‹ La révolution du 24 février (volume 2)Chapitre 11 sur 111 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

même qu’on y eût songé. Au moins l’événement a-t-il donné à penser qu’il n’y avait eu sur ce point capital absolument rien de concerté, aucune espèce de décision prise...

Maintenant, et en présence de ces faits, dont j’abrège la douloureuse exposition, éprouvera-t-on une grande difficulté à se rendre compte de la catastrophe que nous cherchons à nous expliquer? J’en doute. Il n’est que trop évident, en effet, que le gouvernement a moins succombé sous la force et l’étendue des agressions dont il a été l’objet que sous la faiblesse inouïe de sa propre résistance.

Reprenez, en effet, ce que nous venons de dire, et voyez, en quelques mots, ce qu’il y a eu.

Ce qu’il y a eu, c’est, du côté de la sédition, en se renfermant dans les faits accomplis du mercredi soir au jeudi après l’invasion de la chambre , une surprise odieuse faite aux sentiments de la population, déjà fort remuée par le travail antérieur des banquets et par les luttes du matin et de la veille; la mise en scène au milieu de la nuit des victimes qu’on venait d’obtenir ; l’exposition de leurs cadavres aux regards de la foule; ces cadavres promenés, à la lueur des torches, dans les rues et les faubourgs de la ville les plus agités ; des cris violents à la trahison ; des appels furieux à la vengeance ; le tocsin sonné dans les églises de plusieurs quartiers; une série d’efforts extrêmes enfin pour soulever la population, tout en évitant de rien dire qui pût éveiller sa défiance, pas un mot surtout de la révolution qu’on allait accomplir à scs dépens , et une extrême adresse à s’emparer d’elle en s’animant de la passion qu’on avait réussi à lui inspirer; toute une application enfin de la célébré théorie révolutionnaire qui a été depuis professée à

Bourges ’ ; mais au fond pourtant, et malgré la violente émotion qu’on était parvenu à produire, à force d’audace et de fourberie, rien qui suffît pour rendre raison du succès fabuleux qu’on a finalement obtenu, de cette radicale destruction en quelques heures d’un gouvernement puissant , dont les forces, le matin encore , étaient entières , et de la marche triomphante de l’émeute sur les Tuileries, et du fameux tour de main qui , bientôt après, a terminé tout à la chambre... si l’explication de ces résultats extraordinaires n’était donnée d’ailleurs par la série de faiblesses que je viens d’avoir la douleur de relater, et qui ont été tout ce qu’il y a eu de la part des défenseurs du gouvernement.

C’est dans ces faiblesses , il n’y a malheureusement pas moyen de le nier, c’est-à-dire dans les déterminations déplus en plus graves qui ont été prises, de la démission des ministres à l’abdication du roi et à la retraite de la chambre, qu’a été la cause immédiate et directe de la catastrophe arrivée, beaucoup plus encore que dans les ruses , les hardiesses, les fureurs, les cris, et les quelques faits d’armes , fort peu nobles , des meneurs de la sédition. Le gouvernement est tombé parce qu’il a consenti à'ne se pas défendre , parce qu’il s’estde moins en moins défendu, parce que, à mesure qu’il s’abandonnait lui-méme, il a été de plus en plus abandonné par tout ce qui lui devait aide et appui. Depuis

1 O Croyez-vous que les révolutions s'accomplissent en disant le mot pour lequel clics se font?... Non; on saisit le sentiment qui règne dans la foule, on s’en empare, puis, en un tour de main, on substitue au gouvernement dont on veut se débarrasser celui qu’on veut mettre à la place. >>(t)épo*tfion de M. Ledru-RoUin devant la haute cour de Bourget.)

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