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CHAPITRE IX

Jusqu'au 8 Thermidor, rien n'est changé dans la marche extérieure et officielle du Comité de Salut Public. En tête des registres de ce jour, Robespierre est encore .porté comme présent. Saint-Just continue son travail habituel dansje bureau de la Police générale. Le 6, il fait arrêter Magenthies qui est conduit à la Conciergerie. Le 7,41 signe trois arrêtés, l'un qui met en liberté un gendarme accusé d'abus de pouvoir; l'autre qui envoie saisir un pauvre diable de Normand, jusqu'au fond du département de TOme ; le troisième qui ordonne la comparution au Comité, de r ournier, colonel de Chamboran.

Ce sont les derniers exploits de celui qu'on peut nommer un démagogue de rhétorique.

Mais la masse des Sans-Culottes, excitée par la fièvre qui régnait depuis quelques jours aux Jacobins, était encore vivement remuée par le redoublement d'activité inquiète que montraient, volontairement ou non, les principaux personnages engagés dans le mouvement. Cette agitation, cette inquiétude gagnaient peu à peu les groupes de clients gui entouraient chacun des membres des Comités, ou chacun des Montagnards ; et de là elles se répandaient dans tous les lieux où se réunissait journellement la classe dirigeante, dans les Comités révolutionnaires des sections, dans les salles du Tribunal révolutionnaire, des Commissions populaires,

dans les tribunes de rHôtel-de-Ville, ou autour des charrettes de la guillotine.

D'après l'intérêt que les Robespierristes, les Co-. mités de gouvernement, la Montagne, la Commune avaient à bien peupler les tribunes de la Convention, on peut deviner qu'elles se remplirent d'une foule passionnée dès les premières heures du 8 Thermidor. On peut se figurer aussi, à Taspect de Robespierre, s'avançant vers le Pavillon de l'Unité, où il n'avait point paru depuis si longtemps, l'enthousiasme redoublé des gardes-du-corps de Maximilien, et de ces groupes de dévots et dévotes qui assiégeaient les abords du palais et étaient si heureux de s'approcher de lui pour lui saisir les mains et lui baiser les habits.

La journée siannonçait comme solennelle. Les Conventionnels, quoique moins nombreux qu'ils ne le furent, le lendemain , durent dépasser ce nombre de trente, qui était le nombre ordinaire des membres présents. Nous supposons qu'ils atteignaient au moins le chiffre des grands jours * .

Robespierre était absolument convaincu de l'irrésistible puissance et de l'incomparable grandeur de son éloquence; il avait fort goûté Mirabeau, qu'il s'était ingénié à copier et qu'il croyait avoir de iDeaucoup dé- • passé. Il voulait devoir son succès à lui-même, princicipalement à cette souveraine éloquence. Il ne faut pas oublier cette exaltation de sa vanité, cette infatuation d'avocat, sans lesquelles bien des sottises, bien des maladresses de sa conduite, le 8 et le 9 Thermidor, seraient inexplicables.

Il n'avait pas négligé, nous l'avons vu, les précautions pour grouper ses amis , pour les armer et pour terrifier, pour allaiblir ses ennemis; mais il comptait tout particulièrement sur le discours qu'il allait

* Lacretelle, HiU. t. V, p. 337.

prononcer pour emporter, sans résistance, la position. /

Ce discours, il l'avait préparé avec amour, Le^ ' ratures dont le manuscrit est plein nous prouvent sans doute combien la composition en fut lente H pénible, et aussi combien elle fut soignée.

Il nous est impossible de dire exactement ce qui en fut débité. Nous savons, par les aveux mêmes des journalistes, qu'ils ne donnaient des paroles prononcées à la tribune, que celles qui pouvaient plaire aux partis dominants ; et, même le rédacteur politique du Moniteur^ Granville, écrivait à Robespierre pour lui rappeler avec quel soin il avait écourté et dénaturé les discours de ses ennemis. Maximilien porta cette peine qu'il avait imposée aux autres. Son discours fut imprimé après sa chute et sous l'œil de ses ennemis. Nous le jugerons d'après la copie trouvée dans ses papiers. Mais, en avertissant nos lecteurs que la prudence bien connue de l'orateur le porta à atténuer à la •tribune ce que sa jalousie avait dicté à ses rages solitaires.

Ne nous y trompons pas toutefois. En sentant dans ses mains toutes les forces énumérées plus haut, exalté encore par l'enthousiasme de son entourage et du populaire, il arriva à cette tribune de la Convention ( avec l'extérieur d'un triomphateur, a A juger l'avenir par le passé, dit Vasselin *, l'agresseur devait l'emporter. Robespierre le comprit. »

S?ins doute son agression fut d'une espèce particulière. Jl conservait, au fond de son âme craintive, quelque vague terreur qui le porta à désigner plutôt qu'à nommer ses ennemis et à éviter ainsi quelque coup inattendu. Mais comment eùt-il pu douter de la victoire? Cette Convention a toujours voté dans le sens qu'il lui a indiqué, même par une phrase ; et il va se

* Mémorial, t. III.

livrer au plus grand effort de cette éloquence qu'il avait déjà le droit de considérer comme invincible, dans un temps même où il était incomparablement moins puissant qu'il n'est aujourd'hui. Il a vaincu les lions, — les Girondins, les Dantonistes, — et les tigres, — Hébert et sa bande, — il n'a plus devant lui que les chacals. Qui peut-il redouter? Fouché? Mais il est si peu dangereux, qu'il n'ose plus paraître à la Convention, comme s'il eût cherché un moment à se laire oublier par Robespierre *. Tallien? Mais il y a un mois- à peine que celui-ci lui écrivait comme à un juge souverain. Bourdon? Maïs il se relève à peine de la maladie où l'a jeté une phrase de Robespierre. La masse des Montagnards? Mais, même à la Convention, leur seul refuge, ils tremblent si fort qu'ils viennent de décréter fue, non pas même Robespierre, non pas ses amis, mais ses gardes-du-corps ont bien mérité de la patrie. N'ont-ils.pas, d'ailleurs, l'habitude de s'incliner devant lui, cherchant à attirer son attention et à quêter un regard de bienveillance !

Il monta à la tribune, au milieu des applaudissements des tribunes, de l'inquiétude, de la curiosité fiévreuse, de l'angoisse dé l'Assemblée. Il prononça ce discours qui, comme tout ce qui concerne l'auteur, a été si diversement jugé.

Nodier, dans une de ces parades romantiques où il excellait à stupéfier les Philistins^ se déclara l'admirateur enthousiaste de cette harangue. Mais en ce chaf- Hiant conteur, l'art l'emportait sur la morale et sur le jugement, et il ne cherche guère dans la critique que le moyen d'être excentrique et violent. Il fut frappé de quelques traits vigoureux de ce manifeste du 8 Thermidor, et il trouvait originales des idées et

* Extraits des Mémoires de Barras»

•des formules rebattues dans toutes les élucubrations de Robespierre et de ses amis.

Ce discours est, en effet, la même harangue qu'il a prononcée cent fois depuis les premiers jours de la Convention, qu'il a développée dans ses articles et X dans ses lettres :

Il existe un plan pour tromper le peuple.

