‹ La révolution de 1830: et le véritable parti républicain, exposé du plan de ce parti en juilletChapitre 43 sur 50 · NOUVELLE LANGUE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

NOUVELLE LANGUE FRANÇAISE

«Il y a vingt ans que, traversant une ville du « midi de la France , je dînai dans une auberge «avec quarante ou cinquante Voyageurs. Quel- « qu'un vint à parler d'un des savans de l'expédi- « tion d'JLgypte. Soudain le maître de l'hôtel , qui « dînait avec nous , de s'écrier : Oh ! celui-là est « vraiment un homme scientifique. A cette locu- « tion , pour lors si étrange , un Sourire très-signi- «ficatif partit sur les lèvres de tous les convives, « qui , certes ! n'étaient pas des académiciens. Mais «depuis que l'heureuse journée de Waterloo a «ouvert pour la France une ère de perfectionne' m ment facial* un illustre ne se borne pM à dto,

« entre la soupe et le. rôti , des tuumheS monnr* « chiques, il l'écrit, il l'imprime, et personne ne a sourit, et d'autres docteurs graves s'écrient avec «enthousiasme qu'il est une notabilité, une popu> « larité, une sommité de l'époque; et un honorable «imprime le même jour des hommes politiques , « et on le proclame une spiritualité de l'époque* « Voilà mon maître-d'hôtel bien vengé de notre «pédantesque sWHre.

«Enfin un immortel , voulant nous faire enten- «dre que la question qu*il va traiter est, pour la (c monarchie constitutionnelle, une question de « vie ou de mort , se creuse la cervelle , et nous « dit que c'est une question vitale. Avant la régé- « nération de Waterloo , le mot eût fait fortune; « l'acteur chargé de représenter le marquis de « Mascarille n'eût pas manqué d'enrichir son rôle « de cette nouvelle beauté. De nos jours, le tnùt « a fait fortune aussi ; mais c'est au sérieux qu'on « l'a pris.

«Tous ces messieurs font dans le langage la « même révolution qu'essaie M. Marie dans l'en* « thographe. Tandis que i'un veut noua apprendre « Xortografe des blanchisseuses , les autres nous * élèvent au style des cuisiniers.

« En vérité S. M. le roi des Pays-Bas et ce pâu* « vre M. Van-M aanen sont bien bons de siier Sttg ? et eau pour forcer, à l'aide des cours dctji

(Md)

« «tes amendes et de la prison, l'opiniâtre popu* « Union belge à oublier le français. Que ne se «font~ils expédier de France une cargaison dt t doctrinaires ? et que ne leur donnent-ils t comme «on Fa fait à Paris, presque toutes les chaires «d'enseignement public? Ce moyen serait « plus sûr. »

1 er Janvier 1831.

U* MOT SUR LA CHAIRS d'hIBTOIRS VACANTS AU GOtUS*

DB FRAftCI,

« La démission de M, Daunou , qui, par une g£* « nérosité trop rare f n a pas voulu du wtnul 9 A a laissé la chaire d histoire facaote au Collège d§ « France. MM. les professeurs du GoMég* m fient

• assemblés pour la désignation dan c an did at } éf «dix d'entre eux, MM, fiécanuer f Kifltet, 4* Itor* «tetsetAbel Rérouiafl es» tel* , «rt présenté pour

• successeur de M, Ltoum**, 31 IfcwatftJMytte, Vrtfe* ■ qui s'appelle de rH*lé|*a&***, #4 mètmdtfto' « d ép r m la m * hotiïU, am ht p eé s m ia tiwt m€ ****

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• d'être révoqué , par le ministre, des fonctions « d'administrateur à la bibliothèque de l'Arsenal. « On nous écrivit à l'époque de cette présentation : « Quel dommage que la place de secrétaire d'État au département de l'intérieur ne soit pas à la nomination de messieurs du Collège de France!

