LIVRE HUITIÈME
activité, et, en même temps qu'il allécherait moins les passions ambitieuses , il ouvrirait à leur ardeur un champ fécond et paisible vers lequel il y aurait tout avantage à la détourner.
La république française, puisque république il y a, se trouve placée entre deux républiques contraires, vers l’une ou l’autre desquelles il faut qu’elle se décide à marcher ; la république américaine, et celle qu’avait rêvée en France le socialisme de février ; une république souverainement libérale, et une autre à qui répugne foncièrement toute liberté ; une république où chacun est pleinement maître de lui-même, et une autre où l’individu est essentiellement dépendant de la eommunauté ; une république qui laisse le plus qu’elle peut au zèle privé l’initiative de toutes choses, et une autre qui affecte de ne lui laisser l’initiative de rien ; une république qui veut que chacun s’aide et se tire d’abord d’affaire par ses propres efforts, et une autre qui est toujours prête à se porter forte pour tout le monde, et qui prétend suppléer de plus en plus à l’activité universelle par de nouveaux surcroîts d’ardeur papérassière et de fatras administratif; une république à qui des populations intelligentes et actives ne demandent que de la sécurité et de la liberté, et une autre à qui une nation de solliciteurs demande de l’argent, des privilèges et des places; une république qui, pour satisfaire aux instincts industrieux de sa nation, livre sans distinction tous les travaux à son activité, et une autre qui, pour répondre aux avides exigences de la sienne, convertit le plus de choses posssible en offices publics et substitue le plus qu’elle peut son activité à celle de tout le monde ; une république enfin qui, en ne dépensant pas 200 millions en
RÉVOLUTION DU 2i FÉVRIER.
frais de service public, fait des vastes régions eonfiées à ses soins un pays libre, tranquille, incroyablement prospère, '|
éloigné de toute entreprise révolutionnaire et de toute idée de subversion, et une république dont le gouvernement, en dépensant tous les ans de quinze cents millions à deux milliards, ne réussit à faire du pays qu’il régit qu’un pays d’intrigues infernales, d’agitations convulsives et de perpétuelles révolutions. I
Je n’ai malheureusement pas besoin de dire vers lequel de ces deux types républicains est disposée à incliner notre république. Fille de la Convention et de l’Empire, héritière |
des traditions administratives de nos anciennes et de nos
dernières royautés, on pense bien que ee n’est pas vers le type américain qu’elle penche. Il suffirait au besoin, pour le comprendre, de jeter les yeux sur deux des principaux projets de loi qui en ce moment la préoccupent ( les projets sur l’assistance publique et sur l’enseignement ), et de voir, d’une part, comment elle se flatte de suppléer, pour les classes qui souffrent aux travaux que la révolution a interrompus, aux industries qu’elle a détruites, et, d’un autre côté, par quels arrangements, par quelles nouvelles et dispendieuses additions à la domination universitaire, par quelles aggravations évidentes de la servitude établie elle prétend restituer au domaine public la liberté d’enseigner i
qui lui a été insolemment ravie, et que les prescriptions |
impérieuses de deux constitutions n’auront pu réussir à lui faire rendre. Je crains fort, hélas! qu’il ne faille pas même t
attendre de la révolution le seul bien qu’il m’avait paru possible de s’en promettre. Plus que jamais, en effet, la disposition de nos hommes d’État est de suppléer à tout par de