Des scélérats se sont ligués avec des fripons.

Maïs la Vertu du peuple, c'est la Sagesse, comme la Vertu des tyrans est le Despotisme. Aussi le Despotisme du peuple, c'est la Vertu. Si la Liberté des despotes c'est la Tyrannie, la Tyrannie de la Révolution, c'est la Liberté.

Pour moi, qui seul peux sauver la patrie par ma vertu, je sais que je suis le but de tous les poignard». Ainsi le veulent les principes.

Je donne donc ma vie volontiers pour prouver que la Convention possède toutes les vertus en principe et tous !»3S vices en réalité, mais dans une réalité provisoire, et qui ne durera qu'aussi longtemps qu'il restera deux hommes dans l'univers. Quand Fun de ces deux derniers aura condamné et exécuté l'autre, au nom des principes et de la vertu que j'ai enseignés, la race des contre-révolutionnaires sera éteinte. On aura enfin la paix, le bonheur, la liberté et l'égalité, la fraternité, fruits des efforts héroïques du martyr MaximiUen Robespierre, et le gouvernement révolutionnaire provisoire prendra fin. Car l'Etre-Suprême sera adoré, comme il le veut être, par \m cœur sensible, bienfaisant, ouvert aux charmes de la nature, et mau»^ dissant le fanatisme exécrable des prêtres.

Voilà bien le résumé du discours. Mais faut-il aller à l'extrême de Nodier, ne voir que la folie des conclusions et dire avec Montjoye : « C'est un assemblage de phrases qui ne présente aucune vue, aucune pensée. C'est l'ouvrage d'un écolier. » Faut-il comme Lacre-

telle, Toulongeoii et bien d'autres, trouver cette élucubration pitoyable? Si Ton y retrouve les défauts que Robespierre a toujours montrés, n y voit-on pas aussi ses qualités accentuées avec plus d'énergie?

N'est-ce pas le même style grave et austère, vague et philosophique, prétentieux, faux et lourd dans son ensemble, concis, énergique en quelques-unes de ses parties?

Oui, c'est un beau plaidoyer de rhéteur et d'avocat, mais Iroid, pédantesque ! C'est un enchaînement de dilemmes spécieux et subtils, sans portée précise; d'axiomes académiques, bien frappés, vigoureusement ciselés, perdus dans des nuages destinés à présager la tempête, et d'où l'on voit sortir continuelle-^ ment et avec des grondements menaçants le mot : moi! moi! moi!

Pour nous, nous regardons ce discours comme son chef-d'œuvre dans ce genre de phraséologie fuligi* Tfeuse où il excellait, et où le sophisme atteint les proportions de l'art le plus élaboré. Détourner les mots de leur sens ; manquer déUbérément de précision pour pouvoir promettre sans s'engager, pour pouvoir mentirà tous les partis sans être convaincu de mensonge par aucun; confondre à dessein les idées, les faits, les individus existant ou agissant au nom de causQS absolument contraires; prouver les choses par le vocable et par les vocables les plus hostiles à ces choses, comme la nécessité de l'assassinat en l'appelant Justice, les bienfaits de la Terreur en la nommant Humanité, et les gloires de l'extermination à outrance en la rangeant sous l'enseigne de la Liberté, ce sont là les habiletés ordinaires de Robespierre. Jamais il n'avait mieux réussi.

Malheureusement pour lui, Robespierre s'appuyait sur des arguments dont ses juges étaient à même de ressentir et .d'apprécier très-directement la fausseté»

comme Tindépendance de la Convention, rinfaillibilité politique des Jacobins . et de la Commune, la pureté magistrale du Tribunal révolutionnaire. Il avait ce fonds de sottise des vrais rhéteurs, qui lui faisait prendre au sérieux les sophismes les plus saugrenus, à force de les rappeler, et il oubliait que si les bons Sans-Culottes avaient cru dévotement à ces ineptes formules, les Montagnards n'y avaient donné crédit que parce qu'ils y avaient alors intérêt.

Bref, ce discours de pédagogue, où il y a de fort belles parties, était essentiellement sot et maladroit.

Robespierre attaquait, comme il l'avait toujours fait, en dénonciateur, non en homme sûr de soi et de sa position; non pas comme un chef du peuple, mais comme un chef d'espions. Il savait que ces députés étaient des esclaves, qu'il les avait énervés et asservis, ' et il se prenait pitoyablement aux hypocrisies qu'il avait inventées pouT dissimuler à la populace la réalité de son empire sur eux. Il en avait fait des rois fainéants,, et il les croyait des princes absolus. Il oubliait que la victoire était à celui qui saurait le mieux utiliser la faiblesse de la Convention en lui imprimant la plus forte terreur. Il avait tout gagné jusqu'ici en suivant instinctivement ce système ; et il enlève les fers à ces esclaves pour mettre sa tète entre leurs mains. Il annonce qu'il ne veut accuser qui que ce soit, et tout son discours est une dénonciation. Il menace tout le monde» il excite tous les courages par le désespoir, par la crainte du dernier supplice, et il n'ose nommer * personne. Il ne circonscrit pas le nombre de ceux qu'il désigne comme les victimes, de sorte que tous les juges peuvent se croire des proscrits,, s'ils l'absolvent. ^ Il se défend de la dictature par des arguments dont tous les Conventionnels connaissent la fausseté, et avec une ostentation du moi, une exubérence de personnalité, une infatuation insolente qui démontrent la

réalité de ses instincts absolutistes. Il gémit au lieu de commander, il pleurniche devant ces vaincus.

Il a devant lui deux groupes d'auditeurs : les sanguinaires, et il cherche à les attirer à lui en disant qu'il est temps de punir les gens féroces; les modérés, et il s'efTorce de les conquérir en s' écriant : nous n'avons pas été assez sévères.

Le grand défaut de ce discours, après cette continuelle et insolente exhibition de sa personne, c'est donc l'incohérence. La petitesse des commérages y éclipse la grandeur des mots et la ponfpe des maximes ; la fureur de la haine, l'âpreté de la vengeance s'y cachent mal derrière la feinte sérénité de la philosophie. Après avoir caressé tous les partis, après avoir paru ne vouloir faire qu'un avec le Comité de Salut 'ÎPublic et s'être borné à attaquer quelques misérables employés du Comité de Sûreté Générale, il se montre tout brusquement comme saisi d'un accès de rage : il mord çà et là ; il bave sur tout ; il écume à propos de cent traits qui lui reviennent au souvenir, et soit nominalement soit en allusions, il menace, en grinçant des dents, ceux qu'il vient de proclamer inxiocents ou excusables.