Comme ce bon monsieur de Peyronnet retournerait vite du donjon de Yincennes à l'hôtel de la rue de Grenelle! Voyez, si vous em doutez, ce qu'ont fait hier nos Universels réunis place Cambrai en assemblée électorale. Ne pouvant replacer le maître, n'ont-ils pas voulu restaurer le serviteur? Ils ont proposé , présenté, à la majorité de 10 voix sur 17, pour une chaire d'histoire, et comme successeur immédiat du patriote et savant

M. Daunou qui ?.... le camarilliste Saint-Martin,

M. Saint-Martin Corbière, M. Saint-Martin Pôli-

gnac, M. Saint-Martin Damas, etc., etc «Notre

« respectable correspondant voudra bien nous ex- « cuser si nous nous permettons de supprimer le « reste. Nous nous étions refusés à l'insertion de «cette leyre et de quelques articles beaucoup « plus amers encore , par un motif que nous al- «lons faire connaître tout-à-1'heure, et que nos «lecteurs pourront apprécier. Obligés, comme on « va aussi s'en convaincre , de nous expliquer sur « cette affaire , nous le ferons avec l'entière fran- « chise dont nous ne nous sommes jamais départis,

mais avec tous les ménagemens que la vérité pourra nous permettre, c Supposons pour un moment que les chaires du Collège de France sont des places amovibles, comme elles le furent sous M. de Corbière en dépit de l'usage et des lois ; supposons que l'administrateur d'une de nos grandes bibliothèques vient de mourir ou se retire , en troisième lieu supposons que l'ex-directeur de ï * Universel , au lieu d'être à l'arsenal un de ces bibliothécaires , remplit au Collège de France une de ces places amovibles, et que le ministre de l'intérieur, après l'avoir appelé dans son cabinet est assez bon pour lui dire : « Dieu me garde de vous affliger en répétant ici des reproches qui cependant ne me paraissent que trop fondés! Mais voici un fait connu de tout Paris. Vous dirigiez Y 'Universel; chaque numéro vous était soumis avant d'être livré à la presse , en sorte que tous les articles vous appartiennent, au moins par adoption. Je ne vous en rappellerai qu'un seul : Les libéraux ont peur \ tel est son titre ; la date en est curieuse, il parut le it\ juillet. Après le 29 , vous sentirez vous-même que je ne saurais laisser la chaire d'histoire, c'est-à-dire l'enseignement de la politique, à celui qui a eu le malheur de provoquer les coups d'État et d'en prédire le triomphe. Mais supposons que je fisse aux jeunes vainque un de

«juillet l'affront de maintenir au nombre de leurs o moniteurs publics, et précisément dans la plaça « où Ton doit exercer le plus d'empire sur leurs « opinions f le rédacteur d'une feuille dans laquellt « tous leurs chefs , tous leurs amis et eux-mêmes «ont été si cruellement insultés, alors, jd voua la • demande , ne courriez-vous pas le risque défaire « naître au sein du Collège quelqu'une de ces afib» « géantes scènes dont il n'y a eu déjà que trop « d'exemples? Nos jeunes Français sont génèrent) « ils pardonnent la mitraillade , mais ils ne souffrent «pas l'injure et moins encore la provocation. H «est, monsieur, dans votre intérêt d abandonner «la chaire d'histoire; mais, puisque voua avta «fait, m'assure-t-on , sur la langue d'un des peu» « pies de l'Asie des recherches fort savantes et dont «je conteste d'autant moins le mérite, que ni moi « ni personne en France ne sommes en état d'en «juger, je vous donne, comme dédommagement, « une place qui ne vous mettra point en présence «de la jeunesse assemblée; je vous nomme ad- « ministrateur de la bibliothèque de l'arsenal* •

«Assurément, si les choses se fussent passées «de la sorte, le public et les gens de lettres* qui « ont approuvé la sévérité de M. de Montalitetj «auraient pu le trouver très généreux* quelque» «uns même très indulgent; mais tous auraient «avoué que rien n'était plus raisonnable e| pbs

logique que le parti qu'il aurait pria* Voilà qui suffît pour prouver que feire précisément le con traire serait inoonséquent et absurde» Donc, cela est- impossible , et, quoi qu'on en dise, il nous était permis de ne pas nous en occuper. Nos colonnes sont réclamées par tant de choses plus graves!

