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« Maintenant de faux apôtres de la liberté pous» « sent à la contre-révolution littéraire et pittores- « que. Ils veulent nous ramener aux farces absurdes « qui brillaient sur la scène avant Corneille , aux «ignobles bambochades improvisées dans nos «ateliers avant David, comme les contre-révolu* «tionnaires politiques voudraient nous rappeler « aux douceurs de la Bastille et aux bienheureux « passe-temps de la féodalité.
« Les premiers écrits de la secte romantique « coïncidèrent avec les premiers pas de la contre» « révolution. Bonaparte et les habiles parmi les « émigrés qu'il venait de rappeler sentirent qu'a- « vant tout il fallait changer la direction que notre «littérature avait donnée aux esprits. Il y eut « ordre d'attaquer la philosophie du dix-huitième « siècle , et tous les écrivains qui, soutenant les «doctrines de nos grands hommes, avaient Tirré- « vérence de se moquer des romantiques du jour* « Qui ne se souvient encore des injures quotidiennes contre Voltaire et Bojisseau, et des dia- « tribes presque aussi fréquentes contre Chénier, « Ginguené, Parny , MM. Garât et Victorin Fabre?
« Cependant Bonaparte n'aurait pas permis qu'on « voulût traîner la France en esclave sur les traces «de l'étranger : il n'en voulait qu'aux doctrines « républicaines ; il était loin de songer à détruire «l'honneur national. Mais bientôt cet homme qui
« avait prétendu séparer l'indépendance nationale «de la liberté, montra par sa chute qu'elles ne «pouvaient exister l'une sans l'autre. Le romana tisme apparut alors tout entier , et osa parler en a vainqueur. Il sembla croire que les statues de «Corneille , de Montesquieu et de Racine avaient « dû s'écrouler sous le canon de Waterloo, comme « celles de Napoléon. Les alliés n'avaient pas songé « à nous donner leurs dieux : leurs acolytes voulu- « rent nous imposer les divinités bizarres de toutes « les légions qui nous avaient envahis. En échange « de nos trésors et de nos armes, l'une nous aura «laissé l'immortel Kant, l'autre, le divin Byron, « le très-divin Scott, l'autre Calderon, l'autre Swe- «demborg.
« Les doctrines anti-françaises que M. le prince « de Metternich avait dictées et payées à MM. ScheJ- « gel et Kotzebuè passèrent le Rhin avec les Çosa- « ques et les Baskirs. Quelques traîtres et un grand « nombre de dupes se sont empressés de les pro- « pager. S'il faut en croire ces messieurs, la France. « n'avait connu avant le 18 juin 181 5, ni la liberté « ni le génie. Pour naître à la raison et au bon-: « heur , elle avait besoin de recevoir un nouveau « baptême dans le sang de ses guerriers , au milieu « de la plaine fatale où l'une des idoles de ces « hommes croyait pourtant au contraire voir le
m tombeau de la France (\). Gomme l'habitant des « régions sauvages que les armées romaines chi» a lisaient en les ravageant, nous devons changer € toutes nos idées , réformer toutes nos méthodes, « et , regardant en pitié la barbarie de nos pères , € nous modeler sur nos vainqueurs. Politique, phialosophie, littérature, beaux-arts, tout doit subir « le joug des conquérans. Pour arriver à la liberté, «il nous faut abandonner les principes des an- « ciens, et nous initier aux doctrines de Hienreuse «nation où vingt millions de prolétaires ont la « noble joie de vivre sur les aumônes de quatre- « vingt mille aristocrates. Pour avoir une littéra- « ture nationale, il nous faut renoneer à la littérature française, et adopter au plus vite la littérature des Anglais, ou si Ton veut, des Aile- « mands , car il y. avait aussi des Prussiens k W«- « terloo. Pour plaire à certains génies élevés parmi «les réjouissances de l'invasion et les Te Demn «des défaites, nos peintres ne sauraient trûp « promptement se persuader que, par la vertu de «Waterloo, il s'est trouvé un beau jour uneéooJe « de peinture sur les rivages de la Tamise. Brftloes « Montesquieu , Racine et David ! Vivent -Benthats, « Schiller et Lawrence !
(i) The deadly Waterloo, the grave of Fr*n<*.
Byaoh, Child HaroUF* pilgrimtfë.
ëQêç idées, soufflées à l'oreille par la trahison , m accueillies par l'ignorance, propagées par une t monomanie du genre de celte d'Erostrate, sont c bientôt devenues un symbole. La congrégation « romantique s'est promptement grossie. Elle proc mettait à ses affiliés de leur faire acquérir de la « réputation sans talent, et de l'argent sans travail. «La promesse était engageante. On avait vu tant « de gens envieux des grades, des commandemens « enlevés à nos vieux guerriers , les obtenir sans « autre titre que de s'être prosternés devant l'en- «nemi et d'avoir poursuivi la France d'ignobles c outrages; on s'imagina que les hauts rangs de a la littérature devaient de même être purgés des • hommes qui les occupaient , pour recevoir les <i séides des étrangers , les zofles de la patrie. Les « salons aristocratiques et quelques journaux dé- « cernaient la gloire , l'autorité se chargeait de dis- «penser les honneurs et de plus solides avantages. « Le ministère , de quelque nuance qu'il fut , se « montrait toujours très libéral envers les adeptes. «Celui-ci était fait baron par M; de Corbières; « celui-là chevalier par M. de Marrignac; cet autre «professeur par M. de Serre; tous trouvaient chez « M. de Doùdeauville ou M. de La Bouillerie de n confortables pensions.
«Certainement un grand nombre d'hommes «réuni* dans un même but, marchant cPensem-
«ble, intrigant de concert, ne s'occupant jamais «de penser, mais de répandre des mots d'ordre, € ont dû se faire quelques prosélytes parmi les «jeunes gens irréfléchis ou dont l'éducation avait « été négligée. Mais que pour cela ces messieurs « viennent nous dire que la jeunesse française est «à eux, en vérité, c'est trop fort. Il y a, sans au- «cun doute, plus de jeunes Français affiliés a la « congrégation jésuitique qu'on ne peut en comp- «tcr dans la congrégation des poètes et dèsphi- « losophes contre-révolutionnaires , et cependant, «que dirait-on si M. Madrolle venait orgueilleu- « sèment nous déclarer que la jeunesse marche « sous ses bannières et ne jure que par lui?
«Non, l'immense majorité de la jeunesse française n'abjure ni le patriotisme ni la raison; « non, elle ne renie point cette admirable littérature qui, pendant deux siècles, seiça dans tous « les esprits les véritables idées de la dignité hu- « mainej, de l'indépendance et de la liberté; non, « parce que nos pères ou nos aînés ont été vain-» «eus, elle ne rougit pas de leurs doctrines, et ne « se croit point obligée de faire, aux pieds du vain- «queur, amende honorable de leurs succès. Au « nom de Voltaire et de Montesquieu , tous les «jeunes patriotes relèvent leur front avec orgueil; «au nom de la Constituante, de Fleuras, ou des « Pyramides , des larmes d'admiration et dfonvie
«foulent dans leurs yeux, un vague espoir de «rencontrer aussi de nobles destinées échauffe «leur sang et fait battre leur cœur. Ils renoueront, «quoi qu'on en dise, la chaîne des idées nationa- « les qu'on s'est efforcé de rompre. Ils ne voudront « pas que la poésie retourne au langage du sei- «zième siècle, la philosophie aux hallucinations « du quatrième, aux subtilités du bas-empire: la « marche à reculons ne leur s^vp&s. »
1 er Mai 1830.