Il se rappelle ce qui lui est arrivé à la fête de l' Etre- Suprême. <( Croiroit-on qu'au sein de l'allégresse pubUq^e des hommes aient répondu par des signes de fureur aux touchantes acclamations du peuple ! Croirat-on que le président de la Convention, parlant au peuple assemblé, fut insulté par eux (par des injures grossières et de grossiers sarcasmes) et que ces hommes étoient de» représentants du peuple. Ce seul trait explique tout ce qui s'est passé depuis. »

Que s'est-il passé? En pensant à l'audace qu'on a eu de l'attaquer, et en essayant de tirer quelques vérités des rapports de ses espions, des commérages, des bavardages de ses dévotes, de ses propres soupçons et

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de ses propres défiances, Robespierre perd la tête. Ce récit des persécutions qu'il a subies nous offre le plus risible chaos d'imaginations lugubres, de dénonciations saugrenues, de traits pénétrants, de faits vérifiés, et d'inventions baroques ou monstrueuses. Voici comment il résume celles de ces persécutions

3ui correspondent (autant que j'âî pu le constatisr 'après les faits) aux deux dernières décades. « On se cache, on dissimule, on trompe, donc on conspire » [on ce sont les deux Comités), « on étoit audacieux, on méditoit un grafnd acte d'oppression, on s' en tour oit de la force, pour comprimer l'opinion publique après l'avoir irritée ; on cherche à séduire des fonctionnaires publics dont on redoute la fidélité ; on persécute les amis de la liberté ; on conspire donc. On devient tout à coup souple et même flatteur (envers Robespierre), on sème sourdement des insinuations dangereuses contre Paris ; on cherche à endormir l'opinion publique ; on calomnie le peuple ; on érige en crime la sollicitude civique (de Robespierre) ; on ne renvoie pas les déserteurs, les prisonniers ennemis, les contrerévolutionnaires de toutes espèces, qui serassembloient à Paris ; et on éloigne les canonniers ; on désarme les citoyens; on intrigue dans l'armée, on. cherche à s'emparer de tout; donc on conspire. Ces jours derniers on chercha à donner le change sur la conspiration, aujourd'hui on la nie ; c'est même un crime d'y croire; on vous effraye, on vous rassure tour à tour. La véritable conspiration la voilà ! »

Nous avons signalé quelques-uns des faits auxquels elles se rapportent ces allusions; «ous avons exprimé nos doutes sur les autres. Nous ne savons que dire sur cette accusation d'avoir cherché à détacher les membres influents de la Commune du parti de Robespierriste ; nous n'e» avoils trouvé aucune tra«e. Il revient à plusieurs reprises sur le changement

qui s'est produit chez ses collègues des Comités de gouvernement, après Tentrevue du 5 Thermidor ; ils me menaçaient, dij;-il, et se préparaient à me proscrire, puis ils eurent peur, et depuis trois jours ils me caressent, jusqu'à ce qu'ils recommejicent. Nous avons montré que la situation n'était pas telle et qu'à autant de frayeur les Billaudistes avaient joint un peu plus de bonne foi. Robespierre cent le besoin de les attaquer pour se défendre d'avoir rompu, sans le dénoncer préalablement, le traité de paix et accord.

Il est certain, d'ailleurs, qu'il se sentit alors vivement blessé. Son discours porte la trace de cette blessure. On y voit une composition double, je veux dire que la première partie a été composée tranquillement, philosophiquement, mûrement, avec une sorte de placidité, et que la seconde marche avec rage, et jure complètement, par son apreté, avec le début.

Mais là encore, retenu par hésitation, par peur, par tactique, par le besoin d'épouvanter ses ennemis en les laissant dans l'angoisse, par le désir de pouvoir étendre ou restreindre à son gré les proscriptions, selon les circonstances, il marque tout le monde, désigne des groupes, ne nomme presque personne et continue d'animer contre lui le désespoir de tous.

Ainsi voulant être habile à force d'équivoques et d'hypocrisie, il arrive à la plus insigne maladresse. « Je vois le monde peuplé de* dupes et de fripons, mais le nombre des fripons est le plus petit, c'est eux qu'il faut punir des crimes et des malheurs du monde. » Il voulait ainsi nous montrer sa mansuétude, aujourd'hui encore on nous cite cela comme une preuve de sa douceur et de sa bienfaisance. Mais cela est effrayant.. Il promet bien de ne persécuter que la plus petite partie du monde, et de pardonner aux autres à titre de dupes et d'imbéciles. Mais qui étaient les fripons ? Qui étaient les gens de bien ? Qu'est-ce

qu'il entendait parle cœur^ par les circonstances fatales .^ par les desseins criminels^ par la détestable influence de riîitrigue? C'était pourtant au nom de ces mots vagues qu'on devait distinguer les imbéciles excusables des scélérats proscrits. Et qui était chargé de les interpréter? Les jurés du Tribunal révolutionnaire, les Dumas, les Fouquier, les membres des quarante mille Comités, révolutionnaires de France.

Il veut mettre la Plaine de son parti, et il rappelle qu'il a accordé quelque protection aux soixante- treize Girondins emprisonnés. Mais il a tellement peur de se compromettre que là encore il reste dans le vague, et ses paroles remettent seulement en mémoire que s'il s'est contenté de faire mettre en prison ces soixantetreize collègues, c'est lui qui a fait guillotiner tous les autres.

Il prétend qu'il ne veut pas opprimer la Convention, et il en menace tant de membres que là encore le seul souvenir qui se présente c*est celui du 31 Mai dont il est le principal auteur.

Il se plaint de ce qu'on épouvante les nobles et les prêtres par des mesures concertées; et chacun de ses collègues a conscience que c'est pour obéir à ses menaces, aux menaces de ses amis, aux craintes que ses fureurs, sa démocratie et ses Sans-Culottes inspirent, qu'on a pris les plus féroces de ces mesures.

D'ailleurs, un instant après, il avoue qu'il craint par-dessus tout de voir toucher au gouvernement révolutionnaire. Il le veut plus énergique que jamais. Il maudit la modération, l'indulgence. « On parle de notre • rigueur, et la patrie nous reproche. notre faiblesse. » Que voulait-il donc de plus que ces quatre cent mille prisonniers et ce mouvement de cinquante guillotinés par jour, à Paris !

Quel est le remède au mat, se demande-t-il ? Punir les traîtres, renouveler le Comité de Sûreté Générale,

épurer ce Coinité le subordonner au Comité de Salut Public ; épurer le Comité de Salut Public lui-même ; constituer l'imité du gouvernement sous Tautorité suprême de la Convention nationale

« Tels sont les principes. S'il est impossible de les réclamer sans passer pour un ambitieux, f en conclurai que les principes sont proscrits et que la tyrannie règne parmi nous, mais non que je doive le taire, car que peut-on objecter à im homme qui a raison et qui sait mourir pour son pays.

« Je suis fait pour combattre le crime et non pour le gouverner. Le temps n'est point arrivéoù les hommes (de bien peuvent servir impunément 4a patrie*. Les défenseurs de la liberté ne seront que des proscrits tant que la horde des fripons dominera ^ »

Telle est la conclusion de ce discours, le plus bouffon, le plus grandiose, le plus répugnant modèle d'egotisme qu'on puisse lire dans les annales de l' éloquence humaine.

Les derniers mots contenaient une proposition : «Je veux bien vous gouverner et non plus vous combattre, mais il faut que vous ne soyez plus criihinels, c'est-àdire que vous deveniez absolument serviles. »

C'est bien le résumé politique de ce manifeste.