€ L'Académie des Inscriptions ayant fait, il y a huit jours, la même présentation que le Collège, des personnes assez indulgentes pour eb prendre de l'humeur , comme si elles avaient pu en douter, te sont encore adressées au rédacteur eii chef de la Tribune; et cette fois à leurs plaintes se sont mêlés des reproches auxquels il m'est in*possible de rester indifférent Tel est ce passage d'iule lettre écrite par l'un des homme* que je considère le plus, par un des plus anciens amis de mon frère : . ■ •

t *..*. L'injustice change-t-elle de nature à iàs yeufc, et devient-elle inviolable quand elle s'attaque à l'un des vôtres? En sera-fcil maintenant comme dans la première quinzaine d'août, où en enregistrant chaque jour le* services d'une foule d'étrangère, vous avez toujours passé sous stletiee ceua de vos collaborateurs qui ont pris la part ld plue glorieuse au triomphe de juillet ? Ssirte là, je le demande, de la convènûtum biet* eateûdue h StifeflatHD* pas . plutôt -duperi*^ cm qoàpe

déni de justice ? Puisque la Tribune a pris rengagement d'admettre toute réclamation fondée , j'aime à croire que vous n'écarterez plus la mienne, qui, certes, n'est pas sans fondement! Vous savez que tous les hommes de lettres du Collège, tels qu'Andrieux, Thurot , etc. , ont accordé leur suffrage à Victorin Fabre , et qu'il en a été de même aux Inscriptions, où Daunoua voté de manière à montrer hautement quel est le successeur qu'il désire. Et cependant on veut donner sa chaire à un rédacteur de Y Universel, aux dépens d'un des hommes de France les plus considérés , d'un écrivain qui, dès son début , accumula des succès dont l'éclat aussi bien que le nombre était jusqu'à lui sans exemple. Comment, parce que vous êtes son frère, hésiteriez-vous à le dire vous-même? II ne s'agit pas ici d'exprimer votre opinion, qu'on pourrait suspecter de partialité : c'est ce qu'a reconnu l'Académie française, quand nous avions encore une Académie vraiment digne de ce nom. Vous étiez bien jeune à cette époque. Cependant , vous vous rappelez , j'en suissûr , qu'en couronnant dans la même séance Y Eloge de La Bruyère et le Tableau littéraire du XV lll* siècle , l'Institqt déclara « qu'il n'avait pas besoin d'appeler l'attention publique sur le phénomène que présentaient Us triomphes multipliés d'un écrivain si brillant, si mûr, si varié, etc., dan écrivain, disaient les

mêmes juges l'année suivante (en donnant le prix de poésie àVictorin Fabre, \m premier accessit k Millevoye et un second à M. Soumet , l'académicien), d'un écrivain qui parait appelé a soutenir , en vers et ènpivse , la gloire des lettres françaises» Vous pourriez ajouter bien d'autres citations de ce genre; vous n'auriez pour cela qu'à voir dans la collection de la Revue philosophique et du Mercure tous les rapports de l'Académie. D'ailleurs ces jugemens, dont l'expression se renouvelait chaque année, se retrouvent, en termes équivalons , dans les écrits de Parny , de Fontanes , de Ginguené, de Palissot, de l'abbé Maury lui-même, en un mot, de tout ce que notre littérature, sans distinction de parti et d'opinions politiques , comptait d'illustre avant l'invasion. Si un sentiment, peut-être trop délicat, des convenances, vous empêche de parler vous-même et de laisser parler vos collaborateurs des titres de votre frère, laissez du moins parler ces morts. célèbres, et ne fermez pas vos colonnes à ces témoignages dont vous aussi vous devez être fier. Ce ne sont pas là des succès de coterie et des illustrations faites par des journaux : l'auteur qui a obtenu de tels suffrages peut justement se flatter d'avoir entendu d'avance le jugement de la postérité. Quant à son caractère , tout le monde le sait, il n'y a jamais eu qu'une ; voix , même parmi ses rivaux. Dam sa

conduite, comme dans ses ouvrages, il a montré* pendant vingt-cinq ans, et sous l'empire comme sous la restauration , autant de sagesse que de dignité, autant de modération que d'indépendance »

