PETIT BULLETIN
« Grande doit être la joie parmi les doctrinaires « dans la petite cour d'Holy-Rood, car , de jour eh «jour, tout se complique et s'embrouille à leur « profit. Les hostilités ont recommencé entre la « Belgique et la Hollande ; on assure que l'ambas- « sadeur de Russie se dispose à quitter Paris cette « semaine ; dans tous les cas, l'ouverture de la cam- « pagne contre la France paraît fixée au I er mars, «comme les absolutistes sincères nous Font «toujours annoncé; et, dans ces circonstances, «messieurs nos sauveurs, achevant de désorganiser la garde nationale, se disposent, dans leurs «bureaux, à rejeter le projet de loi électorale, de « crainte que , tout imparfait , ou plutôt tout aris- « tocra tique qu'il est , il ne rattache au gouverne* « ment de Louis-Philippe un trop grand nombre « de citoyens. En même, temps les persécutions «contre les patriotes continuent.... Combien y a-t- « il de traîtres ? combien y a-t-il de dupes ?... L'été « prochain nous l'apprendra. »
7 Janvier 1831.
LES DEUX TRAHISONS AU PALAISh*OYAL.
« Au 29 juillet , il y avait en France trois partis, le parti de la légitimité , lé parti bonapartiste et le parti républicain. Il ne pouvait pas y avoir de parti orléaniste, car un parti ne se forme que pour un principe, ou pour un ordre de choses dont la résurrectioô ferait cesser de nombreux regrets. Or, le duc d'Orléans ne représentait pas un système et n'avait pas exercé le pouvoir. Il pouvait avoir autour de lui assez d'amis pour le porter sur un trône vacant ; il ne pouvait en avoir assez ni pour rendre la place vide, ni pour la défendre une fois qu'il l'occupait. Où devait-il - chercher des défenseurs? Quel parti pouvait devenir, jusqu'à certain point, le sien? Un 4eul, le parti- de la république. Les républicains sont les seuls qui mettent avant tout le bonheur de la France. On est bien forcé d'en convenir, car s'ils avaient eu en vue des avantages personnels, qu'est-ce qui les aurait empêchés de renoncer à leurs principes pour prendre part aux faveurs? Et s'il en est qui ne veuillent que la première place dans l'État 9 le nombre en est certainement trè* petit.
« Eh bien ! si on leur eût dit franchement : Vous « voyez que vos opinions ne sont point partagées « par une grande partie de la bourgeoisie , le cornet merce surtout y répugne ; des essais mal com- « binés , des prédications intéressées, des souvenirs a dénaturés à dessein pendant ving-cinq ans , en a éloignent une foule de gens timides; certaineamen t la force est à vous; mais vous ne pourriez «triompher sans heurter beaucoup de préjugés; «je conserverai , moi, de vos idées tout ce qui est «compatible avec l'existence d'un roi; je vçux « une représentation vraiment nationale * une « armée nationale , une administration à bon mar- «ché; je ferai cesser la guerre toujours excitée « par les cours contre le talent et la iv>ble*S6 du « caractère ; je ferai pour l'industrie presque tout «ce que vous vous. proposiez de fonder en saiia- « veur ; si, dis-je ,*un pareil discours avait été tenu « et que les effets eussent répondu aux paroles, «tous les républicains se seraient ralliés, , même «les deux: ou trois qui pouvaient, prétendre au «consulat ou à la présidence ; et f dès lors, le nw- « veau gouvernement n'aurait eu rien à craindre «ni du parti carliste, ni du parti napoléonien* « Au lieu de cela , on s'est jeté tout d'abord dans « les brafc des hommes de la restauration et de «quelques hommes de l'empire. Les rois étrangers « y ont -encouragé ; cela seul aurait dû suffire pour
«Eure changer de route; au contraire, on a vu « dans ces encouragemens une raison pour persis- € ter, et depuis ce moment, on -marche entre une a double haie de traîtres.