La Convention avait écouté ce discours « dans le silence de la stupeur qui depuis longtemps était devenu son état habituel *. » Qu'en pensaient les députés? L*un d'entr'eux, très-favorable, il est vrai, aux Robespierristes, nous dit qu'on ne pouvait encore à ce mo* ment, prévoir le résultat de la crise. La plupart des Conventionnel ne savaient à quoi s'en tenir sur leur propre résolution. Ils attendaient, mais en inclinant

* Discours prononcé par Robespierre, trouvé dans ses papiers, linprimerie nationale, an II de la République, in-8". — * Levasseur.

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toujours vers RoJ>espîerre, malgré la faiblesse et la maladresse de; sa phraséologie. Comme une troupe effarée qui attend un signe de ses conducteurs pour se précipiter aveuglément dans telle ou telle direction, ils regardaient les membres des Comités de gouvernçment , Barère surtout qui représentait à la fois le Comité de Salut Publie et la prudence du temps. Lui, en effet, pouvait servir de boussole à cette masse craintive. On devait juger de la force réelle de Robespierre et de l'énergie de ses ennemis, parla façon dont cette maîtresse girouette tournerait.

parère était fort embarrassé. Il avait préparé deux discoure l'un poHr, l'un. contre Maxîmilien, et selon les diverses phases de la harangue de celui-ci, selon l'im-

i)ression qu'il croyait saisir dans la Convention, parmi es membres des Comités, il prenait fiévreusement l'un ou l'autre de ces discours et y ajoutait des atténuations, ou des remarques critiques ^

Robespierre regagna sa place sur les hauteurs de li Montagne. Là, il fut accueilli par de violents murmures, et il dût être médiocrement satisfait de l'impression que tsa harangue ayait produite sur Saint- Just. Le jour même, celui-ci écrivit ce jugement sur ses tablettes : « Il ne me paraît pas avoir assez nettement distingué ceux qu'il inculpait. » Et le lendemain, il devait dire à la tribune : aRobespierre ne s'explique pas assez ckirement. »

Toutefois la balance penchait encore vers celui qu'on regardait depuis si longtemps comme le maître des maîtres, et le Journal de la Montagne en achevant son compte-rendu, rédigé avant la chute de Maximilien, assure que « ce discours est fort applaudi. » ^ L'usage général de la Convention était d'ordonner. Sur la motion d'un de ses membres, l'impression des

yallien, séance du 18 Thermidor.

discours qu'elle approuvait, toutefois en les renvoyant à l'examen des Comités. Qui va faire cette. motion? L'homme qui paraissait le plus hostile à Maxîmilien, Lecointre de Versailles.

Il a prévu que la partie était perdue si Ton n'engageait pas les Comités. Il demande l'impression du discours, sans passer par l^examen des Comùés.

Bourdon de l'Oise, qui ne comprend pas cette politique, s'y oppose. Mais il n'a que peu de voix pour lui. Barère alors se décide. En son nom personnel, et en reniant sa qualité de membre du Comité, il demande, lui aussi, l'impression du discours.

C'est la victoire^ complète et c'est à ce moment, je crois, que se place cette scène si caractéristique et où l'on voit un Montagnard gigantesque — on ne nous le désigne paâ autrement — l'un de ceux qui devaient, le lendemain, parler le plus violemment contre Robespierre, s'approcher de celui-ci et lui baiser les mains.

Il semble que le dictateur n'eût plus rien à faire qu'à quitter la Convention et à se rendre au Comité de Salut Public pour y dicter ses ordres. Il était — sauf la chance d'un coup de couteau — le ehel du gouvernement. Mais il voulait une plus ample procédure. Couthon prend la parole et réclame plus que l'impression. Il veut affirmer insolemment la victoire. Il exige l'envoi du discours dans toutes les communes de France. C'était proclamer non-seulement la déchéance, mais. la dégradation des Comités. C'était transmettre, sous le couvert de l'autorité conventionnelle, le manifeste dictatorial de Maximilien l". Couthon tient, d'ailleurs, à la phrase qu'il répète depuis un moi^ aux Jacobins : il insiste sur la nécessité de proscrire quelques hommes immoraux.

Les Dantonistes, fort avertis déjà par le discours du maître, ne conservent plus de doute. Mais ils s'agitent vainement et ne savent quel parti prendre. Rovère

invite Lecointre à monter à la tribune pour prononcer le discours convenu depuis tant de semaines et imprimé Tavant-veille par Guffroy. « J'observai à Rovère que Je discours de Robespierte, qui inculpoit une partie des membres des Comités, établissoit nécessairement un conflit entre les deux puissances... que, quoique mon discours fut dirigé en apparence contre le nom du seul Robespierre, 'les moins clairvoyans sentiroient qu'il attaquoit la majorité des membres des deux Comités et qu'alors les deux partis se réaniroient surle--champ *. »

L'Assemblée, voyant que nul des puissants ne s'esfr levé, a yoté la motion de Couthon. Il n'y a donc plus de secours à attendre : Là Convention, elle-même, après la Société-Mère, accepte la dictature, et Robespierre va épurer le sanctuaire de la souveraineté du peuple, comme il en a épuré l'école. Il va chasser tous ses ennemis du Palais-National, comme il les a chassés des Jacobins.

Cette fois encore, il ne sait pas profiter de la vie- .

î intraitables. Vadier, un vieux procureur d'échafaud, i qui se croit homme d' Etat, * se plaint qu*on ait traité de ' farce ridicule son discours sur Catherine Théot, et \ Cambon, exaspéré de ce qu'on ose attaquer ses plans ' financiers, monte à la tribune pour les défendre.

. Que va faire Robespierre? Il va, d'un geste impé- ï rieux, renvoyer à leur banc ce vieux bouffon féroce et \ cet organisateur qui demandait à la guillotine F équilibré des finances! Non; il recule devant Vadier, il recule devant Cambon. On voit se prodiiire ce bizarre phénomène deviné par les Girondins, prédit par Petion : « Ce qui distingue Robespierre, c'est que, dans le

* Lecointre, les Cri /fies, etc., p. 73.

toire. Mais il a eu la mauvaise lorttine de toucher, au j cours de son plaidoyer pro domo suâ, à deux vanités :

. danger, il perd la tête; il découvre malgré lui la frayeur qui le tourmente; il ne parle que d'assassinat *. »

Robespierre était, en effet, monté à la tribune pour répondre à Cambon. On murmurait au haut de la Montagne. Robespierre regarde de ce côté d'un air furieux. On lui envoie quelques interjections menaçantes. U se tourne vers le bureau, et montrant du doigt ceux qui le contredisent : « On me menace ! on veut ma mort ! » dit-il. Il répète encore : « On veut ma mort. »

André Dumont, l'un des secrétaires de quinzaine, et l'un des Dantonistes marqués pour la proscription, s'écrie : « Tu demandes la mort, scélérat, tu l'as méritée mille fois * ! »

Ce mot de mort ébranlait toujours les nerfs de Robespierre.

Est-ce à lacraintedel'assassinat qu'il faut attribuer la fin, sans cela, fort inexplicable de cette séance? Ou bien devons-nous croire qu'il voulait persister, à menacer vaguement, à attaquer sournoisement, à laisser les hommes d'action tirer les conséquences des principes que lui, simple rhéteur révolutionnaire et pédagogue démocratique, avait posés? Quoi qu'il en soit, Robespierre ne fit plus que reculer, et l'on ne put plus lui arracher une phrase nette, un mot précis, un nom clairement prononcé.