« Je supprime ici des éloges dont personne plus «que moi ne connaît la parfaite justesse. Mais on « me permettra de remarquer qu'après cette oon- «duite si constamment noble, et dont certains « faits particuliers que je ne suis pas seul à savoir, « relèvent encore le mérite , le premier titre de « Victorin Fabre à la chaire de M. Daunou est, « avant même ses six couronnes et tous ses autres « succès en éloquence et en poésie, une Histoire a de la civilisation et un cours sur les Principes de « la société civile , dont les deux premiers volumes a ont été lus à l* Athénée de Paris , en 1 8aa et 1 8a3. « Tous ceux qui les ont entendus , et dans le nomci bre se trouvent les juges les plus illustres , seront a à coup sûr de mon opinion.

«Au reste, je dois le dire aux amis des lettres «et à nos amis, ils se hâtent trop de se fâcher; «justice peut encore être faite. Une présentation « ne finit rien , et même n'engage à rien. On va voir « pourquoi. Lorsque, il y a trente-cinq ans, on agita' « la question de savoir si Ton devait laisser à lins» tftitut la nomination de certaines places, un dis «écrivains qui ont le plus honoré la fin du xnti f

cfcièclé^ et que la France possède encore, quoique «l'Aeadétnie française Tait perdu, dit à ses collè- « gués du Conseil des Anciens et de l'Instruction ^publique ! a Si nous ne savions pas tous jusqu'où « peut aller l'esprit dé corps, Molière serait là pour •nous Rapprendre.

Nul n'aura de l'esprit, hors nous et nos amis,

« fut toujours et toujours aéra la devise de toute «corporation littéraire. Si l'Institut a le droit de a feire les nominations, il n'y aura plus de nommés « que des membres de l'Institut. Cela pourra être « fort juste souvent , mais ce sera quelquefois fort «unique. Que l'Institut présente donc, et que le « [gouvernement nomme : en sorte qu'après avoir « PGUaulté le yœu et même les préventions de tous «les gen$ de lettres, qu'ils soient de l'Institut « ou non, il puisse, s'il y a lieu, réformer Y opinion « académique , d'après Y opinion publique. »

«Voilà ce qui reste à faire aux ministres, et « l'occasion en est belle. Après le Collège et VAca- « demie , le ministre de Finstruction publique fait «aussi sa présentation. Une ordonnance de ces • jwr& derniers lui an enlevait le droite mais on « dit qu'elle va être rapportée* Le ministre de l'in» «teneur choisit ensuite , et porte à la nomination tdtt toit wit un dea candidate préaentéa, soit tmu ttfiilte fui lui m parait plus difue, Jkycp* doqe

« confiance dans les lumières de M. de Montalivet «et de M. Barthe. Quand ils auront prononcé, « quand on pourra traiter la question sans acception de personnes, un de nos collaborateurs fort « à portée de connaître ce qu'exige renseignement, «montrera la haute importance de notre preu nûère chaire, d'histoire. Il fera voir que si toutes « ks places du collège royal , qui sont des hon- «nenrs et des récompenses, ne doivent jamais o être données qu'à des hommes universellement « estimés, et en même temps distingués par de vé- « ritables succès, il importe que cette chaire , qui a est toute politique , et que remplissait si dignece ment M. Daunou , passe après lui à un professeur « dont le patriotisme sage et ami des lois ne puisse « pas plus être mis en doute que les connaissances « et le talent. »

2 Janvier 1831.

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