LIVRE PREMIER
pour assurer une issue honorable à l’acte courageux qu’elle allait accomplir à la chambre des députés ; mais le président de la chambre, à qui il appartenait de faire toutes les réquisitions nécessaires pour assurer la dignité, l’ordre, la tranquillité des délibérations de l’assemblée , n’avait pris pour cela que les mesures les plus insuffisantes. Non-sculement il n’y avait, à la principale porte du palais, du côté de la place Bourbon, que des gardes nalionaux sans munitions, autant dire sans armes, mais la chambre n’était pas même gardée du côté du pont, par où elle devait naturellement être envahie, et par où on l’envahit en effet sans rencontrer l’apparence d’une résistance.
La royauté de juillet n’avait plus, en (juclque sorte, qu’une chance de salut, et cette chance était dans le degré de fermeté avec lequel la chambre saurait défendre le refuge que le petit-fils du roi, devenu subitement roi par l’abdication de son grand-père, était venu chercher dans son sein, sous la conduite de la duchesse d’Orléans, sa mère, et de son oncle le duc de Nemours. Ce refuge, hélas ! ne fut pas mieux défendu que ne l’avait été tout le reste. Non-seulement la chambre souffrit qu’un petit nombre d’émeutiers, qui avaient pénétré dans son enceinte à la suite de la duchesse d’Orléans, y demeurassent et assistassent à la délibération qui allait s’ouvrir; mais elle supporta qu’un de ces intrus, appuyé par une partie dos autres, protestât insolemment contre l’adhésion que l’immense majorité de l’assemblée donnait avec acclamation à l’avénement du jeune roi, et elle permit qu’un petit nombre de ses membres, abondant dans le sens de ces contradicteurs sans qualité, osassent contester l’autorité
38 RÉVOLUTION DU Si FÉVRIER.
du nouveau règne, et demander l’établissement d’un gouvernement provisoire, sans même accorder ce provisoire au gouvernement légal, celui du jeune roi et de la régence, quelle qu’elle dût être. Un seul député, M. Barrot, osa prendre la parole en faveur de la régence, ainsi désavouée et combattue, en y mettant d’ailleurs pour condition l’appel immédiat au pays, et il ne fut soutenu de personne.
Il y a plus, et, pour donner une idée du singulier état de distraction ou d’affaissement où étaient tombés les esprits, je suis forcé de dire que, bien que les autorités de la chambre fussent très-explieitement informées, et de plusieurs côtés, qu’une bande armée d’émeutiers allait bientôt arriver, qui couperait court à la discussion par la force, et disperserait violemment les députés; et, bien que la place de la Concorde fût couverte de troupes dont il était ou devait être, ce semble, bien aisé d’obtenir l’assistance, il n’y eut, en ce moment critique, absolument rien de fait pour conjurer le péril qui menaçait l’assemblée et assurer au besoin sa défense. On eût dit qu’on se tenait d’avance pour vaincu, et qu’on faisait consister la prudence h s’abstenir de toute mesure de sûreté qui aurait pu avoir pour effet d’entraîner l’apparence d’une collision.
Enfin, et puisqu’on renonçait à défendre le gouvernement dans la capitale, on aurait dû tout au moins (était-il rien de plus aisé ?) ménager soit au roi , soit à la régence, sur quelque point rapproché de Paris, une retraite honorable et sûre oû les troupes les auraient accompagnés, oû les chambres se seraient réunies, et oû la révolution aurait pu se dénouer d’une façon moins déplorable. 11 ne parait pas