L'Assemblée avait senti qu'il faiblissait devant les Montagnards. Billaud-Varennes ne voulut pas leur laisser l'honneur de la journée. Il pensa voir une légère ouverture d'héritage et crut qu'il était sage de s'emparer de la direction des débats. Mais il gronde contre Robespierre plus qu'il ne le mord. On sent qu'il se garde ; il se défend, il défend le Comité plus qu'il

* Archives nationales, G. II, 1717. — * Compte-rendu d'André Dumont h ses commettans, in-8' de 439 pages.

Ti' attaque l'ennemi. On comprend qu'il hésite encore, et qu'il espère que la rupture n'eat pas sé^ rieuse. Elle ne Test pas, en effet ; et Vadier, tout en récriminant contre Maximilien, a soin de dire que les principes et le patriotisme de son adversaire lui sont bien connus.

• Toutefois le branle est donné. Toute la meute s'élance.

. Voici Panis, le chef des septembriseurs, qui vient annoncer « qu'il porte une âme sensible et tendre. y> Robespierre recule devant Panis. On le somme de parler de Fouché, qu'il a attaqué aux Jacobins. Il ne veut rien dire contre Fouché. Bentabole, Charlier se joignent à Panis. Ils demandent qu'on renvoie à l'examen du Comité le discours de Robespierre. Cette fois, il retrouve un accent fier pour constater combien il est absurde d'envoyer à l' examen des Comités un document qui les attaque.

— « Mais, » lui crie Charlier, « aïe donc un peu de courage, et nomme ceux que tu accuses ! — Oui, oui, » hurle Ta Montagne.

Robespierre semble perdre complètement le sens et le courage. Il a commencé l'attaque, il a excité, exaspéré ses ennemis, et il dit que... il vase croiser les bras, et qu'il ne va prendre aucune part à ce que l'Assemblée veut faire ou dire! Comment expliquer cette extravagance? Il lui suflisait de nommer trois ou quatre députés pour rallier tous les autres. Car, si la Convention le voyait faiblir, elle savait bien que son armée •était redoutable.

Dès qu'il eut annoncé qu'il se taisait, tout le monde s'enhardit à parler, oaais mollement encore. Amar, du Comité de Sûreté Générale, et Thirion détendent eux aussi les Comités plus qu'ils n'attaquent Robespierre.

Fréron seul montre quelque énergie* Il va au fond ' des choses, et découvre imprudemment le plan des

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Montagnards aussi ennemis de F absolutisme comitatorial que du despotisme de Robespierre. Il demande qu'on rapporte le * décret qui donne aux Comités le droit d'arrêter les députés.

Billaud frémît. Il comprend que ce n'est pa,s seulement le iQ^ran qui est en danger, mais que la tyrannie est aussi menacée. Il bondit à la tribune. Il insulte la Cojivention et lui demande avec fureur si elle veut « les privilèges d'un sénat de Venise. » La puissance des mots et des injures était telle alors, que nul ne songe. à lui répondre : mais c'est le Comité qui demande les privilèges d'un Conseil des Dix, tandis que l'Assemblée fie réclame que l'indépendance. La motion de Fréron |iit conspuée. Le Comité se rappela qu'il avait avec Robespierre des intérêts communs, et qu'il ne fallait le pousser ni trop vite ni trop fort.

Barère remonta à la tribune en faisant miroiter prudemment quelques feuilles du raaieau d'olivier. Bréard proposa un terme moyen, qui était de n'envoyer le discours ni aux Comités ni dans les communes. On ^apporta tout simplemeiQ^ le décret de Couthon.

La séance continua avec un discours îSîlilaîre, une -carmagnole de Barèrç (sur la prise d'Anvers) où l'on trouve uniquemeat une innocente petite pointe contre Robespierre, et avec le vote sur plusieurs décrets d'intérêt général, d'après les rapports deRoger-Ducos, Merlin de Douai, Colombel,^ Poultier et autres, qui paraissent avoir oublié la scène précédente.

La séance est levée à cinq heures, une heure plus tard qu'à l'ordinaire^ Robespierre rentre chez lui trèscalme et, chose bizarre, très-juyeux. Il dit aux Duplay un mot qui peint curieusement Fétat dé ses pensées et de ses illusions ; « Je n'ai plus à compter sur la Monta-

« gne. Mais la masse de la Convention m'entendra. * »

* Toulongcon, - v

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Cette croyance, nous allons le voir, devait sauver k Convention. L'hésitation de la Plaine trompa Robespierre, et vint en aide à cet instinct de sa nature, qui r éloignait des mesures radicales et des actes de vive force.

Quels échos cette harangue de Robespierre avait- • elle répandus au dehors? Voici le bruit de la province révolutionnaire. Il nous revient d'Arras, où Joseph Le Bon rugit contre les intrigants qui ont maltraité, r avocat artésien : « — Les braves voat se réunir pour déjouer les t^raîtres. Nous les arrangerons t^ nous les arrangerons ! * »

Mais la France était condamnée à vouloir ce que voulait Paris. C'est ici qu'il faut chercher l'effet produit -par le manifeste Robespierre. Qu'en pensait-on daas lit rue? Que faisait-on à l'Hôtel-de- Ville, aux Jacobins? Que préparaient les Montagnards et les Comités, de* gouvernement ?

. A l'Hôtel-de-Ville le travail est souterrain et il est resté, jusqu'ici, assez obscur pour nous. Le maire Lescot-Fleuriot paraît tout occupé des préparatifs de la fête de Barra et de Viala, — fête qui devait avoir lieu le 10 Thermidor — et suivant l'habile diplomatie de vsori patron Robespierre, il profite de la circonstance pour concentrer sous sa main, avec l'assentiment du Comité de Salut Public, les forces sectionuaîres^.

Mais faut-il croire que cette fête devait être un signal de massacre; que la Convention devait être cernée, au milieu de la solennité et forcée de Kvrer aux triumvirs, les Conventionnels proscrits? Faut-il croire que, si .la Convention eût suivi plus docilement l'impulsion de Robespierre, dans cette séance du 8, tout était prêt pour regorgement d'un grand nombre de députés?

* Paris, Histm de Joseph Le Bon, — • Papiers inédits^ t. lU,

Les témoignages sont nombreux pour raffirmer. « Je* l'ai lu sur les registres de Fabricius, le greffier en chef du Tribunal révolutionnaire » dit Harmand, de la Meuse. « Nous avons vu tous les apprêts de notre sort », s'écrie Mercier*. C'est aussi l'affirmation de Roux, de la Haute-Marne*. Un grand nombre de récits des prisonniers indiquent des préparatifs d'un vaste

Srojet d'extennination. Pourtant ce projet, s'il a été ans les vues des chefs de F armée jacobine, ne me paraît pas avoir pu cçncoixler avec celles de Robespierre qui, plus sûr que jamais du Tribunal révolutionnaire, n'avait pas besoin de faire violence à sa nature pour autoriser un Jbrigandage grossier et brutal» quand le massacre légal lui était si facile.