« Ici j'ai besoin d'expliquer ma pensée. Des «hommes peuvent tenir . au principe de la légiti- « mité , ou même personnellement aux membres «Je la branche aînée des Bourbons ; il peuvent «rester invariablement fidèles à ce principe ou à «ces princes; ils peuvent même conspirer pour « eux et n'en être pas moins honorables, pourvu a qu'ils ne conspirent point avec l'étranger. A plus a forte raison des hommes éblouis, subjugués par a le génie de Bonaparte, habitués à confondre son «nom avec la gloire de nos armes, des hommes a qui , le voyant tomber deux fois sous la rage de «tous nos ennemis rassemblés, Tant regardé «comme le représentant de riQtre indépendance, « peuvent rester fidèles à sa mémoire, leur espoir «peut parer son fils de ses grandes qualités, ils «pourraient même se dévouer à ce fils sans cesser «d'être honorables. Il va sans dire que ni les uns « ni' les autres ne peuvent encourir l'épithète «infamante que je viens de tracer. Mais* 6e dé- «vouer en apparence à un roi , l'entourer de pro- « test&tions et de flatteries , s'insinuer dan^sa con- «fiance pour l'engager à s'écarter de .tpus ses «vrais soutiens, afin de le livrer sans défense 4 ses
« ennemis , clins tous les pays du monde cela « s'appelle trahir.
«Celui-ci entre d'un air doctoral : Sire, dit-il, « vous n'avez à craindre que les anarchistes. De car- « listes, il n'y en a point. Que voulions-nous tous? «La royauté; vous êtes roi : les Bourbons; vous « êtes de la famille légitime ; l'aristocratie : vous « signez des majorats et maintiendrez la Chambra « des pairs. Ne redoutez point les rois alliés. Que « veulent-ils? Qu'aucun peuple ne soit libre. Laissez- « nous gouverner , sîre , et ils ne s'apercevront pas « que Charles X ait quitté la France. Écrasez les ré- « publicains, et rois et royalistes vont vous adorer.
a Oui, écrase les républicains, ajoute le docteur «en lui-même, écrase, et lorsque nos verdets et « nos chouans se lèveront , lorsque les cosaques « atteindront les bords du Rhin , lorsque les Pan- « dours apparaîtront sur les Alpes , tu te trouveras « seul , et la légitimité sera vengée.
«Cet autre se présente comme un matamore « de drame espagnol : De la fermeté , sire , et tout «ira bien. Ne songez pas aux carlistes : Bonaparte « l'a dit , il suffit d'une compagnie pour les mettre « à la raison. Ne rêvez pas Jes napoléoniens , il « n'y en a plus. Nous voulions l'ordre, vous venez « de l'assurer \ nous voulionsl'indépendance, n'êtes- «vous pas un prince choisi par le peuplé? Quant «aux républicains., c'est différent; Bonaparte l'a
«dit aussi, ceux-là sont redoutables, ils ont du «courage, des talens, du dévouement. Mais H « nous a instruits à les dompter. Imitez-le ; ' de « l'énergie; écrasez les républicains, et surtout les «idées républicaines; tous' avez dit que tous • étiez vous-même républicain; c'est un tort, «mais tout peut se réparer. Attachez-vous sur- « tout à répandre l'idée que la république est im- « possible.
«Voilà le discours prononcé à haute voix, «voici la pensée secrète: Oui, va, parviens à «faire croire au peuple que la liberté est impos- « sible , et alors il tournera tous ses voeux vers le «jeune Napoléon; nous offrirons aux républi- «cains les institutions que tu leur refuses; ils « nous aideront ou nous laisseront faire ,' et tu te «souviendras de moi.
«Tous ceux qui prononcent le discours n'y « ajoutent pas le même commentaire. H y a tant « de gens qui sont assez stupides pour endosser « toute la perversité de quelques habiles souffleurs! « Mais comment expliquer autrement que par l'in- « flùence de ces indignes manoeuvres tout ce que «nous voyons depuis quelques jours, et les lâches « intrigues qui ont amené la retraite de Lafayette « et de Dupont , et la dissolution de l'artillerie parisienne, licenciée, on en convient, parce que « la plupart de ceux qui la composaient étaient pa~