‹ La révolution du 24 février (volume 2)Chapitre 104 sur 111 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

C’est, en effet, pour toute branehe de travail susceptible d'étre abandonnée à l’activité des entreprises privées, une détestable situation que de se trouver enchevêtrée dans les liens d’une organisation générale, et d’affecter les formes d'un service public. 11 est certain que dans cet état elle n’acquiert pas un développement, à beaucoup près, aussi considérable ; qu’elle est loin de compter des rameaux aussi multipliés ; que la vie et l’activité y sont beaucoup moins intenses; que les fruits en sont infiniment moins abondants, moins divers, moins appropriés aux besoins publics ; qu’enfin, et par-dessus tout, elle n’occupe pas, il s’en faut, autant de monde. Que si, à cet égai’d, on pouvait douter, il suffirait, pour lever les doutes, comme je l’ai dit ailleurs, de mettre les industries soumises à une organisation générale en présence de celles que chacun peut exercer en liberté, et de voir un peu quelles sontles pi us développées, les plus actives, celles qui occupent le plus d’intelligences et de bras, celles qui offrent le plus indistinctement du travail à tout le monde. Or, on sent ce qu’il y a de grave à limiter ainsi la sphère d’activité d'importantes branches de travaux qui seraient susceptibles de prendre une extension immense, et à commettre ce genre d’usurpation précisément quand toutes les carrières sont obstruées, et quand celles de l’ambition, notamment, sont encombrées de partis qu’il est devenu impossible de satisfaire, et à l’activité desquels il serait si nécessaire et si pressant d’ouvrir des débouchés !

Il est vrai que l’État a l’air d’obvier à cet inconvénient en permettant jusqu’à un certain point, dans les branches de travaux qu’il a usurpées, qu’en dehors des établissenivoLOTion du 24 février. 49

noents publics il s’en forme un certain nombre de privés. C’est ainsi qu’il en use dans l’enseignement, par exempte, et qu’à côté de ses établissements de l’ordre inférieur et secondaire, il consent à en souffrir de particuliers. Mais on sent à l’instant tout ce que laisse à désirer un arrangement semblable, et quelles faibles chances de prospérité et de développement peut avoir une industrie, exercée ainsi en sous-ordre et dans les plus tristes conditions, à côté de la même industrie hautement privilégiée et en possession de toutes sortes d’avantages; ce que peut, à côté des puissants monopoles dé l’État une liberté chétive, piteuse, à moitié enchaînée, observée d’un œil jaloux, rigoureusement inspectée, et obligée finalement de couvrir toutes les dépenses de ses entreprises et d’en courir tous les risques, à côté de l’État souverainement libre, maître de tout, défrayé de tout et n’ayant à répondre de rien !

On ajoute que, dans les choses que fait l’État, il en est qui sans lui ne seraient pas faites et qui ouvrent ainsi à l'activité publique des débouchés qui sans lui n’existeraient pas. Mais ceux qui parlent de ces débouchés qu’ouvre l’État par son intervention prennent -ils garde aux débouchés qu’il ferme ou qu’il amoindrit par cela même, aux forces qu’il lui faut déplacer pour ouvrir ces débouchés, et finalement à ce qu’il est obligé d’empêcher pour réaliser ces choses, qui sans lui, dit-on, ne seraient pas faites? Il faut songer qu’il n’y a dans la société, à chaque moment donné, qu’une certaine masse de forces, et que l’État ne peut en appliquer une partie quelconque à aucun travail, sans la dérober à d’autres usages, ordinairement plus naturels et plus fructueux que ceux auxquels il imagine de les affecter;

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