« Paris éprouvait cette agitation sourde qui enfante les grands événements, où la multitude joue un rôle principal. — Des préparatifs considérables sfe faisaient sous la conduite du peintre David, sur la place du Panthéon et dans d'autres endroits pour la fête du jeune Viala. Quelques Jacobins indiscrets, regardant la perte des Cordeliers (les Dantonistes) comme certaine, disaient à mi-voix dans les assemblées de section que le jour de fête qu'on allait célébrer serait peut-être \m jour de deuil et que les torches triomphales du héros de la Durance (Viala) allaient éclairer le supplice des ennemis de Robespierre^ » • j Les faits étaient aussi peu discrets que ces Jacobins^ I Quelque prudence qu'Hanriot voulût mettre, jusqu'à l la fin, dans ses préparatifs, il lui était difficile d'empê- I cher ses ordres de tomber aux mains de qiielqu'ami ) de la Montagne et des Comités. Ainsi fut-il. Ce même I jour, 8 Thermidor, vers 9 ou 10 heures du soir, Le- ^ cointre notaire, rue Meslay, et frère du député de

* Le Nouveofi Paris^ 1862, 1. 1, p. 183. — ^Relation de révéne-^ ment du S, 9 et iO Thermidor. — » Fantin, Hist. t V.

Versailles, reçut Tordre de se rendre le lendemain dès 7 heures du matin, chez un capitaine de sa compagnie ; ordre inusité, qui annonçait des projets de la part 3u chef de la force armée.

Tallien, Barras et Fréron revenaient de dîner à Nanterre chez M™** Saint-Brice, amie de M™" de Fontenav, et ancienne femme de chambre du premier Dauphin. Là , fort préoccupés des événements, mais voulant relever par quelque fantaisie anacréontique ce repas qui pouvait être le dernier, ils avaient fait venir solennellement une bouteille de Champagne, et avec des gestes pieux ils avaient juré sur ce saùit objet de ne plus différer à immoler l'ennemi ^

Touché était sorti de sa cachette» C'est lui que lé génie rusé de Robespierre avait reconnu comme son émule en astuce. Bien que Boissy. d'Anglas ait juré plus tard à la tribune de la Convention que ce scélérat était trop corrompu pour avoir été quelque chose dans une grande œuvre comme celle du 9 Thermidor, nous pouvons reconnaître qu'il y fut pour beaucoup ; et les Mémoires de Barras, les affirmations de CoUot * nous le montrent comme le directeur réel de la politique des Montagnards.

Quelques-uns de ceux-ci n'étaient guère rassurés. André Du mont faisait son testament et Bourdon de rOise polissait le sien. Mais il y a une petite troupe d'élite qui ne s'abandonne pas. Ils ont fait le j 31 Mai; ils ont l'expérience des mouvements populaires; ils connaissent l'élasticité des paradoxes alors en faveur, et ils ne veulent pas périr dans les mêmes liens dont ils avaient enchaîné, quelque temps avant la lutte, les bras des Girondins.

Mallarmé, Ramel, Cambon, si rudement notés dans le discours de Robespierre, d'autres moins connus,

* D'Allonville, t. III, p. 313. — » Moniteur, 12 Thermidor,

comme les membres du Comité de Division, Gayvernon, Laboissière, Basoche, Allafort, Deydier, Sîblot *, qui Ont juré de ne point passer un jour sans s'occuper de renverser le tyran, (d'autres encore que les bonnes fortunes de l'érudition découvriront peu à peu), s'agitent et préparent les mouvements du lendemain. Ils s'entendent avec Thuriot*, vice-président de quinzaine ; et ils passent la nuit à visiter, à encourager, à exaspérer les chefs des divers partis de la Convention.

Ils ne leur débitent pas, sans doute, ces déclamations à la Tite-Live que Lacretelle, obéissant aux traditions classiques, met dans leur bouche ^, mais le discours du jour pouvait leur fournir des arguments. Aux gen3 de la Plaine ils n'avaient pas besoin de démontrer que Robespierre voulait la continuation du gouvernement révolutionnaire : le discours le prouvait assez ; aux hésitants de la Montagne ils persuadaient aisément qu'en écrasant* Robespierre,. Saint- Just et Couthon, on détruisait du même coup la tyrannie du Comité de Saint Public auquel il ne resterait plus assez de force pour continuer d'opprimer la Convention. C'est la division dans Je Comité qui faisait sa faiblesse et la seule chance de victoire pour la Montagne. Il n'y avait donc pas de temps à perdre. Tallien, qui commençait habilement sa grande campagne, vit clair : la division existe j c'est demain qu'il faut frapper, dit-il *. '

Lecointre, de Versailles, était allé au Comité de Sûreté Générale vers neuf heures du soir ; en homme qui ne doute de rien, il y venait donner le conseil d'arrêter Hanriot et Payan. 11 ne trouva au pavillon de la Liberté queLa Vicomterie. Celui-ci, assez peu farouche généra-

^ Histoire delà Révolution par deux amis, etc., t. XIT. — * Mémoires de Levasseur, de la Sarthe. t- ^ Bist., t. VI, p. 92. — * Moniteur du 27 Thermidor an III.

lement, et rendu fort souple par la tournure* équivo- I » que des événements, l'écouta. Il donna une réponse dilatoire à notre brouillon ; il lui promit de transmettre ks observations à ses collègues, qui étaient réunis au Comité de Salut Public. Toutefois il se garda bien de s'y rendre, de crainte d'être forcé de s'engager, avant d'avoir vu de quel côté penchait la balance.

Elle penchait de pl|is en plus du côté de Robespierre.

Il avait été le soir aux Jacobins, accompagné de ses plus chauds partisans, et notamment de la famille Duplay, dont aucun membre n'était inutile, les hommes ayant leur besogne d'applaudissement dans la salle, les filles et la femme leur travail d'enthousiasme dans les tribunes.

Maximilien , dès son entrée, est reçu avec des acclamations de sympathie. Il demande la parole. Billaud- Varenne et CoUot-d'Herbois s'étaient dit que le meilleur moyen de le désarmer, était d'affaiblir sa confiance en lui-même. En le combattant officieusement aux Jacobins, ils pourront peut-être éviter de le combattre officiellement à la Convention, et d'en venir aux dernières extrémités de la lutte. Ils sont donc accourus aux Jacobins. Ils demandent la parole en même temps que Maximilien.

Ils ont leurs amis, eux aussi, mais ceux-ci sont de beaucoup les. moins nombreux. La. parole est donnée à Robespierre. Les factieux se sont dévoilés, dit-il en { commençant; ils m'ont ainsi fait connaître quels sont j mes ennemis et ceux de ma patrie.

Après cet exorde, il relit le discours qu'il a prononcé •à la Convention. L'enthousiasme ne se fait pas attendre. Chaque passage est salué par des acclamations effrénées, par des transports de fureur. Chacun comprend fort bien toutes les énigmes de cette phraséologie nuageuse. On sait ce que signifie le régime révolutionnaire dont la continuation est promise, et c'est

la continuation de la Terreur, ravènement définitif de l'aristocratie des Sans-Culottes. Robespierre avait composé ce discours en songeant plus aux Jacobins qui représentaient l'énergie qu'à la Conv^ition qu'il savait asservie.

