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(Je sa parole. Sous le coup d'une accusation capitale, c'est à lui qu'il songea. « L'illustre accusé reporta ses reg-ards sur la ville qu'il avait tant aimée, a écrit Sauzet, sur le barreau qu'il avait patronné tant de fois. Des souvenirs de mutuelle estime lui revinrent en mémoire. Il savait qu'il pouvait compter sur la sincérité de mon dévoùnient et, malgré ma jeunesse, il voulut bien s'en exagérer la puissance. Il fit appel à mes efforts, j'étais fier de les lui consacrer : une telle cause eut prêté des ailes à toutes les faiblesses, et ({uelque retentissement qu'aient pu soulever depuis, autour de mon nom, les faveurs ou les rigueurs de la fortune, l'honneur de l'avoir révélé à cette mémorable journée comptera toujours comme le plus grand souvenir de ma vie. »
Guernon-Ranville , loin de suivre l'exemple de ses collègues, avait d'abord manifesté l'intention de ne pas se défendre : en premier lieu, parce qu'il niait la compétence des chambres et l'indépendance des juges; en second lieu, parce qu'il ne croyait pas à un acquittement et était convaincu qu'assiégée par les exigences de la population ameutée, peut-être même par celles du nouveau gouvernement, la Cour des pairs.
156 LA RKVOLUTION DE 1830.
ayant à choisir entre son existence et une condamnation, n'hésiterait pas et condamnerait. C'était mal reconnaître le courage de la Cour des pairs; c'était mal reconnaître surtout les préoccupations et les angoisses que la volonté de sauver la vie aux anciens ministres de Charles X, causait en ce moment même au roi Louis-Philippe et à son gouvernement.
La famille de Guernon-Ranville jugeait mieux que lui ces généreux efï'orts. Elle lui imposa un défenseur qu'elle avait elle-même choisi; c'était Crémieux'.Le futur membre du c:ouvernement provisoire jouissait, dès cette époque, d'une réputation légitime ([n'expliquaient l'éclat de sa carrière, sa parole facile, mordante et spirituelle. Il n'appartenait pas encore à la politicpie, il était entièrement au barreau. Il se dévoua passionnément à la cause de Guernon-Ranville, qui accepta son concours en ces termes :
a II ne doit pas sortir de votre bouche un mot irrespectueux pour le roi Charles X ou désobligeant pour mes collègues. Si de mon opposition aux ordonnances vous croyez pouvoir tirer (picl-