend le parquet de M. Pé-
« rier. Tout le monde se souvient de la manière « dont furent discutés le dernier discours du trône «de Charles X et sa réponse à l'adreSse de la « Chambre : il y avait réellement offense , et ce- « pendant aucune poursuite n'eut lieu; car le par- « quet savait alors qu'on ne pouvait regarder cette « offense comme s'appliquant à un autre que les «ministres, sans déchirer plus insolemment la « Charte que ne le firent plus tard les ordonnante ces de juillet.
« a° Et ceci est encore plus évidemment absurde, « s'il est possible, nous sommes accusés d'offense en- « vers la Chambre des députés dont la session vient « et être close , parce que nous avons dit aux élec* « teurs que s'ils nommaient une Chambre du jus te- «milieu, cette Chambre ne s'opposerait pointa «l'invasion. — C'est impossible, dites-vous! — «Messieurs, vous avez raison; mais cependant cela «est; je l'ai relu deux fois. D'ailleurs, comme « dans tout l'article il n'y a pas un mot ni contre « ni pour, ni sur la Chambre des députés dont la « session vient détre close , il faut bien que M. Persil « ait voulu prendre pour elle tout ce que nous d avons dit de celle qui doit lui succéder. Ce pau- « vreM. Marchangy! je le plains; sa réputation va « déchoir dans l'esprit des honnêtes gens : ce n'é- « tait vraiment qu'un écolier.
« On pense bien que l'issue d'un pareil procès
( ^ ) « ne peut nous causer la moindre inquiétude; mais c nos numéros n'en ont pas moins été saisis à la € poste. Quand des saisies sont ainsi ordonnées «sans le moindre prétexte, sans que le désir de « nuire puisse se couvrir d'aucun manteau, l'équité «voudrait, comme le bon sens, que l'écrivain, € victime d'un séquestre arbitraire , pqt demander «des dommages et intérêts à l'homme qui s'est « rendu coupable de cet abus de pouvoir. »
26 Mai 1831.