Ainsi s* expliquent et l'insuccès manifeste au Palais* National et le succès enthousiaste à la Société-Mère,

L'exaltation y vint au comble, quand Robespierre s'arrêta après le passage où il parle de la ciguë : — Je la boirai avec toi, s'écria le peintre David , qui devait l'abandonner si lâchement le lendemain et les jours suivants. Nous la boirons avec toi , répéta l'assenilée.

L'orateur conclut en exécutant quelque variation sur ' le thème ordinaire de ses discours : « Ceci est mon testament de mort. Je succombe saQS regret Vous défendrez ma mémoire. » Puis voyant les Jacobins tomber dans ce piège tendu à leur sensibilité et s'exalter de colère histérique, il dévoila toute sa pensée : « soit, je veux, bien vivre ; mais alors séparez les méchants des hommes faibles, et délivrez la Convention des scélérats qui l'oppriment. » On dit qu'alors il fit allusion au 31 mai. Je n'en crois rien. Il était homme trop prudent pour être aussi franc. Il fit toutes les allusions possibles à une ample proscription de Conventionnels, mais sans indiquer aucun moyen, sans employer une phrase qui pût, l'événement tournant mal, lui être reprochée comme évidemment et indéniablement factieuse.

Le discours de Robespierre fini, Collot-d'Herbois s'efforça de parler, on l'en empêcha. Sa voix puisjsante triompha, pour un instant, des cris. Il parvint à faire entendre le nom de son assassin, Admirai. On le hua.

Billaud essaie de parler à son tour. Il veut dire qu'en présence des insultes prodiguées à un représentant du peuple, riiartyr de son patriotisme, il n'y a

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plus qu*à s'envelqpper la tête dans son manteau et à attendre le poignard. Mais on ne l'écoute pas.

Dumas, le président du Tribunal révolutionnaire, se tourne vers eux : « Il est étrange de voir des hommes qui depuis plusieurs mois gardent le silence,' comme Billaud qui n'est pas venu aux Jacobins depuis quatre mois, si pressés de rompre le silence pour s'opposer sans doute aux vérités foudroyantes que Robespierre vient de faire entendre. II est facile de reconnaître en eux les héritiers d'Hébert et de Danton. Ils seront aussi, je le leur prédis, héritiers du sort de ces conspirateurs. ))

Collot parvient encore à lancer un mot de menace contre Robespierre, mais on l'oblige, à force de cris, à quitter la tribune. Couthon paraît, le silence se fait ' immédiatement : « Nous reverrons les conspirateurs à cette tribune, s'écrie-t-il. Ils seront confondus. Ils périront. »

Toute la salle se lève. On agite chapeaux et bonnets, on crie : les conspirateurs à la Guillotine !

Collot, épouvanté, change brusquement de ton et, en homme impressionnable qu'il est, il tourne à l'humilité et à la sensibilité. De même que Barère avait indirectement mais clairement supplié Robespierre de faire la paix, Collot, lui aussi verse des larmes sur les inquiétudes de la Révolution, effrayée devoir la désunion se mettre entre les tyrans. Il vante « les doux épanchemens de l'amitié » et la douceur qu'il y a pour des frères a à aller au devant de leurs frères. » Il se précipite donc aux pieds de Robespierre, et le supplié de pardonner aux Comités. MaximiUen n'est pas attendri.

La meute populaire se jette sur ceux qui faiblissent. « Dans deux jours tu ne parleras pas si haut, crie-t-on à Collot. » « On va te couper le caquet, » hurlent les gardes du corps, en montiant le poing à Du Barran.

. Bref les membres du Comité de gouvernement ont grand' peine, protégés qu'ils sont par quelques-uns de leurs adhérents, à quitter sains et saufs la salle des Jacobins *.

Ils regagnent en toute hâte le Pavillon de l'Egalité. Il pouvait être environ minuit. Ils avaient pu entendre les derniers mots prononcés par Dumas : je les attends demain au Tribunal révolutionnaire.

Cette phrase menaçante devait leur paraître du plus sinistre augure. C'était pourtant encore unQ chance de salut. En effet Coffmhal, Payan, Lescot, les personnages les plus énergiques de la Commune veulent utiliser et l'enthousiasme des amis et la déroute des ennemis. Ils démontrent à Robespierre qu# le» Comités sont mal gardés, qu'en un coup de main on peut les enlever, saisir la salle de la Convention, et que dès lors il n'y a pas l'ombre de résistance à craindre.

Mais Robespierre perdit encore cette occasion, simple et sûre celle-là, de tiiompher. Les moyens francs lui répugnant, les mesures énergiques l'effrayant, il lui tsl^ lait le semblant de la légalité, l'hypocrite apparence des principes. Il était convaincu, après cette démonstration des Jacobins, que la masse de la Convention céderait à un nouvel appel de son éloquence, au discours que Saint-Just allait prononcer. Les promesses de Dumas lui paraissaient bien plus sûres que l'expédition de Coffmhal. ► «

Que faisait-on, pendant ce temps, à ce Pavillon de l'Egalité si menacé.

Le» travailleurs du Comité, Lindet, Carnot, O.-A. Prieur ne l'avaient pas quitté, non plus que Barère, trèsinquiet et qui ne se hasardait pas volontiers, depuis quelques jours, aux Jacobins. Saint-Just les surveîl-

* Réponse de S. N, Billaudaux imputations qui lui sontpefmf sonnelles.

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lait. II était là seul des Robespierristes, Couthçn était à la Société-Mère, ainsi que Le Bas et David. Les autres membres du Comité de Sûreté Générale avaient été convoqués. Il nous est difficile d'indiquer tous ceux qui ] étaient venus. Notons seulement que La Vicomterie travaillait de son mieux à être en même temps présent et absent.

Saint-Just remplissait donc sa mission qui était de ) surveiller rennemi,de déjouer ses desseins,de paralyser ' raccord des volontés, et les plans d'attaque ou de défense. Tout en jouissant froidement de la physionomie effarée des uns, des phrases incertaines des autres, de la fureur concentrée de tous, il rédigeait le discours \ qu'il devait prononcer le lendemain, et prudemment, ' il en envoyait les feuillets à son secrétaire Thuillier, à mesure qu'ils étaient écrits.

A une heure, Fréron se rend au Pavillon deTEgalité. Il pénètre jusqu'à la salle qui pî*écède le lieu des séances du Comité de Salut Public et il demande à com-

f)araître devant lui. Mais il fait en vain, valoir devant es huissiers sa qualité de représentant ; il annonce vainement qu'il vient donner des avis destinés à sauver la Patrie. On le renvoie. Il se retirait lorsqu'il ren- \ contra Cambon. Il lui dit qu'il avait des raisons de croire à un complot de la part des chefs de la Commune et qu'il venait en demander l'arrestation. Cambon plus lamilier avec les Commissaires, lui promet de porter ses observations, et continue sa route. Ilarrive jusqu'à la première salle du Conseil. Les taiissiers lui disent qu'on délibérait. Il entend, en eflfet, coeame le bruit d'une rixe entre CoUot et Saint-Just. Il se retire.

