INTRODUCTION. VII
Au moment où se déroulaient les événements que nous allons raconter, la France sortait d'une révolution née subitement des périls qu'avait courus la liberté, — révolution à jamais regrettable qui, dans sa précipitation à se venger de ceux qui l'avaient provoquée, venait de renverser en trois jours un trône huit fois séculaire et de porter au régime parlementaire, alors même qu'elle s'accomplissait en son nom, une inguérissable blessure de laquelle devait périr, dix-huit ans plus tard, la monarchie de Juillet, fondée aussi sur ce régime. Une sanglante bataille engagée dans les rues, un roi fugitif, ses ministres succombant sous le poids de leur incapacité plus encore que sous le poids de leurs fautes, ses soldats dispersés, ses émissaires impuissants à apaiser la rébellion et reçus par ces mots : Il est trop tard; l'émeute triomphant au nom du droit violé et poussant jusqu'à la plus intraitable fureur ses vengeances et ses représailles, tels avaient été les traits principaux des trois journées. Quand ce drame eut pris fin, les
Vlll INTRODUCTION.
ardeurs (|iii l'avaioiU rendu redoutable lui survc'eurcnl lon^leni|)s en(^ore. Dans les imaginations et dans les cœurs restèrent des souvenirs amers et d'ineiïaçables rancunes. Les ambitions dé(;ues, les espérances trompées y déchaînèrent des colères nouvelles, et au b'Udemain de ce combat entrepris |)our la liberté, ce n'est j)lus la liberté qui courut des périls, mais l'ordre public.
Dans les chambres, dans les conseils du gouvernement, dans la ])resse, la lutte recommença entre les hommes qui avaient souhaité la chute de Charles X et s'en étaient réjouis, et ceux qui, surpris par l'événement sans l'avoir désiré, s'étaient rangés autour du i>ouvoii" nouveau , non pour en faire TinstruiiMMil. le complice et l'esclave des ])assions anarchiques, mais pour Taidcr à leur résister et tenter de renouer, de conccil avec hii. sur Mil Iriiain plus lai'iie que celui de la Charle de l(Si.),la Iradilion (\u iM'gime i'e|>r('senhilir, inauguré pai' celle (Jiarte, sagement piali(pi(''e juscju'au 8 août \H±i) et dénaturée
INTRODL'CTION. IX
tout à coup par ravènement du ministère Polignac.
De ces hommes unis la veille, quoique avec des intentions différentes, dans la revendication des libertés, les uns, à qui manquait l'esprit de gouvernement, se montraient crédules au point de penser qu'il leur serait aisé de contenir, sans recourir à d'énergiques mesures, le flot populaire après Tavoir déchaîné. Ils continuaient à flatter la foule, à donner un aliment à ses passions, en lui laissant croire que les réformes qu'ils rêvaient, et qu'excitée par eux, elle réclamait, peuvent être le fruit d'un jour et devaient lui être spontanément octroyées. Les autres, au contraire, rendus prévoyants par l'expérience du passé, estimaient que la sécurité est le premier des biens, la condition même de la liberté. Ils entendaient avant de poursuivre l'exécution d'un programme largement libéral que l'ordre public fut rétalili et que la France eut affirmé sa modération et sa sagesse. Le procès des ministres fut le terrain sur lequel les exigences
X INTRODl'CTION.
(l<'s mis cl la fcrfiic volonh' (\i'< aiilrcsde main- Icnir l'ordre cL de l'aire respecter la Cliailc de IS.'JO se i'en('ontr<'reiil en un clioc rcdoulable (l<ml il nous a paru hon de ressusciter les l)i'U\antcs péripéties.
Ce n'est pas seulement une question d'iiumanilé' (pii fui l'é-soluc le :^ I décembre 18^0, (|uaii(l la justice de la (lour des pairs, secondant les généreuses intentions de Louis-Philippe, épargna la vie des iinciens ministres de Charles X et quand Ti-nergie de quelques hommes de cœur et de devoir les protégea contre les fureurs d'une populace ameuti-e: ce fut aussi une question d'avenir. Issu d'une l'évolution, le nouveau gouvernement proclama il ainsi par ses premiers actes qu'il résisterail à la dominalion des passions révolutioniiiiii'cs cl au jouude ceux (pii voulaicnl cxploilci* ses emhairas au [iiolil de leur ainhilioii cl de Iciii- |K)|»iilai'il<''. Au lendemain de son a\èMeniciil, il londail sa juiissancc >ui" les bases ''IciiK'llcs de l(jul g()u\ciiicinciil foil. libéral et limnaiii. Il ^"assurail une |(»n;.:iic existence, qui