A cette même heure, Lecoint^e retournait au Pavillon delà Liberté, et écrivait, dans le sens des paroles de Fréron, une lettre pressante aux. membres des deux Comités» maïs aussi vainement. Lea Comités n'avaient

réellement pris aucune précaution immédiate et n*en pouvaient pas prendre.

Nous avons déjà démontré comment ils étaient condamnés nécessairement à cette apathie qui, au premier abord, semble être l'un des grands secrets de cette mystérieuse révolution. Ils voulaient bien détruire le tyran, mais non la tyrannie ^ Les raisonnements que faisaient les Conventionnels pour établir que, Robespierre abattu, le despotisme tomberait, le Comité les faisait aussi. « La position dès Comités était terrible, écrivent les Deux Amis de la Liberté * : d'un côté Robespierre s élevant les anéantissait ; de l'autre, Robespierre anéanti, la Convention reprenait sa puissance et écrasait les Comités. •• Du moment que, se servant de la Convention, ils lui rendaient son énergie, il était clair que la Convention ne se dessaisirait plus de cette énergie recouvrée, et qu'elle s'en servirait aussi contre les Comités qui, de concert avec Robespierre, l'avaient mutilée, avilie, septembrisée. »

Les Commissaires étaient aussi fins politiques que les Montagnards. Ceux-ci, guidés par Fouché, avaient ! compris que, pour rendre la division irrémédiable, il j était urgent de pousser les Comités à prendre quelques mesures violentes contre les amis de Robespierre. / C'était justement ce que les Comités ne voulaient pas.

Pourtant il semble qu'ils dussent conserver peu d'illusions après la séance des Jacobins; et l'on peut deviner la fureur de ces tyrans, subissant à leur tour les injures de cette Terreur dont ils avaient été les favoris.

C'était de cette fureur qu'était née, entre une heure et deux heures du matin, la querelle dont Cambon avait cru entendre les éclats.

Billaud et CoUot étaient arrivés vers minuit et

* Les Ruines, par Adrien Lezay. — ■ Histoire, t XIL

demie, Billaud sombre, CoUot fort exalté. Le sangfroid railleur avec lequel Saint-Just demanda des nouvelles de ce qui s'était passé aux Jacobins exaspéra ce comédien qui n'aimait pas à être sifflé. Il chercha querelle à ce collégien qui, pour mûrir plus vite, s'était fait confire dans le flegme. Mais ce dernier ne se départit pas de son insolente impassibilité. Barère et Elie Lacoste prirent parti pour Collot. Saint-Just tint bon et se défendit avec un mélange de gravité dédaigneuse et d'innocente candeur qui irritait et déroutait en même temps ses adversaires. C'est vers ce moment que Cambon s'éloigna de la salle du Comité. Quelques membres en sortirent bientôt, et s en allèrent dans une saUe voisine pour discuter sur les mesures à prendre. Ne fallait-il pas arrêter, comme le demandaient les Montagnards, les chefs de la Commune et les premiers des Jacobins, et commencer par saisir Saint-Just et son discours !

Non, c'était un coup trop dangereux. Le capitaine Letointre était là, — Barère dit qu'il fut mandé à trois heures, — offrant le bataillon de sa section pour défendre le Comité ouvert de tous côtés, et dont les Jacobins annonçaient l'attaque prochaine. On lui dit qu'on n'avait rien à craindre.

Tout considéré, il valait mieux faire un semblant de paix avec Saint-Just, le battre avec ses propres armes en feignant de croire à sa sincérité, le désarmer et l'adoucir. On décida pourtant de ne pas trop décourager les Montagnards, et on aboucha Ruhl avec Foùché, qu'on savait où trouver, et qui vint au pavillon de la Liberté.

On rentra. On discuta, avec un air de confiance, sur les précautions à prendre. Saint-Just continua de railler, en affimiant qu'ils étaient defe extravagants, facilement eflrayés, toujours prêts à improviser la foudre. Il ne savait rien de tous ces afïreux projets qu'on suppo-

LA RÉVOLUTION DE THBRMIDOm

sait aux Jacobins et au Conseil Général de la Commune. On avait tort de prendre au sérieux l'exaltation de citoyens sensibles aux vertus de Robespierre et attiistés des calomnies qu'on faisait courir contre lui. llobespierre apaiserait aisément cette eflfervescence, pour peu qu'on voulût rendre justice à son patriotisme- Ci' était justement en maltraitant des gens recommandables, comme Hanriot et autres favoris du peuple, qu'on aboutirait à des malheurs irréparables, au milieu desquels l'aristocratie et tous les contre-révolutionnaires triompheraient.

La situation s'adoucit sensiblement. CoUot, d'agresseur qu'il était, en vint à se défendre. Bref, on transigea. L'on se quitta à cinq heures du matin, sur la promesse faite par Saint-Just d'apporter son discours à dix heures au Comité pour le lire et le discuter en commun. Après son départ le Comité manda Payan et Fleuriot. Il les trouva très-serrés dans leurs réponses, pas assez pourtant pour qu'on ne comprit pas qu'ils étaient dévoués au triumvirat. Tout ce qu'on put faire fut de les garder pendant cinq heures; et les membres du Comité se félicitèrent plus tard, comme d'une suprême habileté, de ce machiavélisme d'écoUers qui consistait à faire bavarder Payan jusqu'à dix heures du matin pour l'empêcher d'agir.

Ils firent venir le commandant de la cavalerie Aymard pour le sonder, et il paraît * qu'ils le trouvèrent moins engagé avec les triumvirs. - •

A dix heures du matin, les Comités se réunissent, comme il avait été convenu. On attend Saint-Just.

Couthon est là. On discute sur les mesures à prendre. Couthon soutient la thèse qu'avait défendue Saint- Just, quelques heures auparavant. Il affirme qu'il n'y a rien à craindre, et que prendre une attitude mena-

* Première réponse des Membres, etc., p. 27.

LE 8 TflERMIDOR

çante, c'est faire là besogne de la contre-révolution. Carhot se fâche* « Tu es un méchant, » lui dit Couthon, « de calomnier ainsi ton ami d'enfance, le vertueux Robespierre. » — « Et toi un traître, » réplique Carnot.

Couthon, comme s'il voulait gagner du temps, se met à pérorer. Saint-Just n'arrivait pas.

Midi venait de sonner. Un huissier de la Convention est introduit. Il avertit les Comités, au nom de la Montagne, que Saint-Just est à la tribune, et il remet en même temps un billet signé de ce dernier:

« L'un de vous a flétri mon cœur. Je vais l'ouvrir tout entier à la Convention nationale. »

Couthon déchire le billet. Il veut retenir encore le Comité. Ruhl se lève : « Allons démasquer ces traîtres, s'écrie-t-îl, ou présenter nos têtes à la Convention. »

Pendant ce temps, Barère, qui ne voit pas encore bien claîi*, fait avec Couthon un arrangement d'assur^ioce mutudle , et il dit à David : « Ne viens pas, tu n'es pa* un homme politique. » .

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